Lieu, présence, résurrection. Relectures de phénoménologie eucharistique

Lieu, présence, résurrection. Relectures de phénoménologie eucharistique

de Matthieu Rouillé d’Orfeuil, prêtre, directeur du séminaire Français de Rome.

Ed du Cerf Paris 2016. Collection Cogitatio Fidei – N° 300

« Comment penser la « présence réelle » du Christ dans l’eucharistie sans la chosifier ? L’auteur propose une approche phénoménologique du sacrement en s’appuyant sur Martin Heidegger – avec également des références à Louis Lavelle, Jean-Luc Marion, Emmanuel Falque et Jean-Yves Lacoste – pour mettre en cause assez radicalement le recours à la notion de substance.

L’auteur déploie sa réflexion dans une série de relectures – Augustin, Jean Scot Érigène, Paschase Radbert, Thomas d’Aquin, Bonaventure – et voit se dessiner une autre manière possible de rendre compte de la « transsubstantiation », selon un schème relationnel qui n’oublie pas que l’eucharistie est d’abord nourriture, en vue de l’acte qu’est la communion, dans laquelle le Christ vivifie en l’Église son propre corps.

L’Église renonce alors à « avoir » sa présence, pour « être » sa présence ; et la fin de l’eucharistie, c’est l’unité de cette Église qui se reçoit humblement de ce présent offert.
Quel sens, alors, donner à l’adoration eucharistique si souvent pratiquée en milieu catholique ? En étant signe de Celui qui se donne et pourtant nous échappe, elle bouleverse le croyant dans son rapport à soi et au monde.
Voilà un essai extrêmement stimulant, qui renouvelle profondément la manière de penser et de vivre l’eucharistie. »[1]

 

Cette thèse de théologie de Matthieu Rouillé d’Orfeuil est passionnante, même pour ceux qui comme moi ne sont ni philosophes ni théologiens.
A aborder avec beaucoup d’humilité et de persévérance mais qui renouvelle et élargit la compréhension de ce qu’est l’eucharistie

[1] GRIEU, ÉTIENNE. Lieu, présence, résurrection Etudes. Juin 2017. [En ligne]. Consulté le 5 juillet 2020. Disponible sur le web : https://www.revue-etudes.com/article/lieu-presence-resurrection-18548.

 

 

UNE TEMPETE SIGNIFICATIVE

UNE TEMPETE SIGNIFICATIVE [1]

R.P. Alexandre SCHMEMANN [2]

Ecrit en 1971 à l’occasion du 30° anniversaire de l’autocéphalie de « L’Église Orthodoxe en Amérique »

 

« La tempête qu’a provoquée « l’autocéphalie » de l’Église orthodoxe en Amérique (E.O.A.) est probablement l’une des crises les plus significatives qui aient eu lieu dans l’histoire de l’Église orthodoxe depuis plusieurs siècles. Elle pourrait toutefois avoir des effets bénéfiques si les acteurs principaux de ce drame l’acceptaient, comme une occasion unique pour dissiper une confusion que, depuis trop longtemps, les Orthodoxes eux-mêmes ont voulu ignorer.
Si l’Amérique est soudainement devenue le centre d’attention et de passions des Orthodoxes, c’est parce que la situation de l’Église, ici, devait révéler tôt ou tard la nature véritable et la portée de ce qui est dû fait une crise panorthodoxe.

 

Le père Schmemann se propose ensuite « d’examiner la nature et les causes de la tempête qu’elle a provoquée, ainsi que les motifs profonds, parfois inconscients, que cachent ces réactions passionnées. »

Il propose d’abord quelques repères :

 

LA TRADITION ET LES SAINTS CANONS

 
  • Les Saints Canons ne sont pas la seule source de la Tradition canonique. Mais comme tradition première ils sont la norme et le standard de tout développement canonique ultérieur, le contexte même selon lequel, on doit évaluer toute l’histoire de l’Église – au passé, au présent ou au futur
  • Les mots clés du débat – autocéphalie, juridiction, etc. font appel à des précédents du passé, reconnu comme faisant partie de la Tradition
Le critère d’évaluation doit être avant tout ecclésiologique : il faut se référer à la doctrine permanente et immuable de la nature de l’Église, à son « essence ».

 

UNE TRADITION FORMEE PAR TROIS STRATES SUCCESSIVES :

  1. La première strate : l’Église locale de l’Antiquité

 L’Église locale c’est la communauté réunie autour de son évêque et de son clergé. Aucune Église n’est sous l’autorité d’une autre ; aucun évêque n’est sous l’autorité d’un autre. La nature même de cette dépendance, et donc de l’unité entre les Églises, n’est pas « juridictionnelle ». La primauté n’est pas un principe « juridictionnel ». Si, selon le Canon apostolique 34, les évêques, partout, doivent savoir qui est le premier parmi eux, le même canon définit la primauté par rapport à la Sainte Trinité, qui possède un certain ordre mais, bien sûr, aucune notion de « subordination ».
Finalement, il existe dès le début un centre universel d’unité – une primauté universelle. D’abord, c’était l’Église de Jérusalem, ensuite celle de Rome. C’est une primauté que même les théologiens romains modernes définissent (au moins pour la période ancienne) en termes de « sollicitude » plutôt que de « pouvoir » ou de « juridiction ».
Telle est la Tradition canonique essentielle.

C’est à la lumière de cette tradition, qu’on peut « lire » le véritable sens des strates suivantes :

  1. La deuxième strate : l’Église de l’Empire

 Avec la reconnaissance de la religion chrétienne comme religion d’Empire par Gatien (380) il y a intégration progressive des structures de l’Église dans le système administratif de l’Empire. Cette strate se distingue de la précédente, se fonde sur des principes différents et a donc des implications différentes pour l’ecclésiologie orthodoxe. Elle « exprime et ordonne la vie historique de l’Église, c’est-à-dire sa relation avec le monde au sein duquel elle est appelée à vivre sa vocation et sa mission. »
Voilà le cœur de la question : la nature de l’Église, qui n’est pas juridictionnelle, peut, et même doit inévitablement avoir « dans ce monde » une expression juridictionnelle qu’elle ne possédait pas avant et qui ne fait pas partie de sa nature essentielle.
L’idéal de la symphonie entre « l’imperium » et le « sacerdotium » exigeait un homologue ecclésiastique de l’empereur, un centre personnel de l’Église allant de pair avec le centre personnel de l’Empire.
 Il y a une très nette différence entre le rôle et la fonction du Patriarche Byzantin et la tradition canonique à cette même époque.
  • Du point de vue canonique, le Patriarche de Constantinople demeurait le primat de l’Église d’Orient, bien que cette primauté lui fût accordée parce que sa ville était celle de « l’empereur et du sénat » (Canon 28 de Chalcédoine), ainsi que le primat de son propre « diocèse ».
  • Du point de vue « impérial par contre, il devenait le chef de l’Église, centre non seulement de l’unité de l’Église mais aussi de son gouvernement « juridictionnel ».

