Bêtise et péché

Gn 1,26-28 : « Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il soumette les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toute la terre et toutes les petites bêtes qui remuent sur la terre !  Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa ; mâle et femelle il les créa. »   Dieu les bénit et Dieu leur dit : « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la. Soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et toute bête qui remue sur la terre ! » Dominer et soumettre : dans la genèse ces deux verbes soulignent la ressemblance de l’Homme avec Dieu. Ce n’est pas un permis d’abuser ![1]

 

Le pape François, dans l’introduction de son encyclique « Laudato Si » redit cette vérité : « Laudato si’, mi’ Signore », – « Loué sois-tu, mon Seigneur », chantait saint François d’Assise. Dans ce beau cantique, il nous rappelait que notre maison commune est aussi comme une sœur, avec laquelle nous partageons l’existence, et comme une mère, belle, qui nous accueille à bras ouverts : « Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la terre, qui nous soutient et nous gouverne, et produit divers fruits avec les fleurs colorées et l’herbe ». Cette sœur crie en raison des dégâts que nous lui causons par l’utilisation irresponsable et par l’abus des biens que Dieu a déposés en elle. Nous avons grandi en pensant que nous étions ses propriétaires et ses dominateurs, autorisés à l’exploiter. »[2]

Nous sommes créés libres et responsable de la manière dont nous utilisons et prenons soin de la terre.

 

Aujourd’hui nous sommes « frappés » par cette épidémie de Coronavirus Covid-19. Non pas par une quelconque fatalité, mais parce que des braconniers ont vendu une viande infestée interdite (pangolin) et qu’il s’est trouvé des personnes pour les consommer.

Des autorités chinoises qui ont d’abord tenté d’étouffer la nouvelle et qui ainsi portent une grande part de responsabilité, mais pas seulement. Les réactions des politiques de tout bord pour le moins érratiques ou irresponsables. Plus tous les égoïsmes qui se révèlent, individuels, collectifs, institutionnels. Et heureusement de belles choses aussi souvent au niveau personnel.

J’ai écrit « frappé » entre guillemets parce que ce n’est pas le résultat d’un malheur extérieur mais bien le résultat de notre action humaine. Et les conséquences sur les populations pauvres dans le monde vont être terrifiantes.
Le péché et la bêtise couplée ont fait à ce jour plus de 96000 morts dans le monde. Et on est encore en phase montante de la pandémie.
Et ce n’est qu’un des aspects de la bêtise et du péché à l’œuvre contre la Création.

 

Alors on a fait des tas de prières et des cultes et des divines liturgies pour demander à Dieu de nous délivrer de ce fléau.
Mais c’est inutile. Dieu n’y peut rien
Ce qui nous arrive est le produit de la façon destructrice dont nous utilisons notre liberté d’agir sur la création qui nous est soumise. Et Dieu n’ira pas contre notre liberté.
L’ Esprit Saint peut nous inspirer la voie et c’est pour cela seulement et pour les malades que nous pouvons prier.

 

En ce vendredi saint 2020 nous crucifions Dieu encore et encore à travers ses créatures et sa création.
Puissions-nous entendre Jésus du haut de sa croix nous redire
 » Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font « .

 

 

[1] Traduction œcuménique de la bible. 11°ed. Bibli’o Villiers-le-Bel et Ed du Cerf Paris 2010. Note 1,28 p 56.
[2] PAPE FRANCOIS. Loué sois-tu (Laudato Si) Sur la sauvegarde de la maison commune. Ed Salvator, Paris 2015, p 7.

Pardon, indulgences et coronavirus: réaction protestantes

Un article du site suisse « Protestinfo »

Protestinfo est une agence de presse spécialisée dans l’actualité des Églises réformées de Suisse romande. Elle diffuse une information libre et loyale touchant également aux questions d’éthique, de société et de spiritualité.

 

Si le terme employé fait débat et est maladroit, la teneur des réactions est plutôt intéressante dans sa modération.
Il n’en reste pas moins qu’il serait plus que temps que mon Eglises arrête de dire les choses du 21°siècle avec les mots du 16° siècle, surtout s’ils ont été vecteur de division.
Geo
La récente déclaration du pape quant à l’indulgence plénière accordée aux malades du coronavirus [1] a suscité de vives réactions auprès des protestants, qui ont largement exprimé leur consternation sur les réseaux sociaux. Mais n’y aurait-il pas un malentendu, sur les mots et les intentions?

