Eglise et unité VIIg_Le concile de Trente

Bilan

 

Concile de Trente: Réforme ou contre-réforme ?

A son ouverture le concile est divisé comme l’ analyse Nicole Lemaître[1]:  » Si depuis le dernier concile l’autorité du pape sur le concile a été rétablie, la méfiance reste grande pourtant, aussi le pape ne participe-il au concile que par légats interposés.
Ces derniers, dont plusieurs deviendront papes, ont su arbitrer entre les groupes nationaux. Ils avaient en général l’appui du clergé italien, proche du pape en raison de son pouvoir,
mais c’était bien différent avec le clergé espagnol, qui se distinguait par sa haute culture théologique.
Le clergé français était gallican, c’est-à-dire attaché aux privilèges nationaux de la France et hostile à l’intrusion de la papauté dans ses affaires.
Le clergé allemand était enclin au compromis avec les protestants.
Pour tous, le Saint-Siège était responsable du désastre, mais ils n’étaient pas d’accord entre eux:
Espagnols et Allemands voulaient une réforme disciplinaire et en particulier obliger les évêques à la résidence pour mieux défendre leur pouvoir de droit divin sur leur diocèse.
Les Italiens et les Espagnols s’affrontaient aux Français pour imposer des définitions des dogmes antérieures à la venue des Français, en 1562.
La majorité était cependant favorable à la réforme du Saint-Siège, contre les Italiens. »

 

Les décisions importantes du Concile de Trente[2]

A Trente l’Église catholique revoit entièrement ses fondements et précise le contenu de sa foi. C’est sur les décisions de ce concile qu’ elle s’appuiera, pendant plusieurs siècles.
Le travail du Concile de Trente a permis à l’Église catholique, face aux propositions de la Réforme protestante, de redéfinir ses dogmes.
Les abus qui minaient l’Église Catholique à cette époque furent dénoncés et parfois corrigés, et des réformes importantes proposées et misent en œuvre..

 

Au final, Trente est un concile à la fois doctrinal et pastoral.
Au plan doctrinal, il forge la réponse catholique à la doctrine de la justification et réaffirme face aux luthériens l’importance des sacrements, notamment de l’Eucharistie.

 

Au plan pastoral, la réforme de l’Église fut une entreprise encore plus difficile. La Curie et les papes firent leur possible pour la différer, prenant justement prétexte de cette autre Réforme qui se mettait en place dans l’Europe du Nord. Il est vrai que les papes ne sont guère des modèles de vertus, alors que, sur le terrain, les fidèles sont laissés à eux-mêmes par des évêques absents, ou cumulant les diocèses par souci du gain, et des prêtres guère plus présents : en moyenne, à peine la moitié des curés résident dans leurs paroisses…
De ce point de vue, le concile fit œuvre considérable. L’institution de séminaires, pour les futurs prêtres, est souvent considérée comme sa réussite majeure.
  • Mais Trente réaffirme aussi le rôle du curé, lui donne pour charge de prêcher, et en remettant le sacrement de la confession au centre de la vie catholique, le place dans le rôle de  » juge des consciences « . Le confessionnal, inconnu avant le concile, devient en quelques décennies l’indispensable mobilier des lieux de culte catholique.
  • Le rôle de l’évêque est redéfini. Le concile précise qu’il doit prêcher, s’occuper des séminaires, visiter les institutions, tenir des synodes avec le clergé, et parfois des laïcs. Bref, il  » appartient  » à son diocèse comme les pasteurs à leurs paroisses.
  • Et le pape ? En début de concile, la papauté est contestée par les souverains européens, mise à mal par les cardinaux réfractaires au pouvoir de la Curie, décrédibilisée par son propre comportement, et défiée par les hérésies protestantes.

A la clôture du concile, le pape symbolise l’unité préservée du catholicisme. Le concile lui donne la possibilité d’unifier et donc de contrôler la formation des fidèles et des prêtres (publication d’un catéchisme), l’organisation des diocèses, le rite et même la langue, avec le latin, désormais langue liturgique.

 

Face à l’émergence des Églises protestantes nationales, le catholicisme s’organise. Mais il le fait autour de l’institution papale, qui en sort, et ce n’est pas le moindre des paradoxes, plus que jamais, renforcée[3]. Le jésuite Robert Bellarmin, va donner la définition de l’Église qui aura cours jusqu’au concile Vatican II (1962 soit quatre siècles plus tard) :  » l’Église est la société des fidèles institués par Jésus Christ, gouvernée par le pape, et par les évêques sous l’autorité du pape « .
 « D’une façon générale, Trente sous-tend une vision très cléricale de l’Église, qui passe par une différenciation sociale du clerc : le clerc doit être décent, s’habiller de façon distincte des laïcs, ne pas fréquenter les tavernes ». C’est Charles Borromée, en tant que cardinal secrétaire d’État, qui mettra en œuvre l’application du concile. [4]

 

Conclusion

Le concile est adopté avec joie par le clergé mais aussi par les intellectuels catholiques:

  • premièrement c’est la preuve que par-delà des difficultés politiques, il a su exprimer un consensus catholique, et que ses décisions correspondent aux attentes et aux sensibilités du moment.
  • Deuxièmement, dans les difficultés de réception, la forme de l’Église catholique centralisée et bureaucratisée, sous l’autorité pontificale s’affirme rapidement.
  • Troisièmement, le retour à l’unité des chrétiens est abandonné par les catholiques comme il l’était par les protestants depuis 1545.

 

Ce concile réuni pour ramener les protestants dans l’ Eglise Catholique Romaine, entérine de fait la division.
Dès l’origine de la réforme Luthérienne le principe d’autorité posé par les représentants du pape ne pouvait que conduire à l’échec. Avec l’aspect politique qui s’est développé plus tard chez les Protestants, municipal d’abord, puis après la paix d’Augsbourg en 1555 officialisée au niveau des états princiers, il ne pouvait plus être question pour les protestants d’engager le dialogue.
La lutte infernale menée par le pouvoir papal pour conserver la mainmise sur les revenus de l’ église catholique et son corollaire: l’empêchement de toute réforme de la curie romaine, à consommé un état de fait.
Dès son ouverture le concile de Trente est un concile de contre-réforme. Et pourtant, au fur et à mesure de son déroulement, il devient un concile réformateur.
L’église catholique qui en est issue va durer quatre siècles. On peut aujourd’hui critiquer des prises de positions, des affirmations, voire des décisions inappropriées au regard de notre théologie aujourd’hui.
Mais à l’aurore de cette année 1563 les 220 Pères qui sortent de la cathédrale Saint-Vigile de Trente pour la dernière fois peuvent le faire avec le sentiment du devoir accompli.

