Eglise Erythréenne Orthodoxe à Rouen

Dimanche dernier 17 février 2019

L’Église érythréenne orthodoxe est une Église orthodoxe orientale autocéphale. Elle fait partie de l’ensemble des Églises des trois conciles. Elle est accueillie par le diocèse de Rouen sur la paroisse Ste Marie des Nations à Bihorel.

la première messe a été célébrée par cinq prêtres venus de région parisienne et les trois diacres présents en région de Rouen.

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Mgr Kallistos Ware: « l’Ukraine fait partie de l’Église russe »

« Bien que je sois métropolite du Patriarcat œcuménique, je ne suis pas du tout du tout satisfait par la décision prise par le patriarche Bartholomée. Avec tout le respect que je dois à mon patriarche, je dois dire que je suis d’accord avec la position exprimée par le Patriarcat de Moscou sur le fait que l’Ukraine fait partie de l’Église russe »

Mgr Kallistos Ware (né Timothy Ware ) est évêque métropolite de l’Église Orthodoxe dépendant du Patriarcat œcuménique de Constantinople, en Grande Bretagne. Il est l’auteur d’ ouvrages de référence sur l’Église et la Foi chrétienne orthodoxe.

De 1966 à 2001, il a été conférencier en Études orthodoxes à l’Université d’Oxford. Depuis 1982, il est évêque titulaire de Diokleia. En 2007, il est devenu Métropolite titulaire de Diokleia.

 

Interrogé sur ce qu’il pense de la situation en Ukraine, le métropolite Kallistos note d’abord que c’est « extrêmement grave », qu’il en est très affligé et qu’il a du mal à imaginer le dénouement qui va en résulter.

Il exprime ensuite son désaccord avec le Patriarcat de Constantinople, dont il est membre : « Bien que je sois métropolite du Patriarcat œcuménique, je ne suis pas du tout du tout satisfait par la décision prise par le patriarche Bartholomée. Avec tout le respect que je dois à mon patriarche, je dois dire que je suis d’accord avec la position exprimée par le Patriarcat de Moscou sur le fait que l’Ukraine fait partie de l’Église russe. En effet, la métropole de Kiev a été transférée de l’omophore du Patriarcat œcuménique à celle du Patriarcat de Moscou par une décision de 1686. Ainsi, depuis 330 ans, l’Ukraine fait partie de l’Église russe ».

Et, comme beaucoup d’autres hiérarchies, primats et synodes, le métropolite Kallistos s’oppose ensuite au caractère unilatéral de telles actions, en particulier la révocation des documents de 1686, et ajoute : « C’est un fait historique que l’Ukraine a appartenu à l’Église russe ». Il fait aussi remarquer que donner l’autocéphalie à Philarète (Denisenko) et Macaire (Maletich), les dirigeants du « Patriarcat de Kiev » et de « l’Église orthodoxe autocéphale ukrainienne » respectivement, qui se sont rassemblés et que Mgr Kallistos nomme « évêques schismatiques », est une erreur.

Et encore une fois, en résonance avec tant d’autres voix du monde orthodoxe, le métropolite Kallistos suggère de convoquer une réunion pan-orthodoxe des primats – pas seulement de Constantinople et de Moscou, précise-il, et peut-être même une prolongation du Concile de 2016 en Crète. Selon lui, la bonne marche à suivre est d’organiser une réunion pan-orthodoxe.

 

Cependant, le métropolite Kallistos dit ne pas pouvoir non plus être d’accord avec la réponse de l’Église russe aux agissements de Constantinople : « En même temps, je suis préoccupé par les mesures prises par le patriarche de Moscou, le patriarche Cyrille et l’Église de Russie. Je suis consterné qu’ils aient rompu la communion avec Constantinople. Je crois que cette discussion sur la situation en Ukraine doit être considérée dans un esprit d’amour fraternel, sans aucune rupture de communion. Je ne peux donc pas être entièrement d’accord avec l’une ou l’autre partie. Et je prie pour qu’il y ait une réconciliation ».

En cela, Mgr Kallistos est en accord avec Sa Béatitude Anastase, archevêque de l’Église d’Albanie, qui a également exprimé ses profondes inquiétudes face aux actions de Constantinople mais aussi son mécontentement devant la réponse de l’Église russe.

Source: orthodoxie.com

 

 

« Que cela plaise ou non, l’Église-Mère de l’Ukraine est le Patriarcat de Moscou »,

« Que cela plaise ou non, l’Église-Mère de l’Ukraine est le Patriarcat de Moscou », a déclaré l’archevêque de Boyarka Théodose (Église orthodoxe d’Ukraine)
 l’archevêque de Boyarka Théodose (Église orthodoxe d’Ukraine)

« Nous avons toujours, au cours d’un millénaire, été une seule Église. Des fonts baptismaux de Kiev en 988 a surgi l’Église russe qui a répandu la foi évangélique et la vie ecclésiale sur tout le territoire de la Russie d’alors » a déclaré l’archevêque Théodose, vicaire du diocèse métropolitain de Kiev. Comme celui-ci l’a rappelé, l’ancienne Église russe était, du point de vue canonique, un diocèse métropolitain du Patriarcat de Constantinople.

Ensuite, consécutivement aux guerres et aux destructions, la résidence du métropolite de Kiev et de toute la Russie a été transférée à Vladimir, puis à Moscou. « Le transfert du centre dirigeant de la Métropole de Kiev a été confirmé officiellement par le Synode patriarcal de Constantinople.

Ensuite, au XVème siècle, en raison des événements historiques, la métropole de Russie occidentale, avec Kiev, a été séparée du reste de l’Église russe. Cette séparation a duré presque 230 ans, et au XVIIème siècle, l’unité a été rétablie.

C’est ainsi que, spirituellement, nous avons toujours été une seule Église. Administrativement, il en était différemment » .

À la fin du XXème siècle, après l’effondrement de l’URSS et la création d’un État ukrainien indépendant, l’Église orthodoxe d’Ukraine est devenue indépendante, recevant les droits d’une large autonomie et la pleine indépendance dans son administration. En fait, notre Église ukrainienne a reçu des droits qu’elle n’avait jamais eus dans l’histoire.

Ce faisant, il reste à l’Église orthodoxe d’Ukraine un plein lien spirituel et canonique avec toute l’Église russe ».

 

Il a également précisé pourquoi l’Église orthodoxe russe est l’Église-Mère pour Kiev : « Dans la terminologie juridique ecclésiastique, l’Église-Mère (ou kyriarchique) est le Patriarcat ou l’Église locale, dans la composition de laquelle entre à un moment donné un territoire ecclésiastique, canoniquement et administrativement.

Ce n’est nullement l’Église de laquelle a été reçue en son temps la foi orthodoxe.

Dans une telle logique, l’Église kyriarchique pour l’ensemble du monde orthodoxe serait maintenant l’Église de Jérusalem. Et nulle autre. Mais ce n’est absolument pas ainsi.Pour l’Ukraine aussi, l’Église kyriarchique est l’Église orthodoxe russe, que cela plaise ou non », a déclaré l’archevêque Théodose.

Selon ses explications, même si l’on prend en compte que certains historiens du Phanar contestent le changement d’obédience de la métropole de Russie occidentale au XVIIème siècle, cela ne change rien : « Les règles canoniques déterminent une prescription trentenaire relativement à l’intangibilité de la soumission canonique d’un territoire à un évêque défini. C’est le fait de cette soumission qui compte, sans matière à polémique. Afin qu’il n’y ait pas de querelles et de désordres dans l’Église. Et ici plus de 300 ans se sont écoulés ».

L’archevêque. Il a également souligné que l’Église orthodoxe d’Ukraine dispose de possibilités et de droits d’une large autonomie bien plus grands que beaucoup d’Églises orthodoxes qui ont le statut autocéphale. « C’est un fait objectif et important : les droits d’indépendance de notre Église sont bien plus grands que dans de nombreuses Églises orthodoxes autocéphales. La majorité des fidèles de l’Église orthodoxe d’Ukraine le comprennent. Ils le comprennent et l’estiment. En même temps, ils estiment aussi l’unité spirituelle avec tout le plérôme de l’Église russe, fondée par le saint prince Vladimir… En cette étape historique, la majorité écrasante de l’épiscopat, du clergé et des fidèles de notre Église sont satisfaits de son statut canonique et n’ont pas initié son changement.

Et je suis certain que faire de l’Église une monnaie d’échange dans des jeux politiques, cela, le peuple de Dieu, ne le laissera faire à personne » a conclu l’archevêque Théodose.

Jivko Panev

Ce qu’il y a derrière le schisme orthodoxe entre Russie et Ukraine

Le patriarche Philarète, de l'Église orthodoxe ukrainienne donne une conférence de presse à Kiev, le 11 octobre 2018. | Genya Savilov / AFP
Le patriarche Philarète, de l’Église orthodoxe ukrainienne donne une conférence de presse à Kiev, le 11 octobre 2018. | Genya Savilov / AFP

C’est plus qu’une simple guerre de clochers.