Les évêques locaux, à l’instar des gouverneurs civils, se sont transformés peu à peu en représentants, voire délégués, d’un pouvoir central, c’est-à dire du Patriarche et de son Synode permanent.

  1. La troisième strate : l’Église nationale

La conquête des provinces byzantines par les Arabes, les Turcs, l’invasion latine de 1204, le défi des Slaves, au Nord, etc.… font qu’en pratique Byzance devient un État grec, relativement petit et faible. Les nations entrées dans sa zone d’influence politique, religieuse et culturelle (Bulgares, Serbes et, plus tard, Russes) nées de la vision byzantine, se mettent à s’approprier sa vision théocratique.

C’est à partir de ce constat qu’apparait l’idée d’autocéphalie -l’indépendance ecclésiale- comme fondement de l’indépendance nationale et politique.

 

L’IDEE ISLAMIQUE/ LA NATION-RELIGION (MILLET)

 « Malgré la chute de Byzance en 1453, l’idée islamique de la « nation-religion » (Milet) a garanti pour tout le monde byzantin, soumis à cette époque à la domination turque, la continuation de la tradition « impériale ».

Selon la logique du système Milet, le Patriarche œcuménique a assumé, non seulement de facto mais aussi de jure, le rôle de chef de tous les chrétiens ; il est devenu en quelque sorte leur empereur.
La période qui suit (fin XV°s – XIX°s) est pour l’Orthodoxie, à quelques exceptions près, une période de divisions, de sclérose théologique et, de nationalisme ecclésial complètement sécularisé.

 

LA SITUATION EN AMERIQUE

Il était naturel aussi que l’explosion ait lieu en Amérique.

Tant que les Églises orthodoxes restaient isolées les unes par rapport aux autres, chacune vivant dans son propre « monde », il était peu probable qu’une crise ouverte éclate. Ce qui se passait dans une Église donnée n’intéressait guère les autres.
En Amérique, le principe national qui veut que « chaque Russe, Grec, Serbe ou Roumain fait partie de son Église d’origine où qu’il se trouve dans le monde, et chaque Église nationale possède ipso facto des droits canoniques partout. » a produit un effet inattendu : on a vu fleurir des Eglises en exil, et des diocèses avec évêques et territoire canonique.

 

HELLENISME CHRETIEN OU HELENISME GRECO-PAÏEN ?

« Presque toutes les Églises orthodoxes sont, à des degrés divers, victimes d’un nationalisme hypertrophié et se réfèrent exclusivement au « précédent » national dans l’histoire de l’Église.

Par contre, le moment de vérité qui vient de sonner concerne aussi la couche que nous avons appelée impériale. C’est ici que nous trouvons la racine profonde de la réaction spécifiquement grecque face à la tempête contemporaine. »
Si, pour la majorité des Orthodoxes, le centre de leur mentalité ecclésiale est national, le nationalisme de la mentalité grecque n’est pas univoque. Les racines du nationalisme grec ne se trouvent pas, comme pour les autres Orthodoxes, dans la réalité et l’expérience de l’Église-nation, mais dans l’oikouméné byzantin, c’est-à-dire dans la couche du passé que nous avons nommée impériale.
Par nature, la pensée orthodoxe grecque se réfère à la typologie byzantine i.e. « la transformation presque inconsciente de la couche « impériale » de la tradition orthodoxe en une couche essentielle, c’est-à-dire la transformation de Byzance en une dimension permanente, essentielle et normative pour l’Orthodoxie elle-même. »
« Les Byzantins s’appelaient romains, non pas grecs, parce que Rome, et non pas la Grèce, était symbole d’universalité. La nouvelle capitale ne pouvait qu’être la Nouvelle Rome. Jusqu’au VIIe siècle, le latin, non pas le grec, était la langue officielle des chancelleries byzantines. Les Pères de l’Église auraient été horrifiés de se faire appeler Grecs. »

 

LE RÔLE DU PATRIARCHE OECUMENIQUE

 « La première difficulté vient des façons différentes de comprendre la place et de la fonction du Patriarche œcuménique dans l’Eglise orthodoxe. Toutes les Églises orthodoxes, sans exception, lui accordent la primauté, mais entre les Églises grecques et les autres il existe des différences substantielles dans la compréhension de cette primauté. »

  • Pour les Églises non grecques, le rôle du Patriarche œcuménique est enraciné dans l’ecclésiologie essentielle qui, dès le début, a toujours connu un centre universel reconnu par tous ce qui en fait un centre d’unité
  • Cet ordre des choses n’est pas immuable et peut être modifié par un concile [3]
Cette interprétation, pourtant, est « anathème » pour les Grecs qui se réfèrent à une vision du trône œcuménique avant tout spirituelle et psychologique plus qu’ecclésiologique et canonique. L’expression « Constantinople est le siège qui possède la primauté universelle que l’Église lui a accordée » s’est transformée en « Constantinople doit être le siège… »

 

Le P. Schemann après une longue analyse historique en arrive à cette compréhension de la manière « grecque » de considérer l’autocéphalie : « Par conséquent, même aujourd’hui, les hiérarques grecs ne comprennent guère le principe d’autocéphalie, qui constitue le fondement de l’organisation actuelle de l’Église. Ils ne le comprennent ni dans son principium, c’est-à-dire le droit d’accorder l’autocéphalie, ni dans sa modalité, c’est-à-dire dans ses implications pour les relations entre les Églises. »

 

Et conclut par un état des lieux en 1971 :

« Jusqu’à présent, de par sa situation spécifique, une seule « partie » de l’Église orthodoxe implantée en Amérique (celle qui s’appelait communément, avant 1970, « Métropolie russe », puis « Église Orthodoxe en Amérique ») s’est vue « forcée » à retourner aux sources. [4]
 
Tôt ou tard, on comprendra que ce n’est pas conforter l’Orthodoxie que de chercher à préserver l’hellénisme « ethnico-linguistique », la « russité », la « serbité », etc. Par contre, en mettant en pratique les exigences essentielles de l’Église, nous sauverons tout ce qui est essentiel dans chaque forme de la foi et de la vie chrétiennes.
 