 

Eglise et unité VIIf_Le concile de Trente

Troisième session:

Neuf sessions, du 18 janvier 1562 au 4 décembre 1563

 

Contexte

 En seulement dix ans le paysage politique et religieux à l’ouverture de cette dernière session du concile de trente à complètement changé:

– Quatre papes vont se succéder sur le trône de Pierre: Jules III, Marcel II, Paul IV et Pie IV;
– Du côté de l’Empire: Charles Quint  abdique en faveur de son frère Ferdinand Ier  et de son fils Philippe II roi d’Espagne.
– Dans les Pays-Bas espagnols, les guerres de Religion prennent la forme d’une guerre d’indépendance connue sous le nom de guerre de Quatre-Vingts Ans[1].
– En France, François II (15 ans) succède à Henri II pour 17 mois. Son frère Charles IX (10 ans) lui succède sous la régence de Marie de Médicis. Déclanchement des guerres de religion par le massacre des protestants à Wassy le 1er mars 1562 par François de Guise.[2]

 

Le pape Pie IV va inviter (sans succès il est vrai, mais quand même !…) des Eglises Orientales séparées, ainsi que le patriarche des Coptes d’Alexandrie, le Patriarche Œcuménique de Constantinople, le patriarche de l’ Eglise Arménienne d’Antioche et le Patriarche de Moscou.
 Il invite les princes allemands luthériens à dépêcher des envoyés au concile.

 

Pour diverses raisons  plus ou moins fallacieuses les Catholiques ne sont pas plus empressés ce qui fera dire au légat Comodone que « les protestants sont bien éveillés alors que les catholiques sont assoupis. On a l’impression que ce ne sont pas les protestants mais bien les catholiques qui mettent leur confiance dans une foi sans les œuvres au vu du peu d’efforts qu’ils déploient pour empêcher l’effondrement complet du catholicisme en Allemagne[3]« 

 

Dans ce contexte, le refus des protestants et des Français de participer à un concile qu’ils trouvaient trop lié à Rome, retarde à nouveau le début des séances qui ne reprennent que le 18 janvier 1562.

 

Le concile redémarre

 Le 18 janvier 1562, le concile est de nouveau ouvert, cette fois avec davantage de prélats, mais encore majoritairement italiens.

Le blocage du concile pendant dix mois (17 septembre 1562 au 15 juillet 1563) est dû au débat portant sur la nature de l’épiscopat.
En novembre, la délégation française arrive, présidée par le cardinal de Lorraine. Les affrontements sont rudes entre la « conception romaine » fondée sur le pouvoir pontifical et la « conception épiscopaliste » défendue par les Espagnols, les Français et une minorité italienne, selon laquelle la fonction de l’évêque est d’institution divine.
Finalement les canons 3 et 8[4] positionnent l’évêque comme délégués du siège apostolique.
Il faudra attendre Vatican II pour que l’ Evêque trouve sa place de Prêtre plénier et pasteur « de droit divin » (jus divinum) de son diocèse.
Ce blocage fut résolu grâce à la grande habileté du nouveau légat pontifical, le cardinal Morone qui va conduire le concile à bonne fin.

Dans leur élan, les Pères conciliaires entendent s’attaquer aux abus des princes. Aussitôt, les rois de France et d’Espagne font part de leur mécontentement. Les ambassadeurs français quittent Trente après maintes protestations. Le projet de décret est finalement écarté.

Le concile s’achève, l’ennui et le découragement aidant, par l’adoption facile de décrets importants, notamment sur le célibat des prêtres et le Purgatoire, le culte des saints ou encore les reliques et la célébration de la messe qui donnait lieu avant le concile à des fantaisies et/ou des omissions de parties entières (y compris le canon!).

Les 3 et 4 décembre 1563 se tient la séance de clôture.
L’ensemble des décrets du concile est lu devant les Pères, rassemblés dans la cathédrale Saint-Vigile de Trente. Les archevêques et les évêques y sont beaucoup plus nombreux que dans les réunions précédentes.
220 prélats signent l’acte final le 4 décembre 1563.

 

Au terme de cette lecture, le légat Giovanni Girolamo Morone, secrétaire du concile, demande aux Pères s’ils souhaitent clore leur assemblée.
Tous ayant répondu amen, le cardinal de Lorraine rend grâce aux différents acteurs du concile,  religieux ou laïcs .
Enfin, il s’exclame : « Anathème à tous les hérétiques ! », repris par les Pères : « Anathème, anathème ! »

 

 

[3] John. w. O,Malley, Le concile de Trente, Lessius, Bruxelles 2013, p 210
[4] http://lesbonstextes.awardspace.com/trentevingtdeuxiemesession.htm#refchap8 22°session, décrets de réformation, chap 3 et 8

Eglise et unité VIIe_Le concile de Trente

Inter-session

 du 28 avril 1552 au 18 janvier 1562

 

10 ans !
La seconde session du concile de Trente se termine le 28 avril 1552 et ne reprendra que le 18 janvier 1562.
Dix ans d’interruption. Pourquoi ?

 

Des raisons politiques:

La paix de Passau signée par Ferdinand, frère de l’empereur Charles Quint en 1552 préfigure les termes de la paix d’Augsbourg qui sera signée en 1555, et qui accorde la légitimité au luthéranisme sur les terres d’empire, et permet aux princes souverains de déterminer quelle sera la religion de leur territoire selon le principe « cujus regio, eius religio » (littéralement  » A chaque région sa religion « )[1]
En 1556, Charles Quint abdique et partage ses possessions entre son fils Philippe II et son frère Ferdinand Ier du Saint-Empire. Il meurt en 1558.

 

En 1559, c’est le roi de France Henri II qui trouve la mort accidentellement.
Son successeur François II meurt dès l’année suivante laissant le trône à son frère Charles IX qui, avec leur mère, Catherine de Médicis, face à une France déchirée, souhaite alors convoquer un concile purement français pour régler la question religieuse. Ce sera la tentative du colloque de Poissy (1561).

 

 

Pour la papauté, un concile séparé est inacceptable.

 

Des raisons religieuses

Jules III prend acte de l’échec du concile en matière d’unité chrétienne.
Il se replie sur la réforme de l’Église catholique mais meurt le 23 mars 1555 avant d’avoir pu publier la bulle « variétas temporum[2] » qui devait réformer profondément la Curie et l’Eglise.

 

Après le après le très bref pontificat de Marcel II (21 jours  du 9 au 30 avril 1555) Paul IV est élu pape à l’âge de 79 ans le 23 mai 1555.
Jusque-là, il n’avait cessé de parler de réformes, mais une fois élu il pratique un népotisme jugé outrancier même pour l’époque.
Pour renforcer l’Église catholique, Paul élargit les pouvoirs de la « Sainte Inquisition ».
Ce fut politiquement et spirituellement une brute[3].
Il ne continua pas le Concile de Trente, qui avait été suspendu, puisqu’il regardait la rénovation de l’Église comme une tâche relevant essentiellement de la Curie pontificale et du Sacré-Collège.
Un de ses derniers actes fut de mettre en vigueur en 1559, une censure des livres par l’interdiction des écritures suspectes d’hérésie et/ou de subvsersion morale par le moyen de l’Index librorum prohibitorum, institution qui demeura (hélas) en vigueur jusqu’en 1966, sous Paul VI.

 

Pie IV, élu en décembre 1559 doit faire face à des pressions divergentes. Le roi d’Espagne Philippe II veut reprendre les débats du concile. L’Empereur Ferdinand Ier, les Français, les Allemands souhaitent l’organisation d’un nouveau concile qui réaliserait un accord avec les protestants.