L’orthodoxie, cette galaxie chrétienne mal connue de plus de 250 millions de fidèles, sort brutalement de son sommeil à l’est de l’Europe. Elle résonne à nouveau d’un vocabulaire de guerre –«schisme», «anathème», «excommunication»– qu’on croyait enfoui dans les tréfonds de la mémoire la plus archaïque. Moscou et Constantinople, les deux «patriarcats» historiques de l’orthodoxie, en viennent aux mains –au sens propre quand ils se disputent la propriété de cathédrales et d’églises– à propos de la situation religieuse en Ukraine.

Mais en Ukraine, le religieux et le politique ne font souvent qu’un et derrière ce qui a tout l’air d’une simple «guerre de clochers», se cachent en fait des enjeux d’ampleur historique et symbolique. Il en va du sort de ces Églises orthodoxes en Russie et en Ukraine hier persécutées sous le joug soviétique et redevenues très influentes. Puis de l’avenir de relations déjà très abîmées entre Kiev et Moscou. Enfin, du devenir de cette puissante orthodoxie russe, bras droit religieux de Vladimir Poutine dans son entreprise de réarmement moral interne et d’expansion externe.

Par son énoncé même, le casus belli d’aujourd’hui résonne de manière sibylline à des oreilles peu exercées. Entouré de son Saint-Synode, le patriarche de Constantinople, primat d’honneur de l’orthodoxie mondiale, vient de reconnaître l’autocéphalie (indépendance canonique) de l’Église orthodoxe d’Ukraine. Qu’est-ce que cela veut dire?

 

La poudrière religieuse de l’Europe

Pays tiraillé depuis des siècles entre l’orthodoxie russe et l’Occident catholique, l’Ukraine est un patchwork de confessions rivales et concurrentes. Après la chute du communisme, elle est devenue l’une des poudrières religieuses de l’Europe, au cœur des affrontements entre pro-russes et pro-européens.

Laissons de côté d’abord l’Église gréco-catholique (de rite byzantin, mais rattachée à Rome et au pape), grande victime de la terreur soviétique, réhabilitée –non sans mal–, restaurée et vivante. L’essentiel de la discorde actuelle oppose, d’un côté, l’Église orthodoxe dite du «patriarcat de Moscou», dépendance directe de la Russie, rare survivance de tous les redécoupages institutionnels de l’empire soviétique. De l’autre côté, l’Église orthodoxe dissidente dite du «patriarcat de Kiev» qui, depuis l’indépendance de 1991 (où elle a rompu avec l’orthodoxie russe), milite ardemment pour détacher le pays de toute influence de Moscou et le rapprocher de l’Union européenne, soutient le président Petro Porochenko anti-russe comme elle avait soutenu la «révolution orange» de 2004 et les émeutes de Maïdan en 2014.

C’est l’aboutissement d’une guerre de près de trente ans menée par Moscou contre l’Église dissidente du patriarcat de Kiev.

C’est cette dernière Église indépendante que vient de reconnaître officiellement et pour la première fois le patriarcat de Constantinople. Ce qui, pour le patriarcat orthodoxe de Moscou et pour le Kremlin, équivaut à un acte de trahison sans précédent. Depuis l’indépendance de l’Ukraine, le pouvoir russe –Église et État confondus– faisait tout pour retenir dans son orbite une orthodoxie ukrainienne qui lui fournit plus du tiers de ses paroisses et une grande partie de ses finances, mais qui était travaillée par de dangereuses tentations d’autonomie.

L’épisode d’aujourd’hui est donc l’aboutissement d’une guerre de près de trente ans menée par Moscou contre cette Église dissidente du patriarcat de Kiev qui a repris à l’Église officielle une grande partie de son clergé, de ses fidèles, de ses finances et de ses églises. Il constitue surtout un rebondissement de la guerre pour le leadership de l’orthodoxie que se livrent les patriarcats de Moscou et de Constantinople. Depuis la fin de l’Union soviétique, l’Église orthodoxe de Russie renaissante (plus de 100 millions de fidèles, soit le tiers des orthodoxes dans le monde) dispute férocement au patriarcat de Constantinople sa domination historique sur l’orthodoxie mondiale, alors même que le patriarcat de Constantinople (Istanbul) ne cesse de s’affaiblir. Son patriarche est quasiment sans troupes et captif de la Turquie dans un palais d’Istanbul, cette mégapole musulmane à cheval sur l’Europe et l’Asie où ne demeure plus qu’une poignée de chrétiens grecs-orthodoxes.

À Moscou donc, la force numérique et politique. À Constantinople, la force symbolique et historique. Les conflits de juridictions se multiplient entre les deux aux marches de l’ex-empire soviétique (Ukraine, mais aussi Estonie); la «diaspora» orthodoxe en Europe et en Amérique fait l’objet d’une compétition sans merci entre les deux patriarcats, dont la récente inauguration à Paris par Vladimir Poutine d’une cathédrale russe est un épisode spectaculaire.

Le berceau du christianisme russe

On ne peut pas comprendre la violence de cet affrontement sans remonter à l’histoire et à la situation géopolitique particulière d’un pays comme l’Ukraine. C’est sur cette terre qu’est né le christianisme slave. En 988, le prince Vladimir de Kiev se fit baptiser dans les eaux de la Dniepr et évangélisa l’ancienne Russie (la Rous). C’est un acte fondateur, encore célébré aujourd’hui à la fois en Russie et en Ukraine. Depuis, au fil des siècles, l’Ukraine a été ballotée entre l’hégémonie russe à l’est et l’influence des puissances (grand-duché de Pologne et de Lituanie, empire des Habsbourg) qui ont dominé le centre du continent européen.

Quand, à la fin du XVIe siècle, les forces venues de l’ouest et des papes de Rome réussissent à reconquérir des territoires orthodoxes et à faire avec eux une «union» (unya) lors du traité de Brest-Litovsk (1596) –acte de naissance de l’Église gréco-catholique dite «uniate»–, s’ouvrent quatre siècles de violents affrontements entre orthodoxes et catholiques. Cette reconquête catholique dans les terres orthodoxes de l’est européen et des Balkans (il y a aussi des Églises gréco-catholiques en Roumanie, en Slovaquie, à la frontière orientale de la Pologne) est restée une écharde dans la mémoire orthodoxe. Jusqu’à aujourd’hui. Les papes de Rome Jean-Paul II, Benoît XVI et François n’ont jamais pu se rendre à Moscou.

L’Ukraine, une écharde au cœur de la Russie

C’est le camp orthodoxe lui-même qui est fracturé aujourd’hui, et ce depuis l’effondrement de l’Union soviétique et l’indépendance de l’Ukraine. Entre l’Église orthodoxe officielle, courroie de transmission de la Russie, et l’Église dissidente, nationaliste et anti-russe, dirigée par le très contesté patriarche Philarète, 89 ans, corrompu jusqu’à l’os, marié et père de famille (ce qui est interdit pour un évêque) qui, jusqu’à aujourd’hui n’était pas reconnu par le reste de l’orthodoxie mondiale, la guerre est désormais à couteaux tirés.

Pour Moscou, l’Ukraine fait partie de son «territoire canonique» dans ce que le Kremlin et le patriarcat solidaires appellent la «Russie historique». La vision religieuse du patriarche Cyrille de Moscou rejoint en effet, au kilomètre près, la vision géopolitique, nationaliste et anti-occidentale de Poutine. Le patriarcat de Moscou est la seule institution à avoir gardé ses frontières de l’ex-État soviétique: il compte 100 millions de fidèles en Russie, 30 millions en Ukraine, 10 millions en Biélorussie, 4 millions dans les États baltes. La perte de l’Ukraine serait une écharde au cœur religieux de la Russie.

Comment oublier que l’orthodoxie est un pilier de l’identité nationale russe, qu’en Russie, même si la pratique religieuse n’est pas plus élevée qu’en France, l’appartenance nationale et l’appartenance religieuse ne font qu’un? L’écrivain Soljenitsyne disait déjà: «Si nous les Russes, nous en venions à tout perdre –territoires, populations, gouvernement–, il nous resterait encore et toujours l’orthodoxie».

 

Vladimir Poutine et l’actuel patriarche Cyrille de Moscou se rejoignent dans cette même vision d’une orthodoxie comme ferment de la «civilisation russe» face à la décadence européenne et occidentale. Pour eux, c’est ce ferment qui doit librement s’exercer dans des pays comme, outre la Russie, l’Ukraine ou la Biélorussie qui constituent le même espace spirituel, celui de la Sainte Russie issue du baptême de Kiev. Autant dire que Moscou n’est pas prêt de céder la moindre parcelle de son leadership sur l’Ukraine, promue au rang de gardienne des frontières spirituelles et des valeurs de la vieille et sainte Russie.

 

Histoire de l’Eglise Orthodoxe I

L’Orthodoxie, Eglise des sept Conciles [1]

Introduction

Il y a une vraie « étrangeté » du monde orthodoxe par rapport aux Eglises occidentales. Les homogénéités internes de chacune, mais aussi le patrimoine de dix siècles d’histoire commune, et aussi hélas, les neuf siècles d’incompréhension et de séparations qui suivirent.