Le Père G. Florovsky, théologien russe vivant et travaillant en exil, avait eu le courage, dans son livre Les voies de la théologie russe, de dénoncer et de condamner les déviations de la « russité » par rapport à l’hellénisme chrétien. Il a ainsi libéré toute une génération de théologiens russes des derniers complexes du pseudo-messianisme et du nationalisme religieux. Le moment n’est-il pas venu qu’un théologien grec accomplisse la même tâche, difficile certes, mais nécessaire, pour libérer l’esprit grec des ambiguïtés de l’hellénisme « ethnico-linguistique » ?
 
Tôt ou tard, il apparaîtra évident à tous que le Patriarche œcuménique, s’il veut exercer la primauté universelle, n’y arrivera pas par des réactions défensives et négatives, ni par un appel douteux à des traditions et à des précédents également douteux et inapplicables. Il y parviendra plutôt en montrant positivement le chemin vers la réalisation de la nature essentielle de l’Église « en tout lieu de son empire ». »

 

 

 

[1] SCHMEMANN Alexandre. Une tempête significative. Un document retrouvé. ( Traduction française du Père Stéphane Bigham de l’article « A Meaning-full Storm », Church, World, Mission : Reflections on Orthodoxy in the West, Crestwood, NY, St. Vladimir’s Seminary Press, 1979, pp. 85-116. En russe in Tserkov, mir, missia: mysli o Pravoslavii na Zapade, Sviato-Tikhonovskij – Institut, Moscou 1996).
[3] Par exemple, si l’Église Catholique romaine s’unissait à l’Orthodoxie, la primauté universelle pourrait (ou pourrait ne pas) revenir à l’Ancienne Rome. Telle est la position ecclésiologique, dans sa forme la plus simple, des Eglises non grecques.
[4] Une étude de mars 2002 souligne la multiplicité des juridictions, qui rend le paysage orthodoxe américain extrêmement complexe : plus de 20 principales juridictions orthodoxes, réparties en 50 diocèses. En raison de leurs liens étroits avec les Églises-mères, auxquelles elles restaient liées, les communautés orthodoxes sur sol américain ont été directement affectées par les développements dans leurs pays d’origine. (MAYER, Jean-François. Religioscope. Eglises orthodoxes aux Etats-Unis : une identité en mutation. 11 mars 2002 [consulté 16 mai 2020] disponible sur le web : https://www.religion.info/2002/03/11/eglises-orthodoxes-aux-etats-unis-une-identite-en-mutation/

J’ai aimé lire

 

5 j'ai aimé lire


Christine Pedotti s’adresse aux responsables de l’église catholique et les interpelle en profondeur en ramenant sans cesse leurs actes, comportements et enseignements aux paroles et aux agissements du Christ dans les évangiles en 130 pages et dix petits chapitres :

1.De la crise ; 2.De la sexualité ; 3.Du péché et du crime ; 4.Du père et de la mère ; 5.Du pouvoir ; 6.Du scandale ; 7.De l’exemplarité ; 8.De l’urgence ; 9.Du catholicisme ; 10.De l’avenir

Auxquels elle joint trois annexes : 1.Lettre du pape François au peuple de Dieu ; 2.Les principales étapes du dévoilement de la pédocriminalité et de sa dissimulation dans l’Église catholique ; 3.Les causes de la pédophilie des prêtres.

Au-delà du ton incisif, voire polémique, les analyses sont, hélas, pertinentes ! Les questions sont de vraies questions que l’Eglise Catholique doit impérativement affronter et solutionner. La faillite de notre système catholique romain appelle un renouvellement total de la manière de penser et de vivre l’Eglise, sous peine de sclérose et/ou de disparition.

Il est remarquable que le catholicisme se développe le plus dans la société les moins instruites. Cela devrait poser question. Non sur la validité du message, mais sur la manière dont l’Eglise Catholique Romaine -et pas seulement elle- propose de le vivre concrètement ad intra comme ad extra.

(Voir en complément un article du Bulettin Théologique n° 13 du Centre Théologique Universitaire de Rouen

 

Christine Pedotti est écrivain, éditrice et journaliste catholique. Licenciée en histoire et diplômée de Sciences PO, licenciée en théologie à l’institut catholique de Paris, elle entre à Bayard presse où elle écrit pour Grain de soleil. Elle fonde Enfance Chrétienne, née de la fusion des éditions Mâme et Fleurus. Elle est la cheville ouvrière des encyclopédies Théo. Elle est rédactrice en chef de Témoignage chrétien et a coordonné la rédaction de « Jésus. L’encyclopédie » publiée sous la direction de Joseph Doré chez Albin Michel en 2017.

 


SODOMA de Frédéric Martel
ed Robert Laffont, Paris 2019

Cette rubrique s’appelle « J’ai aimé lire »…Or je n’ai pas du tout aimé lire Sodoma

C’est une purge, un vermifuge, quelque chose qu’on prend par nécessité, pour  évacuer un mal qui vous envahit.
Et en ce sens Sodoma est nécessaire par ce qu’il révèle plus que par ce qu’il dénonce, même si ce qu’il dénonce donne envie de vomir.
Le pape François à commencé à nettoyer cette moderne écurie d’Augias qu’ est la Curie Vaticane. Et on peut regretter que le travail n’ai pas été entamé plus tôt.
Oui Sodoma est outrancier, oui c’est un livre écrit par un auteur homosexuel et par bien des égards un livre autoréférenciel. Et le présupposé de Frédérique Martel qui veut que ceux qui, chez les prêtres sont homosexuels mais tiennent leur engagement au célibat se mentent à eux-même et en conçoivent une réelle aversion pour l’homosexualité et que les autres ne sont que des menteurs cyniques est un peu cour. Il oublie tous ceux qui, quelle que soit leur orientation, homo, hétéro, ou bisexuels, peu importe, sont fidèles à leur voeux de chasteté ou leur engagement au célibat.

 

Alors en quoi ce livre est nécessaire ?

D’abord, il met à jour un mécanisme qui n’est pas criminel en soi, mais qui influe sur le recrutement des candidats à la prêtrise ou au monasticat: chez les homosexuels, le fait de vivre dans un milieu ou le célibat va être une valeur majeure de son état est un bénéfice et non pas une question. Il est donc logique qu’on en retrouve une partie dans les candidats a l’ordination presbytérales
Le Prêtre conçu comme un être à part et « pur » de toute sexualité est une idéologie qui, en l’occurence, va faire des ravages. D’autant plus que vient se greffer la-dessus tout ce qui a trait au pouvoir qui va dégénérer en abus de pouvoir. Ce que le Pape François dénonce sous le terme de « cléricalisme ».