Le pape convoque de nouveau, le concile, conformément à la capitulation électorale votée par les cardinaux pendant le conclave, et avec l’appui du roi d’Espagne, rouvre en 1562 le concile de Trente.

 

 

[1] Cette doctrine est d’origine protestante et ne correspond pas à la conception catholique du gouvernement civil. En effet, la doctrine catholique exigeait que les souverains soient soumis au pape, ce qui favorisait l’unité religieuse des royaumes et limitait les risques de conflits entre les princes. De surcroît, elle confirme la fin de l’unité confessionnelle de l’Empire, chaque prince souverain ayant désormais le libre choix de se déclarer catholique ou protestant.
[2] « La bulle Varietas temporum, véritable réforme de l’Église en 150 chapitres dont les numéros 86 à 102 concernaient les pratiques curiales des absolutions et des grâces, devait être publiée au printemps 1554. Elle ne fut jamais officialisée, pour des raisons apparemment inconnues, et la mort de Jules III (23 mars 1555) remisa le tout au fond des tiroirs. » in: http://www.publications.efrome.it/opencms/export/sites/efrome/documenti/B347_FRANCE_POUVOIR_PONTIFICAL_PONCET_INTRODUCTION.PDF.pdf.

 

 

Eglise et unité VIId_Le concile de Trente

Deuxième session:

Huit sessions, du 1 mai 1551 au 28 avril 1552.

 

 

Jules III, succède à Paul IV en 1550
En 1542, on lui avait confié le travail préparatoire à la convocation du concile de Trente.
 En février 1545, il fut nommé le premier président du concile. Il y représentait les intérêts pontificaux contre l’empereur Charles-Quint.
Prié par l’empereur de rouvrir rapidement le Concile, il donne son accord et dans une Bulle, datée du 13 novembre 1550, il ramène le concile de Bologne à Trente et ordonne qu’on y reprît les séances le 1er mai 1551.

 

 

Charles Quint force ses États protestants à dépêcher des représentants au concile. Seuls les ducs de Saxe et de Wurtemberg, l’électeur de Brandebourg et la ville de Strasbourg s’y plient. Sitôt arrivés, les ambassadeurs protestants posent leurs conditions, qui sont rejetées par le concile qui, au contraire, réaffirme le dogme de la transsubstantiation. Parallèlement, les Pères espagnols et la papauté s’opposent sur la réforme disciplinaire des clercs.

Les discussions portèrent sur l’Eucharistie, la pénitence, l’extrême-onction, et sur des questions juridiques, sans oublier toutefois, de jeter l’anathème contre les thèses de Zwingli et de Luther.[1]

En 1552, les États protestants et Henri II déclarent la guerre à Charles Quint. L’armée de Maurice de Saxe qui dirige la ligue de Smalkalde[2] menace le sud de l’Allemagne.
Le Concile est suspendu de nouveau le 15 avril 1552 parce que les évêques français ne peuvent pas y participer et que, pour échapper à ses ennemis, l’empereur doit fuir d’Innsbruck et signer la paix de Passau, défavorable aux impériaux
Le 28 avril, le concile est levé et évacue la ville.

 

Le nombre de votants n’a pas dépassé les 65 pendant cette deuxième session.

 

[1] Textes et décrets du concile: http://lesbonstextes.awardspace.com/trentetabledeschapitres.htm

[1] La ligue de Smalkalde  est une union militaire au sein de l’Empire romain germanique de Charles Quint, formée  en 1531, par des princes protestants allemands du Nord dirigés par Philippe de Hesse, puis l’Électeur Jean-Frédéric de Saxe. Ces princes ont besoin d’appuis supplémentaires. La ligue demande alors l’aide du grand rival de l’Empereur, le roi de France François Ier, puis Henri II

 

 

Eglise et unité VIIc_Le concile de Trente

Inter-session

17 septembre 1549 – du 1 mai 1551

 

Après l’état semi-comateux de la dernière année du concile à Bologne, le pape « autorise les derniers évêques encre sur place à retourner chez eux » sans ajourner ni clôturer le concile [1].

Après la mort de Paul III le 10 novembre 1549 c’est un candidat de compromis qui est élu: Giovanni Del Monte le principal légat à Trente qui prend le nom de Jules III. Sans être un parangon de vertu, vu les mœurs du temps on peut le considérer comme modèle de retenue…
Neutre politiquement, il souhaite ne fâcher ni le Roi de France ni l’Empereur et est prêt a autoriser le reprise du concile à Trente pourvu que ce dernier ne remette pas en cause l’autorité du Siège Apostolique et ne se mêle pas de réforme de la Curie ( Même s’il ne tombe pas dans le népotisme effréné de son prédécesseur, il est sujet de quelques scandales peu reluisants)

 

Ce climat politique plus favorable incite Charles Quint à tenter de faire pression sur les Luthériens pour les faire venir à Trente. Mais les conditions posées par ceux-ci sont telles qu’ il n’y a pas de terrain d’entente possible. Et sauf l’Empereur pour des raisons politiques internes, personne ne le souhaite vraiment.[2]

La guerre entre Henri II de France qui a succédé à François Ier le et Charles Quint vint mettre la pagaille là où c’était déjà le désordre et tout le monde se trouva brouillé avec tout le monde.

 

C’est au milieu de ce chaos que va s’ouvrir l’éphémère seconde session du Concile de Trente.

 

[1] John O’Malley: le concile de Trente, p172 Editions Lessius Paris 2013
[2] Les conditions sont: Considérer toutes les décisions prises à la première session comme nulles et non avenues; de pouvoir voter au même titre que les évêques; de fonder toutes les décisions sur les Ecritures; et que l’assemblée ne soit sous la présidence ni du Pape ni de ses légats. (John O’Malley op.cit.)

Le concile de Trente I_Première session

 

 Première période: Huit sessions, du 13 décembre 1545 au 17 septembre 1547

 

Etat politique
Charles V d’Espagne, après une guerre sans bénéfice avec François 1er lance une guerre contre la ligue de Smalkalde [1] et persuade la Pape Paul III de s’allier à lui, espérant en cas de victoire obliger les Luthériens à venir au Concile.
La durée de la guerre et sa conclusion vont faire échouer ce projet.

A la fin de son pontificat (1549) alors qu’il négocie avec l’Empereur la suspension du concile, le Pape va tenter de monter une ligue contre lui comprenant la France, la Suisse, de nombreuses villes italiennes et parle même de relancer les Turcs contre Vienne !