Cette séparation des Eglises Orthodoxe et Catholique Romaine, n’est pas la première ni la seule dans la chrétienté. Mgr Kallistos note trois grandes fractures de la chrétienté : V° et VI° siècle : séparation avec les Eglises d’Orient, puis XI°s avec l’Eglise Catholique Romaine, et enfin au XVI°s, au sein de l’Eglise Catholique avec la Réforme. Divisions cultuelles que l’auteur associe aux trois grandes cultures : sémitique, grecque et latine.[2]

Limitée dans son essor et son territoire rétréci à l’est et à l’ouest par les invasions barbares et l’expansion de l’Islam, l’Eglise Orthodoxe développe les missions vers le nord et convertit peu à peu les slaves. Après la chute de Constantinople en 1453 « la principauté de Moscou était prête à prendre la place de Byzance en tant que protecteur du monde orthodoxe.[3] »

 « L’Eglise Orthodoxe est donc une famille d’Eglises se gouvernant elles-mêmes.[4] »

       Trois points fondamentaux définissent l’Eglise Orthodoxe :

  • Premier point : dès le début du second siècle, Ignace d’Antioche définit l’Eglise comme une « société eucharistique.[5] »  L’Eglise avant d’être corps organisé est corps reçu du Seigneur dans la célébration de la Cène.
  • Le second point mis en exergue est que l’Eglise, constituée de plusieurs églises particulières, est fondamentalement une. Les évêques participent du même épiscopat qu’ils exercent individuellement dans leur église particulière et en commun dans le concile, qui est le lieu où l’Eglise est totalement Catholique.
  • Le troisième point est que chaque évêque fait partie d’une organisation hiérarchisée au titre de sa fonction pastorale, mais ontologiquement est dépositaire de la totalité de la fonction apostolique. Ce qui lui donne le droit de siéger aux conciles et d’y prendre la parole.[6]

L’histoire

Les sept conciles (IV° au VIII°s) sont et restent le socle sur lequel se construit la foi orthodoxe : Nicée I (325), Constantinople I (380-381), Éphèse (431), Chalcédoine (451), Constantinople II (553), Constantinople III (680-681) et Nicée II (787). C’est aussi là que l’organisation extérieure de l’Eglise et la place de chaque grand patriarcat va être définie.
Sur le plan théologique ces conciles ne prétendent pas définir Dieu mais protéger cette révélation fondamentale : Christ est pleinement Dieu et pleinement homme.
Ces sept conciles œcuméniques se réunissent dans un espace politique et religieux apaisé. 
 
Après l’«édit de Milan » en 313, l’Empereur Constantin va favoriser l’Eglise Chrétienne.[7]
 

La conversion de Constantin autant politique que religieuse [8], va avoir une conséquence particulière. A côté des motivations politiques et économiques, le transfert en 324 de la capitale de l’Empire Romain de Rome à la ville de Constantinoupolis, sur le site de Byzance, est motivé aussi par le fait de quitter une Rome trop marquée par le paganisme.

La base politico-religieuse, elle, a considérablement évoluée durant cette période des huit premiers siècles. De la pentarchie ne subsistent réellement que deux patriarcats : Rome et Constantinople, qui sont aussi deux entités avec des intérêts politiques différents : Rome étant tourné vers les peuples du nord et de l’occident, Constantinople étant tourné vers le peuples slaves et orientaux.

L’affaire du baptême du Khan Boris de Bulgarie mêlé à la question du « filioque » (865-870) est consternante. Et même si le second patriarcat de Photius I (877-886) et le pontificat de Jean VIII (872-882) marquent une accalmie dans les conflits, rien n’est solutionné.

La conversion des Slaves par Cyrille et Méthode à partir de 863 est favorisée par leur travail de traduction en slavon de la bible et de la liturgie. Se heurtant aux missionnaires germains, Cyrille en appelle à Rome et obtient reconnaissance de leur mission par le pape Adrien II en 868. Ce dont les missionnaires Germains ne tiennent aucun compte. En définitive les missionnaires Latins s’imposent. Les disciples chassés de Moravie s’installent en Bulgarie et introduisent la culture slave. Un patriarcat Bulgare indépendant et reconnu par Constantinople est créé vers 926. De même pour la Serbie, dont le patriarcat est érigé en 1375. La Roumanie suivra au XIV° siècle.


[1] Son Excellence, le Très Révérend Métropolite Kallistos (Ware) de Diokleia (né en 1934, de son nom laïc Timothy Ware) est évêque honoraire et métropolite honoraire du Patriarcat Œcuménique en Grande Bretagne. Bl a enseigné à l’Université d’Oxford les Études Orthodoxes, pendant 35 ans, jusqu’à sa retraite en 2001.
[2] WARE, Kallistos. L’Orthodoxie, l’Eglise des sept Conciles. Op cit p 11
[3] WARE, Kallistos. L’Orthodoxie, l’Eglise des sept Conciles. op cit p 12. Qu’en termes élégants ces choses-là sont dites ! Les efforts de Moscou pour se faire reconnaitre comme « troisième Rome » semblent perdurer encore aujourd’hui.
[4] WARE, Kallistos. L’Orthodoxie, l’Eglise des sept Conciles. op cit p 14
[5] St Ignace d’Antioche, cité par : WARE, Kallistos. L’Orthodoxie, l’Eglise des sept Conciles. op cit p 22 note 2
[6] WARE, Kallistos. L’Orthodoxie, l’Eglise des sept Conciles. op cit p 38. On peut se poser la question, au vu de cette affirmation, de la validité de l’organisation du concile de Crête. (https://www.holycouncil.org/-/procedures)
[7]  Faveur impériale qui trouvera son aboutissement dans l’édit de Thessalonique du 28 février 380, pris par Théodose, qui fait du christianisme la religion de l’État et la seule religion licite.
[8] MARAVAL, Pierre. L’édit de Milan entre tradition et renouveau. [En ligne], Babelao 5, 2016, p. 105-116 [consulté le27/08/2018] Disponible sur le web :  https://alfresco.uclouvain.be/alfresco/service/guest/streamDownload/workspace/SpacesStore/33d1f155-70b4-4cd6-b5df-ee281f671367/04-%20P.%20Maraval,%20L’%C3%A9dit%20de%20Milan.pdf?guest=true ,  
 
 
 

Histoire de l’Eglise Orthodoxe II

Les églises grecques

Du XI° au XV° siècle

Les conflits qui aboutissent aux excommunications de 1054 ne sont pas tant -à mes yeux- des conflits religieux que des conflits de pouvoir. Ou plutôt les conflits religieux -réels- sont prétextes à des conflits de pouvoir.
Querelle à propos du « filioque » ajouté au Crédo de Nicée-Constantinople par les latins -qui va devenir une pierre d’achoppement entre les deux églises- et surtout la place du Pape Romain dans l’Eglise. Ainsi, la prétention du Pape Nicolas Ier d’avoir autorité sur toute la terre, c’est-à-dire sur chaque Eglise, est exorbitante, et rejetée absolument par les orientaux non sans raison. La réforme de l’Eglise d’occident par le pape Grégoire VII (1073-1085) s’accompagne d’une reprise de l’idée de juridiction universelle de Nicolas Ier.

 

Ce sont les questions d’usages dans le culte qui vont provoquer la rupture, en grande partie du fait du cardinal-Légat Humbert de Moyenmoutier qui, alors qu’il était chargé d’une mission de conciliations, dépose une bulle d’excommunication contre le Patriarche Michel Cérulaire qui en retour jettera l’anathème sur le légat indélicat.
Ces excommunications et anathèmes concernaient les hommes, pas les Eglises, qui continuèrent à avoir des relations « normales ».
Les croisades vont rendre le schisme définitif. L’installation de Patriarches Latins à Jérusalem et à Antioche   provoquent des schismes locaux. L’empire Byzantin, pressé par les Turcs à l’Est et par les armées de Charles d’Anjou à l’ouest est dans une situation de plus en plus précaire. La prise et le pillage de Constantinople en 1204 lors de la quatrième croisade et le remplacement du Patriarche de Constantinople par un Patriarche latin achèvent la séparation.

 

Les deux « conciles d’union » de Lyon en 1274 et de Florence en 1438 aboutissent à des accords doctrinaux qui, pris sous la contrainte des nécessité politique, seront désavoués par les peuples Grecs.
Les développements théologiques -plus différents qu’antagonistes- en occident (scholastique) et en orient (Patristique, controverse hésychaste) et la rupture du continuum géographique entre orient et occident rendent le dialogue impossible. Les deux églises n’ont plus les outils pour se comprendre.

 

Le joug islamique du XV° au XX° siècle

Pour les grecs de 1453 ce dut être aussi cruellement à contrecœur qu’ils se virent sous la domination des infidèles, même si, pour certains, tout était préférable que la soumission à l’occident latin.
La remarquable politique religieuse de Mehmet II ne tarda pas à porter ses fruits au détriment de l’Eglise orthodoxe grecque. Le Patriarcat de Constantinople devint pour l’état un rouage de gouvernement avec autorité non seulement sur les grecs orthodoxes, mais aussi sur tous les chrétiens de l’empire ottoman : le Rum-millet.
le Rum-millet est un système qui distingue les chrétiens des musulmans comme nation mais de second ordre, dirigée par une administration et des Patriarches qui vont devoir, de fait, acheter leur charge. Ce système va provoquer une corruption généralisée et une décadence intérieure désastreuse. Le fait de lier une Eglise à une nation porte en soi ce qui sera dénoncé au XIX° siècle comme une hérésie : l’ethno-phylétisme
Le patriarcat de Constantinople réunissait sous son autorité civile au XVIII° siècle des patriarcats théoriquement indépendants :  Alexandrie, Antioche et Jérusalem et des Eglises théoriquement autocéphales : Roumanie, Bulgarie et Serbie.