 

L’enquete de Frédérique Martel nous oblige à ouvrir les yeux.

Ce qui pouvait être perçu comme des dérives isolées apparaît comme un système de cooptation et de complicité. Et cet état de chose a amené un tel système de dissimulation qu’il a constitué un abri idéal dont ont profité les criminel écclésiastiques: qu’ils soient pédocriminels, violeurs (et ce que nous aprenons sur les viols de religieuses est atterrant), voire proxénètes.
Il n’est plus possible après la lecture de ce livre de proclamer comme autrefois que l’ Eglise est sans péché, mais jamais sans pécheurs. Notre Eglise Catholique Romaine est devenue au moins en partie « structure de péché ».
Le combat auquel nous invite le pape François -et qui trouve tant de résistance au sein même de la curie romaine- est la condition même de la survie de l’Eglise Catholique Romaine comme lieu d’évangélisation crédible

 


François Dvornick: Byzance et la primauté Romaine

 

L’Auteur
František (François) Dvornik, Tchécoslovaque, Prêtre, spécialiste des histoires byzantine et slave.
Docteur ès Lettres (Paris Sorbonne 1926), professeur d’histoire ecclésiastique à la faculté de théologie catholique de Prague (1928), il est l’un des fondateurs de l’Institut d’études slaves de Prague et cofondateur de la revue scientifique Byzantinoslavica.
Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il enseigne au Collège de France et à l’École des hautes études en sciences sociales à Paris.
De 1948 à 1965, il est professeur d’études byzantines au Dumbarton Oaks Center à l’université Harvard.
Il est nommé consultant pour l’histoire de l’œcuménisme au Concile Vatican II à partir de 1961.
F. Dvornik compte parmi les plus fameux byzantologues du monde. Son travail sur le patriarche Photius Ier de Constantinople fait référence.

« Byzance et la primauté romaine« 

La primauté romaine reste le principal obstacle au rapprochement entre l’Eglise Catholique et l’Eglise Orthodoxe. La division politique, les querelles théologiques exacerbées, les questions ecclésiologiques sans doute plus profondes vont conduire à des positions qui se rapprocheront avant de diverger, après 1204, dans des polémiques plus politiques que religieuses (Introduction)

Tant que le siège du pouvoir impérial est à Rome, la primauté de siège apostolique romain ne fait pas débat. Le « principe d’accommodement » à la division politique de l’empire est une réalité depuis les apôtres eux-mêmes (Chap.1). Mais à partir du transfert de la capitale de Rome à Constantinople (330) les différences de vécu vont avoir des effets polémiques sur les rapports entre l’Eglise de Rome et l’Eglise de Constantinople. C’est à cette période (IV°s) que va être affirmée l’origine pétrinienne du siège romain, en attribuant au fondateur le rôle de « premier évêque » -ce qui est abusif.

Dans l’Orient, ce « principe d’apostolicité » sera aussi l’utilisé, en réaction à son utilisation continue par Rome dans ses efforts pour lui imposer sa suprématie .

Les peurs et les incompréhensions -et même les procès d’intention- font que le synode de Constantinople en 381 et surtout le canon XXVIII du concile de Chalcédoine[1] en 451 sont vivement questionnés par Rome comme dangereux pour l’unité de l’Eglise et la primauté du siège romain (Chap.2)

Le schisme d’Accace (484-519) (chap.3) qui parraine un compromis avec les monophysites (Hénoticon)  va provoquer chez le Pape Gélase une réaction très vive : non seulement il refuse de reconnaitre le canon XXVIII de Chalcédoine, mais il affirme la juridiction de Rome sur toute l’Eglise, ce qui est parfaitement inacceptable pour Constantinople qui veut bien reconnaitre la primauté de Rome, mais entend conserver son autonomie. Le Pape Hormisdas et l’Empereur Justinien vont débloquer la situation en publiant le « libellus Homisdae » ou l’Eglise de Rome est reconnue comme: le « Siège apostolique, [où] la religion catholique a toujours été immaculée » et où « persiste la totale et la vraie force de la religion chrétienne« 

L’empereur Justinien qui est le grand artisan de cette nouvelle entente souhaite une réharmonisation de l’Empire entre Rome et Constantinople en plaçant quasiment à égalité comme don divin « sacerdotium et impérium ». Mais les invasions et la perte de la domination maritime vont mettre à mal l’œuvre de Justinien, provoquer une rupture dans les communications de tous ordres. Les idées, les intérêts divergent : Constantinople, confrontée à l’envahisseur Perse et Arabe, se recentre sur sa culture hellénistique et orientale, alors que l’occident confronté aux Germains va tenter de les christianiser mais aussi va intégrer une partie de leurs traditions. (Chap.4)

Les crises des VII° et VIII°s (chap.5): monothélisme -avec comme conséquences l’arrestation du Pape par l’Empereur et sa mort en exil-  synode ‘in trullo » (692), dont certains aspect sont refusés par l’Eglise de Rome[2]; confirment un éloignement progressif des  conceptions de la discipline de l’Eglise. Si la conclusion de la crise iconoclaste permet au Pape de réaffirmer la primauté romaine, sa lettre qui est lue au concile Nicée II (787) est soigneusement censurée de tout ce qui est revendication romaine de primauté juridique.

L’acceptation du principe d’apostolicité  par les Eglises d’Orient va conduire à un renouveau de l’idée Pentarchique[3] au VIII° et IX°s (Chap.6), ce qui n’impliquait pas une revendication d’égalité des Sièges et ne remettait pas en cause la primauté romaine. Même au cours du conflit qui l’oppose à Rome, le Patriarche Photius ne remet pas en cause la primauté romaine, au contraire.

La crise, -les crises- du XI°s (chap.7) vont mettre à mal une entente doctrinale orient-occident si difficilement réalisée. Avec l’avènement d’un pouvoir germanique fort en occident, les « grecs » sont perçus comme  des étrangers, alors que Byzance conserve l’idée d’une unité de l’Empire Romain qui, de fait, n’existe plus. Ce déséquilibre encore masqué va se révéler au grand jour avec les conquêtes par les Normands des territoires byzantins d’Italie (X° et XI°s). Ensuite tout est bon à querelle: différences d’usage, de discipline ecclésiastique, de théologie. Même les tentatives d’alliance contre les Normands tournent à la querelle. La bulle d’excommunication contre le Patriarche de Constantinople (1054) n’est que la conséquence d’une impossibilité de se comprendre.