L’annonce a été faite le 20 mars, dans le contexte de crise sanitaire extrême que connaît en particulier l’Italie. Par voie de décret, le Vatican a annoncé que l’Église catholique accordait l’indulgence plénière aux malades du coronavirus sous certaines conditions. Une déclaration qui n’a pas manqué d’indigner nombre de protestants, qui ont relayé l’info sur les réseaux sociaux avec la plus vive consternation.

«Encore une fois, je me suis dit: « L’Église catholique en est encore là? » Encore à faire de Dieu un comptable qui récompense chacun, chacune selon ses bonnes ou mauvaises actions? Encore à s’arroger le pouvoir d’influencer le jugement de Dieu», confie Olivier Bauer, théologien réformé. Charlotte Kuffer, l’ancienne présidente de l’Église protestante de Genève, qui se dit «profondément attachée à la communion des Églises chrétiennes, exprime également sa «désespérance de protestante, de ne pouvoir partager une compréhension du pardon qui se nourrisse du « sola gratia » qui mette en avant l’amour de Dieu sans condition.» Chez les protestants, le pardon est en effet accordé par la seule grâce de Dieu, par le moyen de la foi.

Un persistant malentendu

La déclaration aurait-elle dès lors réveillé les divergences théologiques entre les deux confessions? «La question des indulgences est un des points majeurs de décrochage entre les deux Églises et contre laquelle les réformateurs se sont battus», rappelle l’historien du christianisme Michel Grandjean. «Or l’un des problèmes est que la majorité des protestants comme des catholiques ne comprennent pas vraiment de quoi il s’agit; ils confondent pardon et indulgence.»

Pour Jean-Marie Brandt, ancien président de la Fédération ecclésiastique catholique romaine du canton de Vaud, «il n’y a pas de confusion possible. Le pardon ne vient que de Dieu. L’indulgence, quant à elle, vise à réconcilier la personne avec elle-même et sa communauté.» Le théologien Jean-Baptiste Lipp, président de la Conférence des Églises réformées romandes (CER), invoque également l’existence d’un «malentendu»: «Il ne s’agit pas de remettre en question la théologie de la grâce, sur laquelle luthériens et catholiques se sont accordés en 1999.» Pourtant, estime-t-il, «probablement que les catholiques jouent sur cette ambiguïté…»

Face aux réactions des protestants, Jean-Marie Brandt admet regretter «un manque de précaution de la part des autorités vaticanes: elles auraient pu anticiper les réactions des autres confessions en rédigeant un communiqué plus clair». Cela aurait-il suffi? Pas sûr, car restent les conditions auxquelles sont soumis les fidèles pour bénéficier de ces indulgences.

Des conditions qui dérangent

«L’intention de rejoindre les malades auxquels on n’a plus accès est belle dans l’intention, on voudrait la respecter, mais les modalités ont de quoi nous désarçonner», énonce le théologien réformé Christophe Chalamet. Outre l’injonction de réciter diverses prières et invocations à la Vierge Marie, accompagnées sous recommandation d’un chapelet ou crucifix, c’est le minutage de la lecture de la Bible qui a choqué les protestants. En effet, la Pénitencerie apostolique accorde l’indulgence plénière «à ceux qui s’adonnent à la lecture de la Sainte Écriture pendant au moins une demi-heure». Si les réformateurs pourraient se réjouir de cette appel soutenu à lire la Bible, il n’en reste pas moins que, «même s’il n’y a pas de monnaie trébuchante, on est quand même dans le registre du donnant-donnant», s’indigne Christophe Chalamet.

L’historien Michel Grandjean souligne néanmoins qu’ici «les conditions sont réduites au minimum», contrairement à ce qui a pu être requis à d’autres époques (argent, pèlerinage, etc.). «Cela donne l’impression d’une entreprise qui propose un discount – c’est quasiment les soldes», ironise-t-il. Olivier Bauer se veut plus critique: «Sous couvert de compassion, la Pénitencerie apostolique sous l’autorité du souverain pontife profite de l’épidémie de Covid-19 pour tenter de réaffirmer un pouvoir qui lui échappe.» Au contraire, répond Jean-Marie Brandt: «Le pape renonce ainsi au rôle d’intermédiaire de l’Église, et invite à la responsabilité directe entre le Créateur et sa créature» – l’essence même de la théologie réformée.