Au XIX° siècle avec le déclin du pouvoir et la libération des territoires turcs d’Europe permet l’autonomie des Eglises nationales :

  • En 1833 : l’Eglise de Grèce reconnue autocéphale par le Patriarcat de Constantinople en 1850.
  • En 1864 : l’Eglise de Roumanie est reconnue autocéphale par le Patriarcat de Constantinople en 1885.
  • En 1871 : l’Eglise de Bulgarie est reconnue autocéphale par le Patriarcat de Constantinople en 1945.
  • En 1879 : l’Eglise de Serbie est reconnue autocéphale par le Patriarcat de Constantinople la même année.
La fidélité et la haute culture religieuse des moines, va faire du Mont Athos un foyer spirituel majeur (maintien de la tradition hésychaste, publication de la Philocalie en 1782), et devenir le conservatoire vivant de la tradition orthodoxe parfois jusqu’à l’excès. (Rejet de tout « modernisme »).
Cette situation va perdurer jusqu’à la révolution kémaliste de 1923, et même jusqu’en 1977 à Chypre.
La situation de l’Eglise Orthodoxe va changer en effet avec la guerre gréco-turque de 1919-1923, qui se termine par une victoire des armées turques.
Par le traité de Lausanne, s’effectue un échange de populations entre les deux pays (1 300 000 Grecs de Turquie contre 385 000 Turcs de Grèce).
Quasiment tous les orthodoxes quittent le territoire turc sauf les populations d’Istanbul et ses environs immédiats.

 

En 1955, en raison de la lutte des grecs de Chypre contre les turcs, 60 des 80 églises sont pillées ou saccagées les chrétiens molestés et leur biens endommagés.
Les déportations et les départs vers l’étranger font que début 1990 il ne reste que trois ou quatre mille Grecs à Chypre. Il faut attendre les années 1980 pour qu’une certaine liberté de mouvement soit autorisée et les bâtiments reconstruits.

Le patriarcat de Constantinople est conduit par des hommes très remarquables comme le Patriarche Athénagoras qui oeuvre en faveur de l’unité entre les Chrétiens et ses successeurs : Dimitrios et aujourd’hui Bartholomé

Histoire de l’Eglise Orthodoxe III

Les églises slaves du IX° au début du XX° siècle

 

La Russie, évangélisée depuis 864, devient chrétienne avec la conversion de Vladimir de Kiev dit Vladimir le Grand en 988.
Le siège métropolitain de Kiev fut créé vers 991 sous la juridiction du patriarcat de Constantinople qui nommait le primat.

 

Iaroslav le Sage, le fils et successeur de Vladimir, permit le développement de la nouvelle Église en encourageant la création de nouveaux diocèses, en faisant construire des cathédrales.
L’Église russe se consolide au cours des siècles suivants, grâce notamment à l’essor de la vie monastique. Elle marque de plus en plus son indépendance vis-à-vis du patriarcat œcuménique de Constantinople.

L’invasion mongole de 1237-1238 si elle change la donne politique influe peu sur le cours de la vie religieuse. « Kiev est de fait administré par un gouverneur mongol qui autorisera jusqu’en 1299 le séjour du métropolite [1]»

En 1321, Kiev et une partie de la Russie (l’Ukraine) sont annexés par le royaume Lituano-Polonais dont le roi est catholique [2]. Les évêques orthodoxes d’Ukraine sont donc nommés par le roi. Selon de critères ou le religieux n’a pas la plus grande part…
La pression des Tartares mongols après la bataille de Koulikovo en 1380 est de plus en plus faible. « C’est l’Eglise qui aux XII° et XIV° siècles maintint en éveil la conscience nationale russe » [3]
En 1448 : à la suite du concile de Florence le métropolite, partisan de l’Union, est déposé. L’évêque Jonas est désigné à sa place. La séparation religieuse avec Byzance est consommée.
Avec la déclaration d’autocéphalie de la métropole de Moscou, les primats abandonnent progressivement le titre de Kiev pour prendre celui de métropolite de Moscou et de toute la Russie.

 

En 1589 : le régent Boris Godounov mène une politique d’indépendance de la Russie etcrée le patriarcat de Moscou : l’Église orthodoxe de Moscou et de toute la Russie se déclare alors autocéphale. Autocéphalie reconnue –à contrecœur- par le patriarcat de Constantinople qui l’élève au rang de patriarcat.

En 1595-1596 : En Ukraine, un mouvement se fait jour vers l’Eglise de Rome et en 1596 l’Union de Brest, marque l’union de six des huit évêques de la métropole de Kiev –dont le métropolite de Kiev- avec l’Église catholique de Rome, et adoptent les principes définis au concile de Florence, provoquant en retour un réveil de la foi orthodoxe dans le peuple resté fidèle à l’Orthodoxie.

En 1667 : Kiev et l’Ukraine orientale passent sous la domination de la Russie. Et en 1686 : Le patriarcat de Moscou prend sous sa juridiction la métropole de Kiev sans l’accord de Constantinople.

En 1721 : Pierre le Grand réinstaure la primauté du politique en supprimant le patriarcat et en créant à sa place le Saint Synode et en imposant le « Règlement spirituel » : ce document constitue, depuis la réforme dont il fut le point de départ, la charte fondamentale où se trouve consigné ce que l’on pourrait appeler, à juste titre, les servitudes de l’Eglise russe [4]. Il met l’Eglise Russe sous le contrôle du pouvoir politique. Composé d’évêques, de prêtres et du haut-procureur nommé par l’empereur, il dirige les affaires ecclésiales de façon collégiale. (La fonction de
patriarche ne sera rétablie qu’en 1917).

 

Pierre le Grand et Catherine II vont autoriser l’implantation de 
l’Eglise Catholique enRussie tout au long du XVIII° siècle. A la fin du siècle, avec les démembrements et l’annexion d’une partie de la Pologne, ce sont plus de trois millions de catholiques qui vont s’ajouter au million déjà présent.
La prise de pouvoir de l’état sur l’Eglise russe si elle reste destructrice (suppression de plus de la moitié des monastères et limitation du nombre de moines par Catherine II, influence occidentale) ne détruit pas la vie spirituelle de l’Eglise qui non seulement est sauvegardée mais est approfondie (à l’exemple de saint Thikon de Zadonsk, évêque de Varonege).
Elle se développe -en grande partie grâce aux moines de l’Athos- tout au long du XIX° siècle, grâce aussi aux grandes figures de Startsy comme saint Séraphim de Sarov.

 

Il reste 452 monastères en 1810.  En 1914 il y en a 1025.

À la veille des révolutions de 1917, l’Église orthodoxe comptait quelque 60 000 églises et 117 millions d’orthodoxes répartis en 73 diocèses. [5]

 

Le XX° Siècle

La révolution de février 1917, aboutit à l’abdication de Nicolas II et à l’élection d’une assemblée constituante.

Le concile de Moscou

L’Église orthodoxe trouve d’abord dans cette situation un nouvel espace de liberté. En octobre 1917, alors même que le coup d’État des bolcheviks amène Lénine au pouvoir, les évêques orthodoxes se réunissent en concile à Moscou, premier concile de l’Église orthodoxe russe depuis 1700.
Durant ses deux sessions des décisions importantes sont prises : Le patriarcat supprimé sous Pierre le Grand est rétabli : le métropolite de Moscou, Tikhon, est nommé patriarche de toutes les Russies. Toute l’Église orthodoxe Russe entreprend sa réorganisation, à commencer par la mise en place de paroisses dotées de pouvoirs réels autour de leur prêtre et de la communauté des fidèles.
Un autre effet qui va se révéler majeur dans les temps de persécutions à venir est que « le Concile a permis d’organiser la vie de l’Église sur de nouvelles bases sans intervention de l’état, d’élaborer et d’adopter des lois fondamentales, d’esquisser la voie à suivre, de permettre à l’Église d’exister dans un contexte socio-politique en plein changement. [6]»

Et les persécutions arrivent vite : le 7 février 1918 le métropolite de Kiev Vladimir est assassiné sous les murs de la laure des Grottes de Kiev.

Durant les soixante-dix ans de dictature communiste l’attitude de l’état reste fondamentalement la même : « Le parti ne peut être neutre envers la religion. Il conduit une lutte antireligieuse contre tous les préjugés religieux [7] »

Cinq périodes principales sont repérées par Mgr Ware dans l’évolution des relations Eglise – Etat soviétique [8]

  1. 1917-1925 : lutte du Patriarche Thikon pour la liberté de l’Eglise.
  2. 1925-1943 : Tentative du Métropolite Serge Métropolite de Nijni-Novgorod de trouver un Modus vivendi en collaborant avec le pouvoir. Au début de la seconde guerre mondiale seuls quatre évêques sont toujours en fonction et quelques centaines d’églises ouvertes sur toute la Russie. Toutes les écoles de théologie et tous les séminaires sont fermés.
  3. 1943-1959 : Avec l’invasion de la Russie soviétique par l’Allemagne, Staline permet, pour des raisons stratégiques, un renouveau de la vie de l’Eglise (Election d’un nouveau Patriarche en 1943). En 1947 plus de 20 000 églises sont rouvertes, 67 monastères,2 académies de théologie et 8 séminaires fonctionnent sur le territoire de l’URSS
  4. 1959-1964 : Reprise des persécutions sous Kroutchev. Mais le silence des hiérarques Russes fait que cela passe inaperçu en occident.
  5. 1964-1985 : Devant ce silence, émergence d’un mouvement dissident qui est durement réprimé par l’état et désavoué par les autorités de l’Eglise elle-même.