Etat religieux:
La chrétienté est profondément divisée avec d’un côté l’Empereur, le pape, et l’Angleterre et de l’autre la ligue de Smalkalde soutenue par le roi de France.
A l’ouverture du concile il y a seulement quatre Cardinaux (dont les trois légats) quatre archevêques, vingt et un évêques (un Anglais, un Français, un germanique, quatre Espagnols et quatorze Italiens) et les cinq supérieurs d’Ordres Mendiants. Calvin plaisantera à ce sujet : « Si c’était seulement un synode provincial, ils devraient avoir honte de se trouver si peu [2]« 

 

Le concile:
Les Pères conciliaires qui se réunissent pour cette première session, comme leurs théologiens, ont été témoins de la rupture avec Luther. Mais formés à l’école humaniste ils espèrent pouvoir concilier une condamnation des « erreurs » des réformateurs sans condamner les réformateurs eux-mêmes.
Le légat qui ouvre la première session précise les buts de la réunion : exaltation de la foi et de la religion chrétienne, extirpation des hérésies, paix et union de l’Église, réformation du clergé, extinction des ennemis du christianisme.
Tous les aspects de l’Église sont visés.
Rapidement, les Pères conciliaires entendent s’affranchir de la tutelle impériale. Contre Charles Quint qui entendait les limiter aux abus ecclésiastiques, ils se saisissent également des questions dogmatiques. Ils décident également de se saisir ensemble des questions de réforme nécessaires qui en résulteraient.
Devant leur audace, Paul III s’inquiète, alors que ses relations avec l’Empereur se tendent.
Les Pères condamnent les doctrines protestantes cherchant à préciser la doctrine catholique face à la doctrine protestante d’une façon très tranchée :
  • le 8 avril 1546, décret sur la réception des livres saints et des traditions.
  • le 17 juin, décret sur le péché originel.
  • le 13 janvier 1547, décret sur la justification
  • et le 3 Mars 1547, décret sur les sacrements [3]
Ils ne réussissent pas cependant à faire advenir la réforme de la tête tellement souhaitée –et si nécessaire.
En 1547, les protestations répétées et violentes des prélats allemands envers l’autorité papale amenèrent les légats à faire courir le bruit que la peste était aux portes de la ville.
Giovanni Maria Del Monte, légat pontifical et secrétaire du concile, fait transférer le concile à Bologne, plus au centre de l’Italie, et en territoire pontifical. Furieux, Charles Quint interdit à ses prélats de quitter Trente, et déclare invalide le transfert.
Dès lors, les sessions tenues à Bologne sont purement formelles. Les pères conciliaires, uniquement Italiens, prennent soin de ne prendre aucune décision, qui serait contestée par l’Empereur : aucun décret n’est voté pendant cette session. Parallèlement, Charles Quint ne fait pas poursuivre les travaux aux prélats allemands restés à Trente.

 

Le pape met donc fin à cette première série de réunion qui a compté jusqu’à 70 votants le 17 septembre 1549.
Il meurt peu après (le 10 novembre 1549).

 

[1] Le 27 février 1531, différentes principautés et villes d’Allemagne constituent à Smalkalde, en Thuringe, une ligue destinée à tenir tête à l’empereur Charles Quint. Les ligueurs, tous protestants de confession luthérienne, entendent avant tout préserver leur liberté religieuse. Pour cela, ils ne craignent pas de solliciter l’aide du très catholique roi de France.
Après la paix de Crépy-en-Laonnois conclue en 1544 avec François 1er, l’empereur décide d’en finir avec la ligue. Après une victoire des troupes impériales à Mühlberg, en 1547, le landgrave fait sa soumission tandis que l’Électeur est déposé et remplacé par son rival Maurice de Saxe.
Malgré ce succès, Charles Quint va devoir se résigner à la division religieuse de l’Allemagne. (Paix d’Augsbourg en 1555)
[2] Jean Calvin: « Les actes du concile de Trente avec le remède contre le poison » (1547)
[3] Pour le détail du texte des décrets voir : http://nouvl.evangelisation.free.fr/concile_de_trente.htm

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Le concile de Trente I_ Avant le concile

Avant le concile

Etat politique

Dans la Bulle que, plus tard, il devait envoyer au concile de Trente, Paul III résumerait parfaitement la situation lors de son arrivée au trône pontifical: « En ces jours-là, tout était plein de haines et de dissensions. Partout s’opposaient les uns aux autres les princes à qui Dieu confia le gouvernement. L’unité du nom chrétien était disloquée par les schismes et les hérésies. Les Turcs, par mer et par terre, progressaient; Rhodes était perdue, la Hongrie dévastée, l’Italie menacée, comme l’Autriche et la Slavonie. La colère divine s’abattait sur nous tous pécheurs. »

L’irruption du protestantisme, c’est-à-dire d’un grand nombre de chrétiens qui ne reconnaissent plus l’autorité de l’Église, complique le jeu délicat qui se joue depuis Constantin entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel. Le Saint-Empire romain germanique est concerné au premier chef. L’Appel à la noblesse chrétienne de la nation allemande que Luther publie en 1520 encourage l’élite du pays à se séparer de Rome. L’indépendance religieuse que propose Luther apparaît aux princes allemands comme le complément de leur indépendance vis-à-vis de l’empereur et du pape.

En 1547, Charles Quint, empereur, remporte une victoire militaire à Mühlberg contre une coalition commandée par l’électeur de Saxe, protecteur de Luther. Mais Charles Quint n’avait vaincu que par les armes des États qui s’étaient réunis au nom de la foi.
La paix d’Augsbourg signée entre les États du Nord et Ferdinand Ier en 1555, consacre le principe  » « Cujus regio, ejus religio  » (A chaque région sa religion ), c’est-à-dire que la religion du peuple est la religion de son prince.

 

Etat religieux

Déjà Innocent III en convoquant le 4° concile du Latran (Latran IV du 11 au 30 novembre 1215) était persuadé que La réforme des mœurs du clergé et de la discipline des laïcs étaient la solution à tout succès d’une hérésie[1].

Le nouveau pape, Clément VII, un Médicis, a peur du concile pour lui-même (il est de naissance illégitime et a été élu grâce à sa puissance financière) et il a peur d’une contestation du pouvoir monarchique du pape.

Le 5° concile du Latran (Latran V du 3 mai 1512 au 16 mars 1517) est réuni pour répondre aux français qui réclamaient une certaine indépendance de l’Eglise de France (gallicanisme) était complètement dans la main du pape Dans le sermon d’ouverture du concile, le supérieur général des Augustins, Gilles de Viterbe, fait une description hélas réaliste des abus de la Curie et des bénéficiers.

Ce concile entame une timide réforme de la Curie romaine: il déclare nulle et non avenue toute élection papale entachée de simonie, rappelle les cardinaux à leurs devoirs et tente de limiter les tarifs pratiqués par la Curie. En ce qui concerne le clergé, il fixe de nouveau un âge minimal pour les évêques (30 ans), interdit la commende[2], le cumul de bénéfices, et restreint certaines exemptions.

En fait la pratique des Papes elle-même est en contravention avec ces beaux principes: le premier acte du pontificat de Paul III qui convoquera le concile est de créer Cardinaux deux de ses petits-enfants (il est père de quatre enfants) âgés de 14 ans. Et les Papes suivants s’ils sont plus vertueux dans leur vie privée n’hésitent pas à promouvoir leurs proches.

Cela peut paraître des cancans plus dignes de « Closer » que d’une chronique sur l’histoire de l’Eglise, mais il se trouve que l’action des Papes sur la « mécanique » du concile consistera à éviter tout article de réforme de la curie romaine en grande partie pour préserver les privilèges qui leurs permettent d’enrichir leurs familles.