La prise de Constantinople par les armées de la 4eme croisade (chap.8) et la création d’un empire latin avec un patriarche latin à la tête de l’Eglise grecque, va conduire les « grecs » sur une position défensive qui deviendra une opposition totale et mettra fin à toute possibilité d’entente.

Conclusion
C’est en vertu du principe d’accommodement que Byzance va réclamer une place particulière. Rome va s’efforcer de remplacer, dans l’organisation de l’église, le principe d’accommodement par le principe d’apostolicité. Le fait que l’Eglise Byzantine impressionnée par cette référence à un Apôtre-Fondateur adopte aussi peu à peu ce même principe provoque -me semble-t-il-  une distorsion de compréhension de ce qu’est l’ Eglise en Occident et en Orient, parce que les  définitions de l’Eglise ne sont pas les mêmes.
Le périmètre des patriarcats orientaux est à l’échelle d’un diocèse, alors que Rome, qui ne se reconnait pas comme un patriarcat mais comme le Principe d’Unité de l’Eglise, se pense à l’échelle du monde. Les conflits qui s’ensuivent seront des conflits de juridiction plus que des conflits théologiques, Rome étant au contraire reconnue comme gardienne de la foi, au moins jusqu’à ce que François Dvornik intitule très justement « La catastrophe de 1204 ».
Byzance et la primauté romaine est un livre-bilan des dernières recherches de l’auteur sur « l’organisation de l’Eglise primitive et les idées qui sanctionnaient cette organisation » [4]. L’idée de primauté dans l’église byzantine est présentée dans un cadre nouveau: plutôt que d’aborder cette question de façon théologiquement antagoniste, c’est en faisant un travail d’historien[5], en examinant les positions de l’Eglise byzantine et de l’Eglise romaine telle que les textes de l’époque les font connaitre, et à partir du point de vue des Byzantins, que F. Dvornik fait apparaitre une nouvelle manière de considérer ce problème.
     Il y a peu de recensions sur cet ouvrage (en général en anglais), mais il est intéressant de noter que sur  les deux trouvées[6] celle de Vassil T Istavridis historien orthodoxe, se termine sur ce remerciement: « Le lecteur Orthodoxe est très  reconnaissant de l’application de cette méthode dans l’étude présente, de l’objectivité avec laquelle l’auteur traite son matériel dans la relation tant à l’Est que l’Ouest, et comme Orthodoxe, exprime l’espoir de voir plus d’études de la même sorte émanant d’études théologiques et historiques Occidentales. »

 

[2] https://www.universalis.fr/encyclopedie/concile-in-trullo/
[3] Formulée par Justinien (Novelle 123, VI°s) et énoncée explicitement dans les actes du synode ‘in trullo ».
[4] Le schisme de Photius : histoire et légende, Paris, éd. du Cerf, coll. « Unam Sanctam », no 19, 1950; The Slavs : their early history and civilization, Boston, American Academy of Arts and Sciences, 1956; The idea of apostolicity in Byzantium and the legend of the apostle Andrew, Cambridge, MA, Harvard University Press, 1958
[5] Francis Dvornik, Byzance et la Primauté romaine,  article paru dans The American Ecclesiastical Review:  pp 289-312, éd. The Catholic University of America Press, 05/1961
[6] Cyril Mango: Journal of theological studies, 01/01/1966, Volume : 17, Page : 202; et Vasil T. Istavridis: The Greek Orthodox theological review,  01.07.1965, Volume : 11, Numéro : 1

 


Le bulletin théologique du CTU est maintenant disponible aussi en ligne

 


 

Lettre à ma belle fille catholique pour lui expliquer le

protestantisme

Antoine Nouis
Antoine Nouis a été durant plus de vingt ans pasteur de l’église réformée de France. Auteur de plusieurs livres sur la spiritualité et la pensée protestante, il est aujourd’hui journaliste à l’hebdomadaire réforme.

 « Dans ce beau texte sous forme d’adresse à sa belle-fille, il propose de dévoiler les spécificités de la foi protestante, et ce qui la différencie du catholicisme. Il retrace  à la  fois les principes, l’implantation puis l’histoire du protestantisme en France et son importance, souvent méconnue. Il montre également l’actualité et la pertinence de la foi protestante, ses points de convergence et parfois de divergence avec la foi catholique, et comment  les deux traditions peuvent se nourrir l’une de l’autre. »

 

 C’est un petit livre (106 pages de texte) que tous les catholiques français devraient lire. C’est non seulement intelligent, mais c’est chaleureux, clair, et profondément imprégné d’affection pour l’église catholique sans renier en rien sa manière protestante d’exprimer sa foi.

C’est aussi une vraie leçon d’œcuménisme qui cherche dans l’autre le supplément de richesse et non le « defectus » supposé.

C’est édité chez Labor et Fides et ça coute 14€

C’est peu pour devenir intelligent !

 

 


logo CTU
BULLETIN THÉOLOGIQUE
N°6 – Toussaint 2016
Le Bulletin théologique est une revue éditée
par des professeurs et étudiants
(On trouvera ici les liens vers tous les bulletins du CTU )

 Sommaire

 Contributions théologiques
 Spiritualité
 Actualités des livres
 Sitographie et Bibliographie: Autour de la canonisation de Mère Teresa
(Paul Paumier)

Listes des auteurs


JPII Miséricorde divineDans cette année de la miséricorde ouverte par le pape François, il est bon de se retourner vers ce texte un peu ancien, certes, mais qui garde, outre son actualité,toute sa pertinence.
La miséricorde s’y exprime comme « le rapport de la justice avec l’amour »(n°5) « la fidélité du père à sois-même est totalement centrée sur l’humanité du fils perdu, sa dignité » (n°6)
La miséricorde comme Amour qui pardonne et restaure trouve son sommet et son accom!plissement dans la passion, la résurection et l’ascension de Jésus-Christ.
A relire -ou lire- de toute urgence
Jean-Paul II: La miséricorde divine, Centurion Paris 1981

 Contacts n° 243
Revue française de l’ orthodoxie
Comprendre les enjeux du prochain concile de l’Eglise orthodoxe

20151213 Contacts  Dans la ligne du colloque de l’ACONor : « Découverte et actualité des Eglises Orthodoxes: unité et diversité » qui s’est tenu à Caen du 15 au 17 novembre dernier, je vous propose ce numéro 243 de la revue « Contacts: revue française de l’orthodoxie  » qui reprends les actes du colloque du 18 au 20 octobre 2012 organisé au Collège des Bernardins à Paris par l’ Institut de théologie orthodoxe St Serge à Paris et le Centre œcuménique de l’Université catholique de Leuwen en Belgique.