Le renouveau

Avec l’élection de Mikhaïl Gorbatchev en 1985 l’Eglise retrouve sa liberté d’action.
A partir de 1990 la loi de 1929 sur les associations religieuses est remplacée par des lois reconnaissant aux associations religieuse la personnalité morale et établissant la séparation des Eglises et de l’Etat va avoir pour effet que l’Eglise orthodoxe russe certes persécutée, mais aussi d’une certaine manière protégée va se trouver en concurrence avec les autres confessions chrétiennes et les autres religions ou pseudo-religions.

La dissolution de l’Union des Républiques Socialistes Soviétique le 26 décembre 1991, les archives s’ouvrent dont celles du KGB en 1992 qui révèlent la plus ou moins grande collaboration de Evêques, mais aussi la fermeté de bien d’autres comme le Patriarche Kyrill de Smolensk qui deviendra en 2009 Patriarche de Moscou et de toute la Russie.

Les Eglises d’Europe de l’est après la chute de l’URSS.

L’EGLISE ORTHODOXE D’UKRAINE
Avec l’indépendance de l’Ukraine en 1991 se pose la question de l’autocéphalie de l’Eglise d’Ukraine qui provoque la division en trois Eglises :
  • Église orthodoxe d’Ukraine (Patriarcat de Moscou) [9]
  • l’Église orthodoxe d’Ukraine (Patriarcat de Kiev) [10]
  • L’Église orthodoxe autocéphale ukrainienne.[11]

Autre problème douloureux : la résurgence de l’Eglise grecque-catholique d’Ukraine dont les fidèles se sont « cachés » sous une pratique orthodoxe tout en conservant leur foi catholique, et dont les évêques, arrêtés, sont morts en prison ou en exil. Cette Eglise devient à la faveur des lois de 1985 une Eglise reconnue officiellement. Malgré des démarches de sa part en vue d’une réconciliation, l’Eglise orthodoxe russe ne prendra pas la main tendue.

L’EGLISE ORTHODOXE D’ALBANIE
Reconnue autocéphale en 1937 par le patriarcat de Constantinople, l’Albanie connaît, après sa libération totale en novembre 1944, un gouvernement communiste stalinien, dont le principal dirigeant est Enver Hoxha. A partir de 1967   elle est presque totalement anéantie.
En 1991 à la fin de sa clandestinité il reste vingt prêtres dont la moitié seulement de valide, et aucun évêque.

A partir de 1992 Un évêque grec est nommé, des prêtres de nouveau ordonnés et une école de théologie ouverte

L’EGLISE ORTHODOXE DE ROUMANIE
A la prise de pouvoir des communistes en 1948 les liens amicaux entre le Patriarche Julien et le secrétaire Général du Parti Communiste Georgiu Dej permirent à l’Eglise orthodoxe roumaine non seulement de survivre, mais aussi de prospérer, au prix d’une surveillance étroite de la police secrète ce qui ne fut sans doute pas sans compromissions.

Pour l’Eglise de Roumanie s’est aussi posé la question des grecs-catholiques, nombreux avant 1948, avec les mêmes effets engendrés par les mêmes causes

L’EGLISE ORTHODOXE DE SERBIE
Moins prospère que l’Eglise de Roumanie sous le communisme, elle a surement mieux su préserver son intégrité

Les exactions des oustachis et de leur chef Ante Pavelic devenu chef de l’état collaborateur de l’Allemagne nazie ordonne une véritable persécution de l’Eglise orthodoxe se en se prévalant de le foi catholique « Son mot d’ordre à l’égard des Serbes est d’en « exterminer un tiers, en chasser un tiers, en convertir un tiers » de l’orthodoxie au catholicisme. Cette politique ethnique se double donc d’un soutien marqué à la religion catholique, malgré une forte inimitié entre Pavelić et l’archevêque de Zagreb Alojzije Stepinac [12] »

L’EGLISE ORTHODOXE DE BULGARIE

Très proche du patriarcat de Moscou quand à ce qui a été vécu sous la domination soviétique. « Un groupe de six évêques a eu le courage en 1990 de poser un geste public de pardon et de repentir pour demander le pardon de leurs fautes et de leurs compromis sous le régime communiste [13] »

Autocéphale en 1053 (Patriarcat d’Antioche). Incorporée à l’Eglise russe en 1811, elle réaffirme son indépendance en 1917.
Autocéphalie reconnue par Moscou en 1943 et par Constantinople en 1990.
2455 églises en 1917 ; moins de 100 en 1980

En 1992 outre le patriarche il y avait 14 évêques

L’EGLISE ORTHODOXE DE POLOGNE
Reconnue autocéphale par le Patriarcat de Constantinople en 1924 et 1948 par le patriarcat de Russie.

Terre d’invasion, l’Eglise orthodoxe de Pologne eut à subir la variation de ses frontières.  Après 1939, la plupart des orthodoxes se trouvent en territoire soviétique.

L’EGLISE ORTHODOXE DE REPUBLIQUE TCHEQUE ET DE SLOVAQUIE
Etroitement liée au patriarcat de Moscou depuis 1946, elle en reçoit l’autocéphalie en 1951. Elle est reconnue autocéphale par Constantinople en 1998 [14]
Elle aussi est confrontée au problème des grecs-catholique incorporés de force à l’Eglise Orthodoxe en 1950 et qui retrouvent la liberté de culte lors du Printemps de Prague » en 1968.

 

Eglise et diaspora

L’Eglise Orthodoxe est culturellement et géographiquement essentiellement orientale jusqu’au début du XX° siècle.

Les grecs, présents en Europe occidentale de tout temps vont, avec la chute de Byzance, et les purges successives conduites ensuite par le pouvoir ottoman contre l’Eglise, émigrer massivement vers Venise d’abord, et dans tout le monde occidental.

Même si des chrétiens orthodoxes ont émigrés avant elle, la révolution russe va être un facteur d’émigration majeur, avec « le départ de plus d’un million de Russes dont une grande partie de l’élite culturelle et intellectuelle [15] » .

D’abord celle des 2,1 millions de Russes « blancs », qui ont quitté la Russie après la révolution de 1917 : beaucoup partirent vers l’Amérique, mais ils furent nombreux aussi à s’installer en France, en Allemagne ou en Grande-Bretagne.
Celle des Grecs ensuite, plusieurs milliers s’installant en Europe occidentale après la disparition de la Grèce d’Asie en 1922-1923.
Après la Seconde Guerre mondiale, cette première émigration est complétée par une vague venue d’au-delà du rideau de fer, puis, dans les années 1960-1970, par les orthodoxes arabes venus de Syrie ou du Liban.
La chute du mur de Berlin et la dislocation de la Yougoslavie ont entraîné un nouveau afflux venu de Roumanie, de Serbie, mais aussi d’Ukraine et de Russie.

Cette émigration va s’organiser sur des critères nationaux par regroupement des personnes d’une même nation qui forment une paroisse qui sera soumise ensuite à un évêque nommé par l’Eglise d’origine des fidèles.

Cette façon de faire si elle est compréhensible au départ conduit cependant à une dérive dommageable pour la catholicité de l’Eglise Orthodoxe : « Au lieu d’un seul diocèse à chaque endroit, sous un seul évêque, presque partout en occident il est établi une multitude de juridictions parallèles avec plusieurs évêques orthodoxes cote à cote dans les grandes villes ; Quelles que soient les causes historiques de ce phénomène, cela est certainement contraire à la conception orthodoxe de l’Eglise.[16] »

A cela s’ajoute les divisions à l’intérieur des groupes nationaux. Principalement chez les russes divisés en quatre juridictions principales :

  1. Les communautés relevant du Patriarcat de Moscou
  2. L’Eglise Russe hors de Russie (émigration 1917)
  3. L’archidiocèse russe orthodoxe ex-exarchat du Patriarcat Œcuménique dont le tomos de 1999 a été révoqué en 2018 par le Patriarche Bartholomée.
  4. L’Eglise grecque-orthodoxe russe d’Amérique appelée de 1970 Orthodox Church of America dont l’autocéphalie accordée par le patriarcat de Moscou, est reconnue par les Eglises de Bulgarie, Géorgie, Pologne et Tchécoslovaquie, mais pas par le Patriarcat Œcuménique qui estime être le seul à pouvoir le faire.
À ces diverses émigrations se sont ajoutés des Occidentaux qui, tels les théologiens Olivier Clément ou Élisabeth Behr-Sigel, ont découvert les trésors spirituels de l’Orient chrétien au contact de ces émigrés.
Surtout, de très nombreux orthodoxes sont natifs d’Europe de l’Ouest, d’origine immigrée mais à la deuxième, troisième, voire quatrième génération, n’ayant parfois qu’un lien ténu avec leur pays d’origine. [17]