A l’orée de ce Concile, même si -au moins au début- elle désire trouver un terrain d’entente avec les Protestants, la papauté doit accepter la réalité. Les pays latins, la France, l’Autriche, la Pologne et la Hongrie restent dans le giron du catholicisme, mais la plus grande partie de l’Europe du Nord et une majorité d’États allemands basculent du côté du protestantisme.

 

Pourquoi ce concile ?

Le Concile fut convoqué par le pape Paul III suite aux demandes insistantes de Charles Quint, Empereur du Saint Empire Germanique en 1542, pour entreprendre la réforme de l’Église catholique face à la Réforme protestante qui menaçait l’unité de ses états.

Le défi de Luther était de deux ordres:

  • Le premier concerne la façon dont nous sommes sauvés. Et pour Luther avant d’être une question théologique c’est une question existentielle et personnelle:  » Comment puis-je trouver un Dieu miséricordieux ? » Sa réponse sera par la foi seule tirée de l’Ecriture seule
  • Le second défi est d’ordre pratique: réforme des diverses fonctions ecclésiastique et des pratiques religieuses

Le concile de Trente est conçu au départ pour dialoguer avec les Protestants appelés de façon générique « les luthériens » et si possible les ramener dans l’ Eglise Catholique. Mais le temps du dialogue est passé et les conditions mises par les « luthériens » à leur venue est incompatible avec les projets de Rome.

Le concile va donc être conçu comme une instance de condamnation des « luthériens ». Quant à la réforme de l’église, le pape fait de la réforme de la curie un domaine réservé (pour un tas de mauvaises raisons exposées plus haut)

Le but déclaré du concile sera donc « l’éradication des hérésies et la réforme du clergé et du peuple chrétien » avec véto absolu contre toute tentative de traiter de la question de l’autorité du siège apostolique. Le fantômes du conciliarisme[4] du Concile de Constance étant encore très présent

 

Mais, en raison des guerres et du contexte politique, le Concile comporta trois grandes périodes: de 1545 à 1549, (le Concile fut transporté provisoirement à Bologne en 1547), puis de 1551 à 1552 sous le pontificat de Jules III, (mais sans représentant français). De nouveau suspendu, pendant dix ans de 1552 à 1562 à la suite de l’invasion de l’Allemagne méridionale par les troupes protestantes, sa dernière période, de 1562 à 1563, eut lieu sous le pontificat de Pie IV.

 

 

[2] Dans le régime de la commende, un ecclésiastique ou un laïc tient une abbaye ou un prieuré « in commendam« , c’est-à-dire en percevant personnellement les revenus de celui-ci.
[4]    Le conciliarisme est une théorie ecclésiologique qui affirme qu’un concile œcuménique a autorité suprême dans l’Église catholique, autrement dit qu’un concile général d’évêques constitue une instance supérieure au pape. Si la question de la prééminence est discutée dès les premiers temps de l’Église, cette théorie apparaît surtout lors du grand schisme d’Occident (1378 – 1417), avant d’être finalement condamnée lors du premier concile œcuménique du Vatican en 1870 (constitution dogmatique Pastor æternus), puis à nouveau rejetée lors du concile Vatican II (constitution dogmatique Lumen gentium, promulguée le 21 novembre 1964). (https://fr.wikipedia.org/wiki/Conciliarisme)

Eglise et Unité VI: un siècle de réformes 1450-1550 (7 ème partie)

Dans le cadre des conférences données à Rouen pour commémorer le début de la réforme le Pasteur Luc Réaux de l’Eglise Evangélique Protestante du Buisson Ardent nous a présenté la réforme radicale.
C’est le début de sa conférence que je reproduit ici avec son aimable autorisation dont je le remercie.
Geo

 

La Réforme radicale au XVI° siècle
Une tentative de retour aux sources à l’ombre de la Réforme magistérielle

             

 Introduction

La réforme radicale adhère à tous les « soli » de la Réforme y compris le sacerdoce universel.
Ce qu’elle reproche aux luthériens et aux réformés, c’est de s’arrêter en route, de ne pas aller jusqu’au bout de leurs principes.
Elle entend aller plus loin qu’eux.
La réforme radicale recrute beaucoup parmi les artisans, les ouvriers spécialisés, les techniciens, les ingénieurs.
« Elle a été abominablement persécutée, aussi bien par les catholiques que par les luthériens et les réformés« (André Gounelle).

 

Un radical lié à Luther, Thomas Münzer (1489-1525)

Il a étudié la théologie à l’université de Leipzig. Il est pourvu d’une charge de prêtre auxiliaire dans la ville d’Halle (Saxe-Anhalt)
Il se rallie à Luther à Leipzig en 1519 qui le nomme pasteur à Zwickau en Saxe en 1520 mais ses idées sur la nécessité d’une révolution sociale le séparent de Luther. Très vite, il veut atteindre la masse des analphabètes
En 1521, il rédige le Manifeste de Prague dont voici un extrait :
« … Ce sont eux, les seigneurs qui se goinfrent et boivent comme des bêtes et festoient et cherchent  jour et nuit le moyen de s’empiffrer et d’accumuler les prébendes, (Ezéchiel 34).
Ils ne sont pas comme le Christ, Notre Seigneur bien-aimé, lequel se compare  à une poule qui réchauffe ses petits, (Matthieu 23). Ils ne dispensent pas non plus aux hommes désespérés et abandonnés le lait de la fontaine intarissable de l’exhortation divine. Car ils n’ont pas fait l’expérience de la foi. Ils sont comme la cigogne qui ramasse les grenouilles dans les prairies et les marais pour les recracher ensuite toutes crues à ses petits restés au nid.
C’est ainsi que sont ces prêtres avides de profits et percepteurs de rentes, qui ingurgitent
les paroles mortes de l’Ecriture pour déverser ensuite sur le pauvre, pauvre et juste peuple la lettre et la foi non éprouvée, laquelle ne vaut pas un pou. Ainsi, par leur faute, plus personne n’est sûr du salut de son âme. Car ces mêmes valets de Belzébuth ne font rien d’autre que mettre à l’encan des fragments de la sainte Ecriture. Hélas ! L’homme ne sait pas s’il mérite la haine ou l’amour de Dieu. »

 

Son acceptation de la violence

Il s’associe à la révolte des Paysans et participe à la rédaction des « Douze Articles » ou « manifeste de Memmingen », plateforme revendicative qui veut alléger les fardeaux pesants, mettre fin aux enrichissements illégaux et démocratiser la vie des communes.