Répondre à l’urgence

Du côté de l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS), on se veut plus accueillant. «Le pape n’invente pas de nouveaux critères, les décrets correspondent à la doctrine et aux normes juridiques de l’Église catholique. Le Vatican ne propose pas de marchandage ni ne distribue de billets à prix réduit pour le Royaume des cieux, mais réagit à une situation dramatique», insiste Frank Mathwig, chargé des questions théologiques et éthiques au sein de l’institution.

«Certes, cette déclaration nous laisse un petit goût de rebouilli du 16e siècle», atteste Jean-Baptiste Lipp. «Mais face à l’épreuve, chaque Église dispose d’une pharmacie de trésors spirituels pour accompagner ses fidèles. Il est donc normal qu’elle les utilise.»

«Après de telles déclarations, on se sent un peu étrangers les uns aux autres», confie pour sa part Christophe Chalamet. «Mais il ne faudrait pas oublier l’intention derrière ces pratiques d’un autre âge, qui est de rejoindre les personnes en souffrance, là où elles se trouvent», ajoute-t-il. «C’est ça l’essentiel.» «Cet appel aux catholiques devrait peut-être aussi nous inviter à renouer avec ce qui, dans notre tradition réformée, peut nous aider et nous relier à la Source», estime par ailleurs le président de la CER. «Car si l’amour de Dieu est universel, est-ce que je tends la main vers ce qui m’est offert?»

Des désaccords théologiques perdureront encore entre les deux confessions, mais «c’est dans la solidarité avec les malades, les mourants, ceux qui les aident et leurs familles que l’œcuménisme se révèle le plus efficace», rappelle le théologien de l’EERS. «L’œcuménisme est un long chemin, encore jonché de grosses pierres qui nous déstabilisent», enchaîne Charlotte Kuffer: «La pratique œcuménique de terrain, à travers notamment du travail des aumôniers, est ce que les chrétiens ont de plus précieux.»

[1] https://www.vaticannews.va/fr/vatican/news/2020-03/decret-l-indulgence-pleniere-accordee-aux-malades-du-covid19-et.html

article sur le site: https://www.protestinfo.ch/eglises/2020/03/pardon-indulgences-et-coronavirus-oecumenisme-eglise-catholique-theologie-luther

Annonciation

Marie et l’Ange

 

La jeune fille qui reçoit la visite de l’Ange (Lc 1) est dans le présent d’une vie humaine ordinaire. Ce qui va changer radicalement le cour de sa vie c’est cette annonciation et la réponse qu’elle y donne.

L’Ange du Seigneur, expression de la parole de Dieu dans le temps humain, est toujours fracture dans cet espace limité qui se développe dans un temps qui s’écoule heure après heure sans possibilité de retour en arrière ni accélération vers l’avant.
Dieu, lui, est dans la non-temporalité  » A tes yeux Mille ans sont comme hier, comme un jour qui s’en va, une heure dans la nuit » (Ps 89,4). Dieu n’est pas présent à l’instant « T » du présent de l’histoire humaine,il est présent à toute l’histoire humaine. D’où son nom révélé a Moïse: « Je Suis »

 

L’irruption de l’Ange dans le présent de Marie, c’est l’irruption de l’intemporalité de Dieu dans sa vie de femme humaine. Sa réponse va être adhésion à ce plan de Dieu.
Il faut s’arrêter sur les versets 31-35 du chapitre 1 de l’Evangile de Luc: Les paroles de l’Ange ne peuvent se comprendre qu’a partir de sa « position » dans le plan de Dieu. Il lui expose ce qui va se passer alors qu’elle n’a pas ouvert la bouche, comme si tout était déjà d’accord!
Alors qu’en est-il de la liberté de Marie?
En fait sa réponse est totalement libre. Simplement elle est déjà connue de Dieu.