Notes:
[1] Rus’ de Kiev. (2/11/2018). Wikipédia, l’encyclopédie libre. Page consultée le 02 novembre 2018 à partir de http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Rus_de_Kievoldid=153608570
[2]. Rus’ de Kiev. (2/11/2018). Wikipédia, l’encyclopédie libre. Op cit.
[3] WARE, Kallistos. L’Orthodoxie, l’Eglise des sept Conciles. op cit p 108
[4]  « Comme d’autres grands réformateurs, il se complut à couler dans un moule identique les formes, pourtant si différentes en elles-mêmes, de l’administration civile et de la hiérarchie religieuse et ecclésiastique. [Pierre le Grand] se considérait comme l’héritier des basileis byzantins disparus, et, à ce titre, la conception d’une Eglise indépendante, en face de l’Etat souverain, lui paraissait être la pire des hérésies religieuses et la plus funeste des erreurs politiques. Pour lui, la religion était une force incomparable qu’il fallait mettre au service de la politique; l’Eglise, un organisme dangereux comme société distincte et autonome, mais éminemment utile et bienfaisant, une fois transformé en simple rouage administratif. Et ce fut bien là l’idée maîtresse de toute sa réforme. »
Bois, Jean. Le règlement ecclésiastique de Pierre le Grand. In: Échos d’Orient, tome 7, n°45, 1904. pp. 85-90. [Consulté le 5 novembre 2018]  Disponible sur le web : www.persee.fr/doc/rebyz_1146-9447_1904_num_7_45_3521
[5] Persécutions contre l’Eglise Orthodoxe en URSS in L’orthodoxie et le monde. [Consulté en ligne le 7/11/2018]. Disponible sur le web : http://www.orthomonde.fr/index.php/journal/item/49-persecution-contre-l-eglise-orthodoxe-dans-l-union-sovietique.
[6] Métropolite HILARION de VOLOKOLAMSK. Le Concile de 1917 : restauration du Patriarcat entre deux révolutions in Eglise orthodoxe russe. Département des relations extérieures [Consulté en ligne le 7/11/2018] Disponible sur le web : https://mospat.ru/fr/2017/08/28/news149569/
[7] Discours de Staline. Works. Vol 10. Moscou 1953 p 132. Cité dans  WARE, Kallistos. L’Orthodoxie, l’Eglise des sept Conciles. op cit p 187
[8] WARE, Kallistos. L’Orthodoxie, l’Eglise des sept Conciles. op cit pp 182-203
[9]L’Église orthodoxe d’Ukraine est l’héritière de l’ancien exarchat ukrainien du Patriarcat de Moscou. Elle a reçu sa nouvelle dénomination en janvier 1990. Plus tard la même année, elle fut reconnue auto-administrée, tout en restant soumise canoniquement au Patriarcat de Moscou. Après l’indépendance du pays en 1991, la conférence épiscopale de l’Eglise orthodoxe ukrainienne demanda au patriarche Alexis II, le 22 janvier 1992, l’octroi de l’autocéphalie à l’Église en Ukraine. Cette demande fut rejetée par le synode de l’Église de Russie et le métropolite Philarète fut déposé. La majorité des évêques revinrent ensuite sur leur appui à l’autocéphalie de l’Église d’Ukraine. In Église orthodoxe d’Ukraine (Patriarcat de Moscou). (2018, septembre 29). Wikipédia, l’encyclopédie libre. Page consultée le 8/11/ 2018 à partir de http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=eglise_orthodoxe_d’Ukraine_(Patriarcat_de_Moscou)oldid=152590029.
[10] L’Église orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Kiev a été créée en juin 1992 par le métropolite Philarète de Kiev (après son retrait de la direction de la métropole de Kiev et de toute l’Ukraine du Patriarcat de Moscou) et par ses partisans, avec une partie de l’épiscopat de l’Église orthodoxe autocéphale ukrainienne conduite par son patriarche Mstyslav. Cela fut encouragé par une partie des autorités civiles, des parlementaires et de plusieurs partis politiques nationalistes.  In : Église orthodoxe d’Ukraine (Patriarcat de Kiev). (2018, octobre 28). Wikipédia, l’encyclopédie libre. Page consultée le 14:33, octobre 28, 2018 à partir de http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=eglise_orthodoxe_d’Ukraine_(Patriarcat_de_Kiev)oldid=153456720.
[11] La Douma ukrainienne proclame l’indépendance et crée la République populaire ukrainienne qui tente de diriger le pays de mars 1917 à octobre 1920. Par la loi du 1er janvier 1919 est constituée l’Église autocéphale ukrainienne. Le concile orthodoxe ukrainien des 21-23 octobre 1921 élit le métropolite Basile Lypkivskyj malgré l’opposition du patriarche de Moscou.
En 1928, le Conseil est supprimé et le métropolite et les évêques sont arrêtés par le gouvernement soviétique qui organise la persécution de l’Église autocéphale. L’Église se développe aux Etats Unis et au Canada.
   Une partie de l’épiscopat de l’Église orthodoxe autocéphale ukrainienne, a rejoint, en juin 1992, le métropolite Philarète de Kiev pour créer l’Église orthodoxe d’Ukraine (Patriarcat de Kiev). In : Église orthodoxe autocéphale ukrainienne. (2018, octobre 13). Wikipédia, l’encyclopédie libre. Page consultée le 8/11/ 2018 à partir de : http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=eglise_orthodoxe_autocephale_ukrainienneoldid=152993133.
[12] Ante Pavelić. (2018, septembre 25). Wikipédia, l’encyclopédie libre. Page consultée le 8/11/ 2018 à partir de : http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Ante_Paveli&oldid=152495071.
[13] WARE, Kallistos. L’Orthodoxie, l’Eglise des sept Conciles. op cit p 218
[14] Église orthodoxe de Tchéquie et de Slovaquie. (2018, septembre 30). Wikipédia, l’encyclopédie libre. Page consultée le 8/11/ 2018 à partir de : http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=eglise_orthodoxe_de_Tchequie_et_de_Slovaquieoldid=152620205.
[15] WARE, Kallistos. L’Orthodoxie, l’Eglise des sept Conciles. op cit p 225
[16] WARE, Kallistos. L’Orthodoxie, l’Eglise des sept Conciles. op cit p 226
[17] Voir l’article de Nicolas SENEZE ,dans « La Croix » du 02/05/2009

Communiqué du Conseil de l’L’Archevêché des Églises orthodoxes russes en Europe occidentale du 30 novembre 2018

L’Archevêché des Églises orthodoxes russes en Europe occidentale, qui constitue une des plus anciennes entités ecclésiales orthodoxes de nos régions, a été placé sous la responsabilité pastorale du Métropolite Euloge (Guéorguievski) par saint Tikhon, Patriarche de Moscou, par décret du 8 avril 1921.

Jetés sur les routes de l’exil par la Révolution bolchevique, les émigrés russes ont établi, avec foi et courage, une présence ecclésiale fondée sur les principes majeurs du concile inachevé de Moscou de 1917-1918.

Établi d’abord à Berlin, le siège de l’Archevêché a été transféré à Paris, à la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky, et a pris la forme d’une association de droit français, composée de communautés et paroisses établies en France et dans toute l’Europe occidentale, et le demeure jusqu’à ce jour. Les statuts de cette association, l’Union Directrice Diocésaine des Associations Orthodoxes Russes en Europe Occidentale, ont été déposés en préfecture le 26 février 1924 et sont toujours en vigueur aujourd’hui.

En 1931, pour garantir son indépendance et sa pérennité, l’Archevêché a demandé de dépendre du Patriarcat œcuménique de Constantinople, ce qui a été accepté par un Tome patriarcal et synodal du 17 février 1931, qui donnait à l’Archevêché le statut d’Exarchat provisoire du Patriarcat œcuménique.

Le 22 novembre 1965, de manière inopinée, le Patriarcat œcuménique a annoncé à l’Archevêché le retrait du statut d’Exarchat provisoire de 1931. L’Archevêché s’est alors trouvé indépendant de tout patriarcat. Il a été conduit pendant toute cette durée par l’Archevêque Georges (Tarassoff) archevêque dirigeant de 1960 à 1981.

Le 22 janvier 1971, par lettre patriarcale et synodale, le Patriarcat œcuménique a de nouveau accepté dans son giron le même archevêché, mais en ne lui accordant pas de statut canonique précis au sein même du Patriarcat.

Dès son élection archiépiscopale, l’Archevêque Serge (Konovalov) a entrepris de négocier avec le Patriarcat œcuménique une révision de son statut canonique au sein du Patriarcat. Cela a abouti à l’octroi du Tome patriarcal et synodal du 19 juin 1999, par lequel le Saint-Synode de Constantinople, à la demande formelle de l’Archevêché, suite à plusieurs années de débats internes à l’Archevêché et de négociations avec le Saint-Synode du Patriarcat œcuménique, a donné un statut d’Exarchat (non provisoire) à l’Archevêché.

 

C’est ce statut que le Saint-Synode, toutefois sans consultation préalable avec aucun organe officiel de l’Archevêché, vient de révoquer, par une décision du 27 novembre 2018.