La forme se veut respectueuse:
« Si une forêt n’a pas été achetée honnêtement, on devra s’arranger avec le détenteur dans un esprit de fraternité chrétienne.
Lorsqu’il s’agit d’un bien d’abord accaparé et vendu à un tiers par la suite, il faudra trouver un arrangement conforme à la situation et inspiré par l’amour fraternel et par l’Ecriture sainte. »
Le douzième article n’est pas sans intérêt !
« Voici notre conclusion et notre avis final : Si un ou plusieurs articles ici proposés n’étaient pas conformes à la parole de Dieu, (ce que nous ne pensons pas) et si on nous expliquait par l’Ecriture,
qu’ils sont contraires à la parole de Dieu, nous y renoncerions.
Si on admettait maintenant plusieurs articles et que l’on trouvât par la suite qu’ils fussent iniques,
ils devraient être considérés aussitôt sans valeur et déclarés nuls et non avenus.
De même, si on découvrait dans l’Ecriture encore d’autres articles qui feraient apparaître
des choses contraires à Dieu et nuisibles au prochain, nous voulons nous le réserver.
 Nous voulons nous exercer dans toute la doctrine chrétienne et l’appliquer.
Nous prions Dieu le Seigneur de nous accorder ce que lui seul peut nous accorder.
Que la paix du Christ soit avec nous tous. »

 

Plusieurs penseurs révolutionnaires se sont réclamés de Thomas Münzer: en 1850, Friedrich Engels dans son ouvrage la Guerre des paysans en Allemagne « fait de Thomas Münzer le héros d’un communisme primitif précurseur du communisme scientifique… » (Élie Barnavi).
En 1921, Ernst Bloch écrit le livre « Thomas Münzer, Théologien de la Révolution » dans lequel
il essaie de donner un point de vue un peu plus neutre que ses prédécesseurs.
En République démocratique allemande, son effigie orna le billet de 5 marks. Le parti communiste d’Allemagne de l’Est décida en 1973 d’édifier en sa mémoire un musée panoramique sur le lieu même où il livra son dernier combat et où 5000 paysans furent massacrés. Inauguré en septembre 1989, il contient une toile de 1 800 m2 de Werner Tübke intitulée: « Première révolution bourgeoise en Allemagne. »

 

 Un radical lié à Zwingli, Conrad Grebel (1498–1526)

Il a été éduqué à Bâle, Vienne et Paris
En 1521, il s’associe au groupe de Huldrych Zwingli
En 1523, il se sépare de Zwingli car il veut abolir plus vite que lui la Messe et ses abus

Le second sujet de division est celui du baptême des enfants

Contrairement à Thomas Münzer, il est farouchement pacifiste

Il a (n’a) écrit (que) 69 lettres de septembre 1517 à juillet 1525, trois poèmes, une pétition au conseil de Zürich et le pamphlet contre le baptême des enfants.
Pourtant, Il est considéré comme le père des Anabaptistes.

 

Le baptême, aspect historique
Le conseil municipal de Zürich vote en faveur de Zwingli et du baptême des enfants
Il ordonne le baptême de tous les enfants non encore baptisés. Grebel refuse (il a lui-même une fille Isabella qui n’est pas baptisée).
Il réunit son groupe chez Felix Manz, autre réformateur radical, le 21 janvier 1523, date qui est considérée comme celle de la fondation de l’anabaptisme.
Après cette rencontre dans laquelle il y eut plusieurs baptêmes, les participants partent évangéliser dans diverses villes.
La répression est sévère. On les noie dans le lac avec une sentence à l’humour sinistre :
« ils ont pêché par l’eau, ils seront punis par l’eau. »

 

Le baptême, aspect théologique
Grebel dit à Zwingli : »Quel passage du Nouveau Testament t’autorise à baptiser les bébés ?
On doit interdire tout ce que la Bible ne commande pas expressément « 
Zwingli répond : »Quel passage du Nouveau Testament me défend de baptiser les enfants ?
Tu transformes le silence de la Bible en interdiction« 

 

Zwingli veut supprimer ce à quoi s’oppose l’enseignement biblique (Réformation)
Grebel veut que tout soit fondé sur des textes bibliques (Restitution).

 

La Confession de Schleitheim (1527) veut se démarquer de diverses dérives (hérésies et mœurs).
Elle est le texte fondateur de ce groupe d’anabaptistes que l’on appelle les Frères Suisses.
En voici les sept points :

 

1 – Interdiction du baptême infantile
2 – « meidung » : mise à l’écart du frère ou de la sœur -Chrétien(ne)- « tombé(e) dans l’erreur ».
     Ceux qui tombent dans le péché devraient être avertis deux fois dans le secret,
     mais au troisième délit ils devraient être excommunié(e)
3 – « unité de cœur » lors de la Sainte Cène (comprendre que des exclusions ont précédé la communion)
4 – Séparation d’avec le Mal : comprendre une séparation complète d’avec toutes les institutions politiques et toutes les églises « de la multitude » (catholique et protestante) ; interdiction de faire la guerre
5 – Nomination de pasteurs qui peuvent prononcer des admonestations et des exclusions
6 – Interdiction d’user de l’épée, c’est-à-dire de participer à l’institution judiciaire
     à quelque titre que ce soit (juge, témoin, plaignant)
7 – Interdiction du serment

 

 Menno Simons (1496-1561) est le fondateur du mouvement mennonite

Ordonné prêtre à Utrecht en 1524, devient vicaire à Pingjum (Frise – Pays Bas).
De 1526 et 1531, prêcheur « évangélique » sans quitter l’Église catholique
En 1534, son écrit « La Résurrection Spirituelle » est de facture anabaptiste

 

Les violences liées à la prise du monastère d’Oldeklooster en avril 1535 et à l’établissement d’une « république théocratique » par Jan van Leyden à Münster le marquent. Il s’oppose au projet münsterite d’établir le royaume de Dieu sur terre par le glaive.

En janvier 1536, il quitte ses fonctions ecclésiastiques et travaille jusqu’à la fin de sa vie à rassembler les fidèles anabaptistes dans une voie non-violente.

Eglise et Unité VI: un siècle de réformes 1450-1550 (6 ème partie)

A regarder les évènements dans leur masse et non dans le détail, il appert  qu’il n’y a pas à opposer des gentils protestants contre des méchants catholiques.

Il y a à saisir que deux projets de sociétés qui s’opposent, l’un se nourrissant d’expériences autonomes -et ce seront les réformes « protestantes »-, l’autre préférant le renforcement des pouvoirs centraux -et ce sera le concile de Trente qui est un concile de réforme plus que de « contre-réforme » même si c’est l’apparition du protestantisme qui le questionne-.

Nous avons vu dans les chapitres précédents le contexte de crise dans lequel la réforme va se développer. Il n’en reste pas moins qu’une poignée d’hommes qui veulent  soit réformer l’église catholique soit la remplacer vont convaincre environ la moitié des pays d’Europe occidentale de la justesse de leurs doctrines.
Un second point important à noter est que ces mouvements de réformes sont  concomitants sans être forcément liés: si Bucer et Œcolampade viennent à la réforme par les écrits de Luther,  Calvin, de même que Farel et  Zwingli développent des pensées très proches mais de façon indépendante.