Bien que vieux de deux ans déjà il comporte un double intérêt: éclairer les problématiques de ce prochain Grand et Saint Concile Panorthodoxe tant par des théologiens orthodoxes que par des apports de théologiens catholiques.

Un chapitre particulièrement intéressant est celui sur les relations œcuméniques des Eglises orthodoxes. Il met le doigt sur deux points particulièrement importants: le fait que les accords signés par « l’Eglise Orthodoxe » ne sont pas forcément reçus par les Eglises Orthodoxes dans leur diversité; et le second par le fait que -de même que l’Eglise Catholique pour elle-même- les Orthodoxes assimilent facilement l’Eglise à l’Eglise Orthodoxe. (Nature et mission de l’Eglise (2005). Je vois bien par l’expérience  -en tant que catholique romain, les Eglises de la réforme n’ayant pas cette position totalitaire-  combien il est nous est difficile de regarder « autrement » la réalité de ce qu’est l’Eglise. Et pourtant nous ne pourrons en faire l’économie si nous voulons exprimer l’ Eglise du Christ autrement que par une théologie -implicite ou explicite- du retour à la « vraie » Eglise (qui ne saurait être que la nôtre bien sûr !)

Geo

Pour se procurer la revue suivre le lien: Contacts


Bernard Sesboüé sj
Pour une théologie oecuménique
Coll: Cogitatio Fidei
ed du Cerf, Paris 1990

2015 07 Pour une théo oec

Il y a des livres qui sonnent comme des évidences. Ce fut le cas pour moi avec le livre du Pasteur Birmelé  » l’horizon de la grâce  » et il en est de même avec ce livre de Bernars Sesboüé s.j. Théologiens réputés l’un et l’autre dans leurs Eglises respectives on sent le même souffle, le même appel, la même certitude: ce chrétien d’une autre Eglise qui est mon frère, Dieu me donne d’abord à l’aimer, ensuite à le comprendre et enfin à chercher ce qui nous met en chemin, l’un avec l’autre, vers le Seigneur: non pas tant pour chercher à établir une vérité qui nous est commune, que pour recevoir notre vérité et notre unité de celui qui, seul, est la Voie, la Vérité, et la Vie.

Ce livre est le fruit d’un engagement de plus de trente ans au Groupe des Dombes et dans diverses commissions officielles de dialogue œcuménique en France et au plan international.

Le Père Sesboüé termine son livre sur cette invitation à tout chrétien, qu’il soit catholique ou non, à avancer sur les voies de l’Unité: « Changer, c’est le terme même de la conversion dans le NT : « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » (Mc 1,15), c’est-à-dire : changez votre cœur.
Oui, la dynamique œcuménique est une dynamique de conversion: elle nous
change et elle doit encore nous changer pour nous réconcilier complètement. Plus elle progressera, plus elle rendra possible la conversion des mentalités, des institutions ou des « structures », toutes cristallisations objectives de nos libertés.
C’est par là que passe le patient cheminement de la réconciliation du peuple de Dieu dans une conversion commune à l’Évangile. »
« Ces divers écrits, d’époques différentes, abordent les points les plus fondamentaux de la recherche oecuméniques de ces dernières années. Il veut être une contribution catholique à la pleine communion entre les Églises. » (4° de couverture)
Depuis 1990 des choses ont changé évolué, mais le mouvement reste le même.

Ce livre est trouvable en ligne.


 

 L’ Atlas des religions
Atlas des religions 001publié par La Vie et Le Monde est devenu un classique, traduit et diffusé jusqu’ en Amérique latine et réédité en librairie. Il reste, à ce jour, la seule publication offrant une vision approfondie du paysage religieux mondial, à la fois à travers l’histoire,donc sur le temps long, et dans ses composantes les plus contemporaines. Il propose en effet une approche synthétique de l’ensemble
des grandes religions, mais aussi une analyse détaillée, pays par pays, fruit de la collaboration des deux rédactions de La Vie et du Monde et de l’apport des plus éminents universitaires.
Les cartes et graphiques sont remarquables Cette publication non seulement nous ouvre sur les réalités des autres religions mais elle permet de les ,mettre en perspective dans notre pays, en Europe et dans le monde.
Un « outil » de référence pour, non seulement, ne pas dire n’importe quoi, mais -plus important- pour ne pas penser n’importe comment…
12€ dans toutes les bonnes librairies.
Pas cher pour ne pas mourir idiot!
Geo

 