De par son caractère inopiné, la décision synodale du Patriarcat de Constantinople de révocation du Tome du 19 juin 1999 appelle une profonde réflexion au sein de l’Archevêché. Néanmoins, il est essentiel de ne pas répondre avec brutalité à cette décision.

En effet, comme l’enseigne l’ecclésiologie orthodoxe de grands théologiens contemporains tels que le Métropolite Jean (Zizioulas) de Pergame ou le Père Nicolas Afanassieff, c’est autour de leur évêque diocésain que les communautés et les fidèles constituent l’Église dans sa catholicité.
« Plusieurs synodes orthodoxes produisent des encycliques et des directives relevant des affaires internes d’un diocèse, comme si les synodes constituaient une autorité « supérieure » dans l’Église. Certains théologiens orthodoxes avancent même que le synode est l’autorité suprême de l’Église, créant ainsi une hiérarchie ayant à sa base le diocèse, au-dessus duquel on trouve le synode régional et le concile œcuménique représentant le niveau suprême. Est-ce qu’un concile ou un synode constitue une structure située au-dessus de l’évêque ? La réponse à cette question ne peut être que négative du point de vue ecclésiologique. Ecclésiologiquement parlant, il n’y a rien de supérieur à l’évêque dans l’Église »
[L’évêque selon l’orthodoxie, dans le livre du Métropolite Jean (Zizioulas) de Pergame, L’Église et ses institutions, Paris, 2011, p. 386-387].

 

Dès lors, pour pouvoir faire éclore la voix authentique de l’Archevêché, il nous faut rester unis autour de l’Archevêque dirigeant, Son Éminence Jean de Charioupolis. Dans la fidélité à l’identité originelle de l’Archevêché, cette concertation autour de l’Archevêque dirigeant aura lieu dans les organes institués par nos statuts qui ont été approuvés par le Saint-Synode : d’abord au sein de chaque paroisse ou communauté, mais aussi dans des assemblées clérico-laïques statutaires.

Toute décision ecclésiale, pour être effective, doit être formellement reçue par l’entité qui est sujette à cette décision, tout particulièrement lorsque la décision n’a pas été sollicitée par ceux qui doivent la mettre en œuvre. Monseigneur Jean, comme Archevêque dirigeant, pourra répondre à la décision synodale, dans le respect de la catholicité de l’Église et des statuts de l’Archevêché, uniquement à l’issue de la procédure délibérative suivante.

L’Archevêque Jean invite les prêtres de l’Archevêché à une assemblée pastorale, le 15 décembre 2018, afin de se concerter avec ceux qui portent, avec lui, la charge spirituelle des paroisses et des fidèles de l’Archevêché. Dans la foulée de l’assemblée pastorale, le Conseil de l’Archevêché convoquera formellement une assemblée générale de l’Archevêché, à laquelle prendront part tous les clercs et les délégués laïcs élus par les paroisses et communautés, qui sont les associations adhérentes de l’Union diocésaine.

En vertu de son enracinement dans les sociétés d’Europe occidentale, l’Archevêché a assimilé certains éléments de la culture occidentale, notamment un attachement aux valeurs démocratiques, aux droits fondamentaux des personnes et à la liberté de chaque individu, ainsi que le principe du débat contradictoire préalablement à toute décision.

Les clercs et les communautés qui voudraient quitter le sein de l’Archevêché pour se joindre à une autre juridiction épiscopale que celle de l’Archevêque Jean devront procéder selon l’ordre canonique et demander leur congé à Mgr Jean de Charioupolis, Archevêque dirigeant. Notre préférence, cependant, va à la concertation et au dialogue en vérité, dans une assemblée délibérative régulière de l’ensemble de l’Union diocésaine.

Il convient de préciser que, au plan canonique, l’Archevêque Jean, comme Archevêque dirigeant, n’a ni demandé l’abrogation du statut d’exarchat, ni sa propre mise à la retraite. Il demeure donc pleinement en charge pastorale des Églises orthodoxes russes en Europe occidentale.

 

Dans l’attente de la réponse que l’Archevêque Jean de Charioupolis pourra donner à Sa Toute-Sainteté le Patriarche Œcuménique Bartholomée de Constantinople et à Leurs Éminences les Membres du Saint-Synode, comme fruit de la procédure transparente exposée ci-dessus, les clercs de l’Archevêché sont invités à continuer la commémoration liturgique suivante : « Pour Sa Sainteté le Patriarche Œcuménique Bartholomée de Constantinople et Son Éminence l’Archevêque Jean de Charioupolis, Archevêque dirigeant des Églises orthodoxes russes en Europe occidentale ».

Avec confiance dans l’action du Roi céleste, Consolateur, l’Esprit Saint, nous invitons tous les fidèles à la prière pour la prospérité de toutes les Églises de Dieu.

 

Source: Archevêché des Églises Orthodoxes Russes en Europe Occidentale

 

Eglise orthodoxe Erythréenne

L’Église éthiopienne orthodoxe tehawedo

 

Fondation

L’Église éthiopienne orthodoxe est une des premières Églises chrétiennes du continent africain. Plusieurs versions ont existé quant à l’introduction du christianisme en Éthiopie.

La plus ancienne mention est celle du baptême d’un eunuque étant au service de la reine Candace par le diacre Philippe au ier siècle. Cependant rien ne prouve que cela ait eu des conséquences en Éthiopie même à cette époque. Une autre version, tirée d’un texte apocryphe, fait intervenir saint Matthieu lui-même qui serait venu baptiser un roi axoumite et y aurait connu le martyre4.

Toutefois, la version la plus vraisemblable renvoie au rôle de Frumence au ive siècle. Sa présence auprès du roi Ezana aurait permis au christianisme de devenir religion officielle du royaume d’Axoum vers 3325,6. Après sa création dans le royaume d’Aksoum, le christianisme s’étend vers l’ouest et le sud.

 

Une Église des trois conciles

L’Église d’Éthiopie est l’une des Églises d’orient de théologie miaphysite ayant rejeté les dogmes tels qu’exprimés lors du concile de Chalcédoine (451).

Au viie siècle, les conquêtes musulmanes et l’installation de plusieurs sultanats dans la Corne de l’Afrique l’isolent partiellement du reste du monde chrétien. C’est la source du mythe du royaume du prêtre Jean.

À partir du xiiie siècle, avec la prise de pouvoir par la dynastie salomonide, l’Église connaît une période de renouveau théologique et de renforcement de ses positions. Elle diffuse la religion chrétienne dans le pays, y instaure un système éducatif, et poursuit le développement liturgique et artistique débuté sous les précédents régimes.

Au xvie siècle, avec la guerre contre le sultanat d’Adal, le christianisme éthiopien est sur le point de s’effondrer avec le Royaume, comme disparaît alors le christianisme en Nubie. C’est en partie l’arrivée de soldats portugais qui lui permet de survivre.

Les missionnaires qui les accompagnaient sont expulsés du pays en 1632 après avoir tenté de convertir le pays au catholicisme romain.

Sous les règnes de Yohannes IV et Menelik II, l’Église trouve de forts soutiens politiques, le premier tente de minimiser la présence de missionnaires étrangers tandis que le second profite des conquêtes menées pour encourager en même temps des campagnes de christianisation.

 

Une Eglise autocéphale :

À partir de 1926, l’Église entreprend une marche vers l’autonomie vis-à-vis du patriarcat d’Alexandrie et en 1951, elle devient officiellement autocéphale.

Jusqu’en 1959, le dirigeant de l’Église d’Éthiopie était un moine égyptien nommé archevêque (abouna) par le patriarche copte d’Alexandrie. Le terme « Église copte d’Éthiopie » était donc couramment utilisé, mais cette dénomination tend à disparaître depuis 1959.

En 1948, un agrément entre les Églises d’Égypte et d’Éthiopie a mis en place un régime d’autocéphalie, les évêques éthiopiens obtenant le droit d’élire leur propre patriarche pour le remplacement futur de l’archevêque en poste.

En 1959, le premier patriarche éthiopien, l’abouna Basilios, fut désigné et obtint une dernière fois la validation du patriarche d’Alexandrie, Cyrille VI.

En aout 2018 l’Eglise Ethiopienne se réunifie par la réconciliation des deux patriarches

L’Église est membre du Conseil œcuménique des Églises depuis 2003.

 

 

Église érythréenne orthodoxe tehawedo

 

 

Comme l’Église d’Éthiopie dont elle issue, elle a longtemps vécu dans un grand isolement et a développé une spiritualité, une théologie, des usages liturgiques particuliers, très marqués par le modèle de l’Ancien Testament.

 

Après la colonisation italienne de l’Éthiopie puis le mandat britannique en 1941, l’Erythrée proclamera son indépendance en 1993 suivie d’une guerre de 1998 à 2000, qui fit plus de 100.000 morts et se conclut par un accord signé à Alger.