 

Une réforme en plusieurs modèles

La réforme au XVIe siècle s’exprime selon quatre courants :
  • la Réforme luthérienne qui, partie d’Allemagne, s’appuie sur les princes et sur certains éléments urbains, tandis qu’en Suède elle s’appuie sur l’Église et le souverain,
  • le courant réformé qui, parti de Suisse avec Zwingli et de Genève avec Calvin, dépend fortement d’un élément populaire ou du moins bourgeois,
  • la Réforme anglicane, en Angleterre, qui s’accomplit d’en haut, selon la volonté du souverain, mais qui est plus -au moins au début- une réforme de structure plus qu’une contestation théologique.
  • la Réforme radicale, partie d’éléments populaires en Allemagne et en Suisse qui, estiment que les luthériens et les réformés ne vont pas assez loin et que la réforme s’arrête à mi-chemin. Elle remet profondément en cause les dogmes et l’ecclésiologie de l’Église catholique.Seul l’anabaptisme pacifique a réellement survécu aux diverses répressions orchestrées par les institutions tout au long du xvie siècle. Ce courant apparaît d’abord en Suisse sous l’action de Grebel et Mantz. Puis, il se développe dans le Tyrol avec les huttérites. Enfin, Menno Simons donne un nouveau souffle à ce courant en l’homogénéisant quelque peu. Ce courant est devenu l’ Eglise Mennonite

Les trois premiers courants constituent la « Réforme magistérielle » parce qu’ils sont conduits par des théologiens.

Il arrive que les deux types de réforme, « Réforme magistérielle » et Réforme radicale, entrent en conflit : Luther est confronté à la révolte des paysans en 1525, Calvin combat les anabaptistes et ceux qu’il appelle les « libertins spirituels », accusés de semer le désordre social ou la zizanie.

 

La Réforme protestante, si elle se retrouve toujours dans certaines affirmations fortes (justification par la foi, importance de la grâce, primauté de la Bible sur l’institution ecclésiale), s’est prêtée historiquement à des expressions souvent contradictoires.
Faut-il parler malgré tout de la Réforme au singulier, ne vaut-il pas mieux dire les Réformes au pluriel ?
L’expression « la Réforme protestante » garde le mérite de souligner les incontestables convergences qui existent entre ces différentes sensibilités, perçues comme une richesse et non comme une faiblesse dans un monde contemporain, familier du pluralisme.

Petite biographie paralèlle des principaux réformateurs

Plusieurs étapes jalonnent la progression du luthéranisme:

  • La diète de Spire en 1529, qui voit les princes des Etats allemands gagnés à la Réforme protester (d’où le nom «protestants») contre Charles Quint qui veut leur retirer la liberté de professer leur foi, pourtant accordée en 1526.
  • La Confession d’Augsbourg

    Timbre : lecture à Charles Quint de la Confession d'Augsbourg, 1530Durant l’été 1530, Charles Quint convoque une diète à Augsbourg pour tenter une conciliation entre catholiques et protestants au sein de l’empire. Luther se fait représenter par Melanchthon (1497-1560) qui soutient une confession de foi, inspirée des idées de Luther et connue sous le nom de Confession d’Augsbourg ; qui affirme le caractère universel de la foi luthérienne. L’empereur n’accepte pas la Confession et demande aux protestants de revenir au catholicisme. Luther demande alors à Melanchthon de composer une apologie de la Confession d’Augsbourg. Charles Quint mécontent remet en vigueur l’édit de Worms contre Luther et somme les protestants de se soumettre avant le 15 avril 1531. Les électeurs de Hesse et de Saxe refusent et constituent la Ligue de Smarkalde. L’empereur accepte la trêve de Nuremberg en juillet 1532.

    En 1537, Luther rédige des thèses doctrinales, dites Articles de Smalkalde, pour préparer la position de la Réforme dans la perspective d’un concile qui ne s’ouvrira à Trente que huit ans plus tard en 1545.

  • La Paix d’Augsbourg de 1555, qui reconnaît la division confessionnelle de l’Allemagne et accorde aux Etats protestants le droit de professer leur foi, et impose aux individus d’embrasser la religion de leurs princes.
    Au terme de plusieurs mois de négociations, Ferdinand concède aux princes allemands, par le recès d’Augsbourg, le libre choix de leur religion, catholique ou luthérienne. Il leur donne en prime le droit d’imposer leur religion à leurs sujets selon l’adage de l’époque: « cujus regio, ejus religio » (tel prince, telle religion). Seules les villes dépendant directement de l’empereur bénéficient de la tolérance religieuse.
    Une exception importante concerne les principautés ecclésiastiques gouvernées par un évêque. Ce dernier, s’il se convertit au luthérianisme, ne peut contraindre ses sujets catholiques à se convertir ou émigrer. Réciproquement, les habitants de ces principautés ont le droit de suivre la foi de Luther. D’autre part, les protestants autres que luthériens (calvinistes, anabaptistes, zwingliens) sont exclus du compromis d’Augsbourg.

     

  • La Formule de Concorde de 1577, qui apaise les controverses internes au luthéranisme et qui, avec la Confession d’Augsbourg et d’autres textes, constitue le canon de la foi luthérienne.

La réforme se développe selon plusieurs axes

Presque en même temps que Luther à Wittenberg, Zurich devient un des principaux pôles de la Réforme. Zwingli semble avoir adopté une position réformatrice vers 1520, sans avoir été influencé par Luther. Il est soutenu dans sa volonté réformatrice par le Conseil de Zurich, rapidement convaincu par ses arguments. La réforme prônée par Zwingli, accomplie pour l’essentiel de 1524 à 1525, est très proche de celle de Luther: seule l’Ecriture fait autorité, la messe est abolie, les images supprimées dans les sanctuaires, les couvents sécularisés.

La Réforme s’étend dans la Confédération Helvétique et gagne plusieurs cantons. Une guerre civile éclate entre cantons protestants et catholiques.  En 1531, Zwingli meurt à la bataille de Cappel. Henri Bullinger poursuit à Zurich son œuvre réformatrice et conclut en 1549 avec Calvin le Consensus Tigurinus, qui contribua largement à unir les réformes de Calvin et de Zwingli dans la confession qu’on appelle aujourd’hui «réformée».

 

Après Wittenberg, Zurich et Strasbourg – qui était devenu un foyer très actif de la Réforme grâce à Martin Bucer – c’était au tour de Genève de rallier le mouvement.

Jean Calvin, originaire de Noyon en Picardie, arrive une première fois à Genève en 1536, où il fait halte alors qu’il se rend à Strasbourg. Il a rompu avec l’Eglise romaine en 1534. En mars 1536, il a publié l’Institution de la religion chrétienne, pour présenter la foi évangélique au roi François Ier. Cet ouvrage, réédité et traduit à de très nombreuses reprises, deviendra la somme théologique des « Réformés ».
Le Dauphinois Guillaume Farel presse Calvin de rester à Genève pour y organiser la Réforme, qu’il prêchait dans cette ville depuis 1532. Calvin accepte et commence à organiser la structure de l’Eglise. Mais il rencontre rapidement l’opposition du magistrat et des bourgeois sur deux points litigieux: le droit qu’il demande pour l’Eglise d’excommunier les grands pécheurs et l’obligation pour tous les citoyens de signer une profession de foi.
Le réformateur picard quitte Genève en 1538 et s’installe à Strasbourg.
En l’absence de Calvin et de Farel, qui s’est fixé à Neuchâtel, la situation se dégrade à Genève. Le magistrat demande à Calvin de revenir. Le réformateur accepte à contrecœur. Il arrive en 1541, et restera à Genève jusqu’en 1564, date de sa mort.
Il amènera les Genevois à vivre selon l’Evangile au moyen d’une discipline ecclésiastique rigoureuse et ne manquera pas de se faire de nouveaux ennemis. Mais il tiendra bon.
Son succès sera consacré en 1559 par la création d’une Académie dont la réputation se répandra rapidement dans toute l’Europe. A la mort de Calvin, Théodore de Bèze assurera la continuité de son œuvre réformatrice.