L’Église – Vers une vision commune

Conseil œcuménique des Églises :
Document du Foi et Constitution n° 214
Publié avec Unité Chrétienne par la Fédération Protestante de France,ISBN 979-10-94234-00-6, 76 pages, prix : 6,50 €
2015 04 l'eglise vers une vision communeCe second texte de Foi et constitution fait suite au premier : Baptême, Eucharistie, Ministère (1982) – et aux réactions officielles à ce document – qui a cerné des domaines clefs de l’ecclésiologie dans lesquels les études devaient se poursuivre ; il fait également suite aux questions ecclésiologiques soulevées dans le document d’étude : Un seul baptême – Vers la reconnaissance mutuelle (2011).
Pendant vingt ans, les représentants délégués des Églises orthodoxes, protestantes, anglicanes, évangéliques, pentecôtistes et catholique romaine ont tenté de dégager une vision globale, multilatérale et œcuménique de la nature, du but et de la mission de l’Église.
Les Églises ont fait part de leurs réactions et critiques constructives aux deux premières ébauches d’une déclaration commune.
La Commission de Foi et constitution répond à ces Églises par le présent document.
Ce texte dont certaines parties datent de vingt ans est déjà, dans certains cas, dépassé par les accords bilatéraux. Il a fallu ce temps pour que les Eglises Orthodoxes, pour des raisons souvent autres que théologiques, puissent donner leur signature et un accord à la publication.
On reproche parfois aux Eglises et communautés cclésiales (pour reprendre la distinction de Vatican II) de ne pas s’engager assez résolument dans la recherche véritable de l’unité, on déplore des piétinements, des avancées potentielles qui ne voient pas le jour encore… C’est ne pas mesurer vraiment combien, en 50 ans, un grand chemin a été parcouru -théologiquement c’est indéniable- mais également dans la connaissance, le respect et l’amour des frères et sœurs d’autres Eglises. A tel point que le danger qui nous guette aujourd’hui est celui de se contenter finalement d’une coexistence pacifique entre nos Eglises et ne plus voir les enjeux de rechercher et d’accueillir dans l’Esprit Saint une réelle unité visible.
En 50 ans les avancées sont en fait énormes. En témoigne ce texte de convergence de Foi et Constitution. Un texte important et fort, stimulant, qui fait le point sur les questions ecclésiologiques qui se posent à nos Eglises, quant à sa nature et sa mission, quant aux sacrements et aux ministères.
On mesure dans ces pages combien il y a aujourd’hui de convergences dans nos compréhension de ce qu’est l’Eglise et sa mission. Les divergences ne sont pas éludées et sont bien présentées, comme les questions qui restent livrées aux différentes Eglises dans cette quête de l’unité à laquelle nous sommes appelés et qui est ici qualifiée et rappelée comme étant une urgence (au regard des appels du Christ lui-même en Jn 17 et au regard aussi du scandale que représente nos divisions.
Concrètement, après une introduction qui explique comment on en arrive aujourd’hui à ce texte, quatre chapitres nous aident à entrer dans les diverses réalités de ce qu’est l’Eglise et ce que Dieu attend d’elle :
1. La mission de Dieu et l’unité de l’Eglise (envisagée dans le dessein de Dieu, dans ses perspectives historiques et dans l’appel à l’unité)
2. L’Eglise du Dieu Trine (l’Eglise comme communion, l’Eglise aussi comme signe et servante du dessein de Dieu pour le monde, avec la question d l’unité dans la diversité)
3. L’Eglise – croître en communion (il y est question de la foi, des sacrements et des ministères)
4. L’Eglise – Dans et pour le monde.Ce texte a été le sujet de la session oecuménique de la Communauté du Chemin Neuf et est l’objet de l’étude de la Commission Théologique de l’ ACONor
on peut le commander (6,5€) aupres de: « Unité Chrétienne, 7 place Saint Irénée, 69005 Lyon » ou par mail: secretariat@unitechretienne.org

 

Istina 014-2/3 :
DU CŒUR DE L’HOMME AU CORPS DE L’ÉGLISE : LE BAPTÊME DANS L’ESPRIT SAINT

2015 04 BESt 001Colloque organisé par la communauté du Chemin Neuf
du 7 au 10 mars 2013 sous la présidence de
Mgr Justin Welby, Archevêque de Canterbury, Primat de la Communion Anglicane, et de Mgr Philippe Ballot archevêque de Chambéry.
I. Jalons historiques et problématiques
avec les contributions de : L. Fabre, M. Healy, C. M. Robeck,
G. Tchonang, N. Blough, P. Hocken, A. Birmelé, É. Vetö
II. Expérience individuelle et ecclésiale de l’Esprit
avec les contributions de : C. Grappe, É. Vetö, M. Stavrou,
F. Lestang, A. Birmelé, J. Famerée, C. M. Robeck
III. Baptême dans l’Esprit Saint et vie de l’Église
avec les contributions de : P. Dockwiller & M. Healy
Cette expérience fondamentale du renouveau charismatique qu’est le Baptême dans l’ Esprit-Saint est ici étudié loin des agitations partisanes, mais de façon historique, scripturaire et théologique.
J’ai particulièrement apprécié l’article de Philippe Dockwiller: « Unicité de la grâce baptismale: l’Esprit-Saint est la force de ce dont le Baptême est la forme » (pp 283-295)
Il n’en reste pas moins que les expressions Baptême dans l’ Esprit-Saint et effusion de l’Esprit-Saint restent deux termes accolés à une même réalité, même si le terme « baptême » doit être préféré -et tant pis pour les prélats qui trouvent que ça voudrait dire que les catholiques vivent la même chose que les « protestant » (p 119)
Ben oui ! C’est mal ?
Je préférerai qu’ on distingue les deux expériences de façon fondamentale:
– d’une part l’ effusion de l’ Esprit-Saint: don gratuit et inattendu de Dieu qui vient nous envahir par grâce, sans volonté de notre part (st Paul sur le chemin de Damas)
– d’autre part le baptême dans l’Esprit-Saint: don de Dieu reçu à travers la prière des frères réunis en Eglise et qui a pour préalable la volonté de reçevoir le Christ comme mon sauveur et lui remettre ma vie, et pour conséquence la mission (voir l’article de A. Birmelé: Baptême dans l’Esprit-Saint et Eglise. pp 247-257)
Ce numéro d’ Istina est un éclairage bienvenu pour faire entrer dans notre intelligence ce que, dans le renouveau, nous vivons par grâce.

 

BULLETIN THEOLOGIQUE

logo CTUDepuis presque 20 ans, le Centre Théologique Universitaire de Rouen accompagne les chrétiens normands désireux de se former en théologie.
Au long d’un parcours universitaire destiné à obtenir la licence de théologie en partenariat avec l’Institut Catholique de Paris, les étudiants s’immergent dans le vaste monde de la théologie et de l’exégèse.
De bien des façons, même si un diplôme ne fait pas tout, les fruits de ces formations poussent ici et là.
L’arrivée de ce bulletin en est un assurément.
Projet ambitieux qui consiste à rendre compte de l’actualité de la théologie dans notre région.
Projet modeste puisqu’il entend ne pas se substituer aux revues déjà établies.
Avec des articles, des recensions d’ouvrages, les conférences, le bulletin entend donner un écho de ce qui se vit en Haute-Normandie au sujet de la théologie.
La tenue d’un bulletin est une activité exigeante et passionnante.
Exigeante car il faut tenir les délais, accompagner les articles, relancer les auteurs, veiller aux détails de l’édition (même sur le web).
Passionnante car elle demande une attention constante « aux signes des temps », à la façon dont nos sociétés réfléchissent et sollicitent les capacités de réflexion des disciples du Christ.
Puisse ce bulletin contribuer à la réflexion et témoigner combien aussi en théologie, l’Eglise, suivant la formule de Paul VI, veut se faire conversation avec le monde.
Père Jean-Baptiste SEBE
Directeur du CTU