 

Son « fiat » va être mise en conformité de son « temps humain » avec l’intemporalité de Dieu. En recevant le message de l’Ange, elle entre de plein pied dans le vouloir de Dieu. Le terme qu’elle emploie Marie dans sa réponse n’est pas « servante du Seigneur » comme (mal) traduit le plus souvent, mais « esclave du Seigneur ». Elle se désapproprie de tout ce qu’elle est. Et cela a des conséquences. En acceptant que soit engendré en elle celui qui est « sans péché » le Saint (v 35) elle va être elle-même crée sans ce péché originel qui est rébellion contre Dieu

 

Son « fiat » entraîne son « innocence ». C’est donc dans la dynamique de son don total d’elle même à la volonté de Dieu qu’elle est faite « immaculée conception », comme re-créée par Dieu pour recevoir Jésus. En entrant dans le « plan de Dieu »c’est toute sa vie qui est sanctifiée de sa naissance à sa mort.
Dieu « sait » que Marie va exercer sa liberté dans le sens de la grâce. Marie n’est pas prédestinée. Mais son oui prononcé dans l’espace-temps humain résonne de toujours à toujours dans l’intemporalité de Dieu. « L’immaculée conception » n’est pas a envisager dans le sens d’une préparation de Marie a dire oui, mais bien la conséquence de son oui à entrer dans l’intemporalité de Dieu (v 38)

 

En mémoire du Père André Fournier

Mon frère, le Père André Fournier est décédé le 8 février au domicile Rennais de ses amies Christine et Odile Abrioux-Bedouet, entouré de leur affection et de leurs soins des suites d’un cancer inguérissable, âgé de 73 ans.

André, après un CAP de fraiseur en 1965 et un CAP de dessinateur en constructions mécaniques en 1966 a travaillé comme agent technique jusqu’en 1976.
Servir était la devise des Routiers Scouts de France. C’est profondément marqué par ces valeurs du scoutisme que toute sa vie va être mise au service des autres dans ses diverses responsabilités et engagements, que ce soit dans le scoutisme ou l’animation liturgique, et qui se continuerons dans le monachisme ou dans le ministère sacerdotal.
Son parcours il en parle dans une interwiew à la Croix en 2007:
«Enfant, j’habitais Montmartre à Paris : sur un mont, déjà ! J’avais 5 ans quand je suis venu au Mont pour la première fois. Je me souviens de mon choc en voyant, du fond de la baie, cette pyramide posée sur le sable. J’y suis revenu à 26 ans en tant que responsable scout, et pendant trois ans j’ai séjourné régulièrement au sein de la petite communauté monastique de l’époque, dont le prieur était le Père. Bruno de Senneville, bénédictin du Bec Hellouin.
Lors d’une retraite, j’ai eu la certitude que Dieu me demandait de rester là et en 1976, j’entrais dans cette communauté. Cela fait donc trente et un ans que je vis sur le Mont. Il me fascine toujours autant, et j’éprouve un coup au cœur à chaque fois que j’y reviens après quelques semaines d’absence… Cela n’empêche, la vie y est difficile : le Mont est un lieu de combat spirituel, mais aussi physique et psychologique. »

 

 André entre-temps, est ordonné diacre dans l’abbatiale du Mont en 1983, puis prêtre dans la cathédrale de Coutances en 1984.
Pendant quatre ans, il se partage entre Pontorson (à 7 km) et le Mont, où il est moine hôtelier.

En 1989, ses frères et soeurs l’élisent prieur de la communauté. Mgr Fihey, l’évêque de Coutances d’alors, l’autorise à cesser ses deux mi-temps.

En 1995, André est nommé administrateur de la paroisse du Mont Saint-Michel avant de devenir, l’année suivante, recteur du sanctuaire – tout en demeurant prieur de la communauté de l’abbaye jusqu’en 2001 ou il favorise l’arrivée et l’accueil des Fraternités Monastiques de Jérusalem pour remplacer la trop petite communauté pour qui la tâche est devenue trop lourde.

Avec le Père François Lancelot, 87 ans, il s’installe alors dans le village, à la maison du Pelerin, à proximité de l’église paroissiale Saint-Pierre – qui est aussi l’église du sanctuaire du Mont depuis dix siècles et y fonde la librairie Siloe « pour qu’on puisse acheter une bible sur le Mont »

Il est nommé directeur diocésain des pèlerinages en 2001.

En 2009, tout en restant recteur du Sanctuaire du Mont Saint-Michel, il deviendra curé de la paroisse Notre-Dame de la Paix de Pontorson, en charge de 16 clochers.et en septembre 2018, il accepte d’être administrateur de la paroisse de Saint Michel de Ducey

André était membre de l’Association Chrétienne Oecuménique de Normandie et la présence de ministres de la Communion Anglicane et de l’ Eglise Evangélique Protestante témoigne de son attachement discret mais profond à la la promotion de l’unité des chrétiens.

 

(Elements d’articles publiés avec l’aimable autorisation de la rédaction du journal La Croix)