 

En Juillet 1993, les évêques du pays a fait appel au Pape Shenouda III de l’Eglise copte afin d’obtenir la séparation de l’Eglise éthiopienne et le statut d’autocéphalie.
Le 28 Septembre 1993, le Saint-Synode copte d’Egypte a répondu favorablement à cette demande.
Le patriarche Paulos d’Éthiopie et l’archevêque Philipos ont sanctionné la séparation de leurs Églises, tout en affirmant leur volonté de travailler en étroite collaboration.
Dix des futurs évêques ont alors formés à cet effet dans les monastères coptes et le 19 Juin 1994, le Pape Shenouda ordonne cinq de ces nouveaux évêques au Caire.
Le premier patriarche fut consacré toujours par le pape copte Shenouda III en 1998.

 

Les relations difficiles avec le gouvernement érythréen ont conduit à la déposition du patriarche Antonios Ier en 2005. Le siège est resté vacant pendant près de deux ans. En 2007, le remplacement à la tête de l’Église du patriarche Antoine Ier par Dioscore Ier, imposé par le gouvernement, provoque des difficultés graves au sein de l’Église d’autant que le patriarche Dioscore n’est toujours pas reconnu par les autres Églises orientales.

 

Situation actuelle :

 

 

La majorité du pays est chrétienne à 51 %, soit 2 500 000 membres sur 4 800 000 habitants. Les fidèles de l’Église tehawedo sont environ 2 000 000. Il existe également une importante diaspora, notamment aux États-Unis et en Italie. Ils parlent le tigrinya.
Depuis 2002, les seules Églises reconnues sont l’Église luthérienne, l’Église catholique romaine et l’Église tewadeho érythréenne. Les missionnaires évangéliques sont persécutés et souvent emprisonnés.
On compte 45 % de musulmans.

 

En France :

 

L’Eglise Orthodoxe tewahedo Ethiopienne est représentée par une association cultuelle qui
  • Assure l’exercice public du culte Orthodoxe Tewahedo Ethiopien en France ;
  • Pourvois aux frais et besoins du culte orthodoxe Tewahedo sous la présidence du Prêtre nommé par l’Archevêque de l’Eglise Orthodoxe Tewahedo Ethiopienne pour l’Europe du Sud-Ouest, du Sud et du Sud-Est et lui-même placé sous l’autorité du Patriarcat de l’Eglise Orthodoxe Tewahedo Ethiopienne à Addis Abeba en Ethiopie ;
  • Promeut la traduction de la liturgie (KEDASE) et les chants (MEZMUR) de l’Eglise Orthodoxe Tewahedo Ethiopienne en Français, afin de célébrer le culte dans la langue française

 

En Normandie

 

L’Eglise Orthodoxe tewahedo Erythréenne est accueillie par le diocèse de Rouen dans l’Eglise st Jean Eudes de la paroisse Sainte Marie des Nations de Bihorel-Hauts de Rouen.

 

 

La première messe orthodoxe erythréenne a été celebrée ce 17 fevrier 2019 par cinq prêtres et trois diacres.

 


Annexe

 

1971 – La formule christologique de Vienne

 

En 1971, un premier colloque (non officiel) eut lieu entre théologiens des Églises orthodoxes orientales et de l’Église catholique. Le résultat le plus important de ce dialogue fut la définition désignée par la suite comme « formule christologique de Vienne » :

« Nous croyons que notre Seigneur et Sauveur, Jésus-Christ, est Dieu le Fils incarné ; parfait dans sa divinité et parfait dans son humanité. Sa divinité n’a pas été séparée de son humanité à un seul instant, même pas le temps d’un clin d’œil. Son humanité ne fait qu’un avec sa divinité, sans mélange, sans confusion, sans division, sans séparation.

Nous, dans notre foi commune dans le seul Seigneur Jésus-Christ, considérons son mystère inépuisable et ineffable et, pour l’esprit humain, jamais totalement compréhensible ou exprimable. »

Cette formulation fut utilisée, par la suite, dans les déclarations communes signées par les Églises.

 


Liens :

http://infocatho.cef.fr/fichiers_html/dossiers/synodemo2010/motrador35.html

https://www.jeuneafrique.com/607269/societe/ethiopie-leglise-orthodoxe-se-reconcilie-27-ans-apres-son-schisme/

https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/erythree/presentation-de-l-erythree/

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

 

 

 

Les baptisés sont membres du corps qu’est l’Église qui célèbre dans le lieu où ils se trouvent.

Mgr l’archevêque Jean de Charioupolis, exarque du patriarche œcuménique, a publié le communiqué qui suit :

 » L’Archevêché des églises orthodoxes russes en Europe occidentale, exarchat du Patriarcat œcuménique de Constantinople, comme toutes les entités ecclésiales d’Occident, suit avec préoccupation l’évolution des relations tendues entre les Églises orthodoxes, mais les vit également de manière toute particulière en son sein.

En effet, étant enracinées dans l’héritage spirituel et culturel de l’émigration russe, les paroisses et communautés de l’Archevêché font face à de nombreuses interrogations des fidèles, en lien avec les tensions qui ont vu le jour récemment entre le Patriarcat de Moscou et le Patriarcat œcuménique dont nous dépendons. La première des questions à laquelle nos prêtres et nos laïcs sont confrontés, celle de la communion eucharistique est certainement la plus grave.

Le Patriarcat de Moscou a pris la décision unilatérale d’interrompre la communion eucharistique avec le Patriarcat œcuménique, en imposant cette décision à tous les fidèles, clercs ou laïcs. Pour l’Archevêché, habitué à concélébrer avec le Patriarcat de Moscou, cette interruption de communion est une grande souffrance. De fait, pratiquement à aucun moment de l’Histoire, l’Archevêché n’a été en rupture complète de communion avec le Patriarcat de Moscou, même dans les temps les plus sombres du 20e siècle, car tant l’Archevêché que l’ensemble du Patriarcat œcuménique de Constantinople et l’ensemble du Patriarcat de Moscou ont toujours continué de professer le même symbole de foi. C’est cette profession de foi qui est le critère de leur orthodoxie, et, jusqu’à ce jour, aucune de nos Églises n’a modifié son symbole de foi.

De par son caractère unilatéral (et selon nous disproportionné), la décision du Saint-Synode de Moscou n’est évidemment pas applicable dans les églises de l’Archevêché. Dans la situation actuelle, nos prêtres et nos diacres n’étant pas invités à concélébrer par les églises dépendant du Patriarcat de Moscou ; cela ne leur interdit pas de s’y rendre, à titre personnel, pour se joindre discrètement à la prière de toute l’Église. En revanche, pour les laïcs, c’est-à-dire pour les fidèles orthodoxes baptisés qui ne sont pas ordonnés diacres, prêtres ou évêques, cette interdiction, selon l’ecclésiologie orthodoxe, ne peut pas avoir cours. En effet, un laïc d’Europe occidentale, au plan sacramentel, appartient à l’unique Corps catholique du Christ, donc à toutes les juridictions simultanément et non à une structure hiérarchique, qu’elle soit celle de Constantinople, de Moscou ou une autre.

Les baptisés ne sont pas la propriété de leurs évêques, ils sont membres du corps qu’est l’Église qui célèbre dans le lieu où ils se trouvent à un moment donné. Par exemple, si un fidèle habitant Saint-Pétersbourg déménage sur l’île de Crète, il cesse d’être membre de l’Église de Russie et devient pleinement membre de l’Église de Crète (qui dépend du Patriarcat œcuménique) ; contrairement à un membre du clergé, le laïc n’a pas à demander de congé canonique à son évêque pour déménager.

Le fait que, dans les pays occidentaux, plusieurs juridictions épiscopales orthodoxes coexistent sur le même territoire a pour corollaire que, sur le plan sacramentel, nos fidèles sont, en puissance, simultanément membres de toutes les entités ecclésiales qui professent le même symbole de foi. Au plan administratif, certes, les fidèles peuvent assumer des charges spécifiques dans l’une ou l’autre paroisse particulière, mais cela n’entame pas leur appartenance au corps ecclésial entier. La coexistence de juridictions multiples sur un même territoire, qui par ailleurs est souvent décriée, apparaît, dans les circonstances actuelles, comme un facteur d’unité sacramentelle.

Nous ne devons pas insulter la Grâce de Dieu, présente et agissante dans toutes nos Églises, même lorsqu’elles vivent des conflits, tant que ceux-ci n’altèrent pas l’orthodoxie de la foi. Au contraire, il nous faut laisser agir l’Esprit Saint, tout particulièrement à travers ce partage eucharistique auquel nous sommes invités. Nous assurons les membres du clergé du Patriarcat de Moscou de notre amour fraternel et espérons pouvoir, au plus vite, à nouveau concélébrer avec eux ; en ce qui concerne les laïcs, nous leur redisons notre communion de foi et d’amour et attendons, autour du Corps et du Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ, toute personne orthodoxe laïque qui veut répondre à cette invitation du Seigneur : « Prenez et mangez, ceci est mon corps, rompu pour vous en rémission des péchés. Buvez-en tous, ceci est mon sang, celui de la nouvelle alliance, répandu pour vous et pour la multitude en rémission des péchés ».

† Archevêque Jean de Charioupolis, exarque patriarcal des paroisses orthodoxes de tradition russe en Europe occidentale

Paris, le 23 novembre 2018

Source : https://orthodoxie.com/message-pastoral-de-mgr-jean-de-charioupolis-sur-la-situation-des-clercs-et-des-fideles-face-levolution-des-relations-tendues-entre-les-eglises-orthodoxes/