 

  • On appela en France les partisans de Luther ou de Calvin, les Huguenots. Le basculement ne sera pas de la même ampleur, il aboutira au deuxième tiers de ce siècle à une guerre de religion qui durera plus de trente ans
  • En Angleterre, c’est le pouvoir royal qui provoquera le schisme anglican et les conséquences de nombreux troubles en Irlande et en Écosse.
  • Au Danemark, l’on poussera de force les Islandais à choisir la Réforme.
  • En Allemagne, les conversions sont massives, et ont un grand écho populaire.
La querelle sur la présence réelle dans la sainte Cène 
(Voir l’article passionnant er très complet de Marc Lienhardt dans Publicroire.com.:
« Théologie et pratique de la cène : les convergences entre luthériens et réformés »
sur la foi eucharistique des Eglises réformées hier et aujourd’hui)

À partir de 1525, un sérieux conflit opposa Luther à Zwingli, le réformateur de Zurich. Le premier maintenait avec vigueur l’affirmation de la présence réelle du Christ dans la Cène. En recevant le pain et le vin, le fidèle recevait véritablement, selon Luther, le corps et le sang du Christ sacrifiés pour lui sur la croix. Les Églises luthériennes conservèrent l’autel dans les églises, la célébration régulière de la Cène tous les dimanches (du moins au XVIe siècle), l’usage de l’hostie, une attitude respectueuse des fidèles envers les éléments, qu’ils recevaient le plus souvent à genoux.

L’orientation de Zwingli était différente. À Zurich on ne célébra plus la Cène que quatre fois l’an. Zwingli lui donnait une autre signification que Luther. Il ne convenait pas, à ses yeux, de parler de présence du corps du Christ. Tout au plus le Christ était-il présent dans le souvenir de ceux qui célébraient la Cène. Par la célébration, les fidèles ne commémoraient pas seulement l’œuvre du Christ accomplie sur la croix, ils manifestaient leur engagement au service du Christ et exprimaient leur appartenance à son Église.

Calvin, le véritable père spirituel des Églises réformés, se tiendra à mi-chemin entre Luther et Zwingli. Comme Luther, il soulignait dans la Cène l’importance du lien établi par le Saint-Esprit entre le fidèle et le corps du Christ. Par ailleurs, il était loin de relativiser les signes du pain et du vin : « Il vous faut avoir cette confiance indubitable, qu’en prenant le signe du corps, nous prenons pareillement le corps« (2). Mais la localisation du corps du Christ en un ciel compris de façon locale l’empêchait d’affirmer avec force la présence réelle du Christ. Un certain spiritualisme ne lui permettait pas de lier aussi fortement que Luther le corps et le sang du Christ aux éléments. Et surtout, il ne pouvait concéder que dans la Cène, les non-croyants recevaient également le corps du Christ.

 Le colloque de Marbourg

Dans l’empire, cinq princes et quatorze villes libres, dont Strasbourg, ont adopté la Réforme.

Vienne est assiégée par les Turcs de Soliman le Magnifique en 1529. Luther est, comme le prince électeur de Saxe, Jean le Constant, très attaché à l’empire. Il ne souhaitait pas une union politique protestante mais la recherche d’une unité doctrinale lui paraissait utile : c’est l’objet du colloque de Marbourg en octobre 1529 qui aboutit à une déclaration commune mais laisse subsister des avis divergents sur l’eucharistie. Luther reste attaché à l’idée de la présence réelle, et pas seulement symbolique, du Christ dans le pain et le vin de la communion. En cela il est opposé à d’autres réformateurs, dont Ulrich Zwingli.

Ce sera le point de divergence principal entre Eglise Luthérienne et Eglise Réformée qui ne trouvera sa solution qu’avec la concorde de Leuenberg en 1973

Donc en moins de cinquante ans, un nouveau rapport de force se met en place. A la sortie du Moyen âge, le catholicisme prédominait, et voilà que pointe un nouveau visage religieux et politique de l’Europe.

Pendant l’épanouissement de la Réforme, l’Eglise catholique n’est pas restée inactive. La papauté s’est enfin décidée à convoquer un concile réformateur à Trente,

 

Sources
Lien généraux
Film sur la vie de Luther (1h58):

 

Eglise et Unité VI: un siècle de réformes 1450-1550 (5ème partie)

Un siècle de réformes 1450-1550 (4ème partie)

Les réformateurs (suite)

Johannes Hausschein dit Œcolampade

 oecolampade

  • 1482 :
    Naissance de Johannes Huszgen à Weinsberg dans le Palatinat.Rapidement, le patronyme fut interprété par des amis de la famille dans le sens de Hausschein (lumière de la maison) et hellénisé en Icolampadius ou Œcolampadius
  • 1510:
    Il est ordonné Prêtre catholique
  • 1515 :
    Collabore avec Érasme à l’édition du Nouveau Testament.
  • 1518 :

    bale

         Est nommé prédicateur à Bâle puis à Augsbourg
         Docteur en Théologie à Bâle
         Découvre les écrits de Luther.
  • 1522 :
    La même année, après s’être rallié à la Réforme, Œcolampade. se rend à Bâle où il ne tarde pas à devenir le meneur théologique du tout récent mouvement réformateur. Il  rejoint le groupe d’humanistes à l’Erbenburg autour de Sickingen.
  • 1523 :
    À Bâle, au contact d’Œcolampade, Guillaume Farel fortifie sa doctrine luthérienne.
  • 1526 – 1528 :
    Dirige le parti protestant aux disputes de Bade et de Berne.
  • 1523 :1562
    Enseignant en théologie il Entreprend des commentaires bibliques à l’université.
  • 1525 :
    Devient prêtre à Saint-Martin et achemine la ville vers l’adoption de la Réforme.
  • 1529 :
      De retour à Bâle, il fait officiellement introduire la réforme à Bâle. Il devient pasteur de la cathédrale et chef de l’église bâloise.

    cathedrale

     Dans la même année il participe au Colloque de Marbourg.
    Avec Bucer il tente d’unir les positions divergentes de Zwingli et de Luther sur la présence du Christ dans l’eucharistie. Malgré une déclaration qui prend acte des convictions communes, la division de la famille protestante en branches indépendantes est consommée.

    Œcolampade organise l’Église en réservant une place importante aux laïcs mais il ne peut faire aboutir ses idées sur une séparation de l’Église et de l’État.

    Proche des positions de Zwingli, Il se sépare des luthériens par une conception différente de la Cène. Comme Zwingli, Œcolampade défend la présence symbolique du Christ dans la Sainte-Cène et s’oppose aux luthériens qui y voient une présence réelle.Il prend une part active à l’implantation de la Réforme à Ulm, Memmingen ainsi qu’à Biberach et participe à la conversion des vaudois au protestantisme.

  • 1531:
    Œcolampade meurt à Bâle en  à l’âge de 49 ans.