L’HORIZON DE LA GRACE
André Birmelé
Ed. Olivétan/le Cerf Paris 2013
2014 01« Partant du témoignage biblique et revisitant les grands moments de l’histoire du christianisme, André Birmelé en présente les orientations majeures. La Révélation, la Parole de Dieu, la foi, le péché, Jésus-Christ, sa Croix et sa Résurrection, le Salut par la grâce, les Sacrements, l’Église… Les convictions chrétiennes fondamentales sont examinées tour à tour, présentées sans simplification mais dans un langage accessible, volontairement dégagé du détail des débats scientifiques.
L’auteur montre aussi que maints sujets qui ont provoqué des divisions entre les Églises sont à présent le lieu d’une profession de foi commune, le fondement d’une diversité réconciliée… »
Cet exposé de la foi chrétienne telle qu’elle est comprise par la théologie luthérienne est toujours ouverte sur les compréhensions différentes des autres Eglises. Et c’est là pour le catholique que je suis une des très grandes richesses de ce livre. Il nous fait entrer dans une compréhension différenciée entre les interprétations qui ne sont plus vraiment séparatrices pour nos Eglises et celles qui le sont encore, et qui trouvent leur source non pas dans la compréhension de l’Eglise comme instrument du salut, mais dans la nature de cette instrumentalité.
Le bon sens populaire affirme que « qui n’entends qu’une cloche n’entend qu’un son ! » Voilà une excellente manière, pour ceux d’entre nous qui ne sont pas Protestants, d’entendre « un autre son de cloche » donné avec intelligence, brio, et respect par un grand théologien.
Je ne dirai pas comme dans Charlie hebdo « si vous ne pouvez pas l’acheter volez-le » mais c’est évidemment un livre à lire et à faire lire.
Geo

SODOMA

SODOMA de Frédéric Martel
ed Robert Laffont, Paris 2019

Cette rubrique s’appelle « J’ai aimé lire »…Or je n’ai pas du tout aimé lire Sodoma

C’est une purge, un vermifuge, quelque chose qu’on prend par nécessité, pour  évacuer un mal qui vous envahit.
Et en ce sens Sodoma est nécessaire par ce qu’il révèle plus que par ce qu’il dénonce, même si ce qu’il dénonce donne envie de vomir.
Le pape François à commencé à nettoyer cette moderne écurie d’Augias qu’ est la Curie Vaticane. Et on peut regretter que le travail n’ai pas été entamé plus tôt.
Oui Sodoma est outrancier, oui c’est un livre écrit par un auteur homosexuel et par bien des égards un livre autoréférenciel. Et le présupposé de Frédérique Martel qui veut que ceux qui, chez les prêtres sont homosexuels mais tiennent leur engagement au célibat se mentent à eux-même et en conçoivent une réelle aversion pour l’homosexualité et que les autres ne sont que des menteurs cyniques est un peu cour. Il oublie tous ceux qui, quelle que soit leur orientation, homo, hétéro, ou bisexuels, peu importe, sont fidèles à leur voeux de chasteté ou leur engagement au célibat.

 

Alors en quoi ce livre est nécessaire ?

D’abord, il met à jour un mécanisme qui n’est pas criminel en soi, mais qui influe sur le recrutement des candidats à la prêtrise ou au monasticat: chez les homosexuels, le fait de vivre dans un milieu ou le célibat va être une valeur majeure de son état est un bénéfice et non pas une question. Il est donc logique qu’on en retrouve une partie dans les candidats a l’ordination presbytérales
Le Prêtre conçu comme un être à part et « pur » de toute sexualité est une idéologie qui, en l’occurence, va faire des ravages. D’autant plus que vient se greffer la-dessus tout ce qui a trait au pouvoir qui va dégénérer en abus de pouvoir. Ce que le Pape François dénonce sous le terme de « cléricalisme ».

 

L’enquete de Frédérique Martel nous oblige à ouvrir les yeux.

Ce qui pouvait être perçu comme des dérives isolées apparaît comme un système de cooptation et de complicité. Et cet état de chose a amené un tel système de dissimulation qu’il a constitué un abri idéal dont ont profité les criminel écclésiastiques: qu’ils soient pédocriminels, violeurs (et ce que nous aprenons sur les viols de religieuses est atterrant), voire proxénètes.
Il n’est plus possible après la lecture de ce livre de proclamer comme autrefois que l’ Eglise est sans péché, mais jamais sans pécheurs. Notre Eglise Catholique Romaine est devenue au moins en partie « structure de péché ».
Le combat auquel nous invite le pape François -et qui trouve tant de résistance au sein même de la curie romaine- est la condition même de la survie de l’Eglise Catholique Romaine comme lieu d’évangélisation crédible

L’homme merveille de Dieu

 

Bernard SESBOÜÉ
L’Homme merveille de Dieu
Essai d’anthropologie christologique
ed. Salvator, Paris 2015

Je ne saurai mieux dire que cette recension parue dans Unité des Chrétiens de ce livre passionnant, indispensable, pendant catholique du livre d’André Birmelé « l’horizon de la grâce » dont je vous ai déjà parlé. Même si il s’agit ici d’anthropologie chrétienne, le sujet du discours reste  l’homme créé, l’homme pécheur, l’homme sauvé.
20160925-lhomme-merveille-de-dieu     Il n’est point besoin de présenter Bernard Sesboüé ni de rappeler combien ses ouvrages clairs et documentés réjouissent année après année ses lecteurs. Ce dernier livre n’échappe pas à la tradition.

     Dans l’introduction l’auteur définit sa méthode et son objet : Parler de l’homme à la lumière de la révélation biblique (en particulier à la lumière de la personne du Christ), réfléchie dans la tradition de l’Église. C’est une « théologie de l’homme » qui s’intéresse principalement au rapport de l’homme à Dieu. La difficulté étant que le propos dépasse le cadre d’un enseignement religieux puisque le destinataire de la parole chrétienne sur l’homme est bien souvent l’humanité tout entière. L’anthropologie chrétienne est donc toujours en débat avec la pensée contemporaine et l’évolution anthropologique de l’humanité. Dans le mouvement de la révélation le salut est premier, il révèle à l’homme son péché et l’ouvre à la création.

     Le choix de plan du père Sesboüé : l’homme créé, l’homme pécheur, l’homme sauvé est révélateur de son goût pour la démarche historique (à la fois par l’aspect chronologique et par les nombreux dossiers historiques présents dans l’ouvrage) et contribue à la possibilité d’une lecture de l’ouvrage par des non-initiés. Enfin, contrairement à ce que pourrait laisser penser le sous-titre, l’homme est toujours placé dans une perspective trinitaire.

     Retenons de ce livre dense, des pages très didactiques sur le péché originel et sur la manière d’en parler aujourd’hui ainsi que de beaux dossiers scripturaires sur le salut à travers le dialogue de Jésus avec les hommes de son temps.

Christine Roberge

Paris, Salvator, 2015, 367 p.,23 €,

Source : revue Unité des Chrétiens, N°183 – juillet 2016