Eglise et Unité VIg: un siècle de réformes 1450-1550 (7 ème partie)

Dans le cadre des conférences données à Rouen pour commémorer le début de la réforme le Pasteur Luc Réaux de l’Eglise Evangélique Protestante du Buisson Ardent nous a présenté la réforme radicale.
C’est le début de sa conférence que je reproduit ici avec son aimable autorisation dont je le remercie.
Geo

 

La Réforme radicale au XVI° siècle
Une tentative de retour aux sources à l’ombre de la Réforme magistérielle

             

 Introduction

La réforme radicale adhère à tous les « soli » de la Réforme y compris le sacerdoce universel.
Ce qu’elle reproche aux luthériens et aux réformés, c’est de s’arrêter en route, de ne pas aller jusqu’au bout de leurs principes.
Elle entend aller plus loin qu’eux.
La réforme radicale recrute beaucoup parmi les artisans, les ouvriers spécialisés, les techniciens, les ingénieurs.
« Elle a été abominablement persécutée, aussi bien par les catholiques que par les luthériens et les réformés« (André Gounelle).

 

Un radical lié à Luther, Thomas Münzer (1489-1525)

Il a étudié la théologie à l’université de Leipzig. Il est pourvu d’une charge de prêtre auxiliaire dans la ville d’Halle (Saxe-Anhalt)
Il se rallie à Luther à Leipzig en 1519 qui le nomme pasteur à Zwickau en Saxe en 1520 mais ses idées sur la nécessité d’une révolution sociale le séparent de Luther. Très vite, il veut atteindre la masse des analphabètes
En 1521, il rédige le Manifeste de Prague dont voici un extrait :
« … Ce sont eux, les seigneurs qui se goinfrent et boivent comme des bêtes et festoient et cherchent  jour et nuit le moyen de s’empiffrer et d’accumuler les prébendes, (Ezéchiel 34).
Ils ne sont pas comme le Christ, Notre Seigneur bien-aimé, lequel se compare  à une poule qui réchauffe ses petits, (Matthieu 23). Ils ne dispensent pas non plus aux hommes désespérés et abandonnés le lait de la fontaine intarissable de l’exhortation divine. Car ils n’ont pas fait l’expérience de la foi. Ils sont comme la cigogne qui ramasse les grenouilles dans les prairies et les marais pour les recracher ensuite toutes crues à ses petits restés au nid.
C’est ainsi que sont ces prêtres avides de profits et percepteurs de rentes, qui ingurgitent
les paroles mortes de l’Ecriture pour déverser ensuite sur le pauvre, pauvre et juste peuple la lettre et la foi non éprouvée, laquelle ne vaut pas un pou. Ainsi, par leur faute, plus personne n’est sûr du salut de son âme. Car ces mêmes valets de Belzébuth ne font rien d’autre que mettre à l’encan des fragments de la sainte Ecriture. Hélas ! L’homme ne sait pas s’il mérite la haine ou l’amour de Dieu. »

 

Son acceptation de la violence

Il s’associe à la révolte des Paysans et participe à la rédaction des « Douze Articles » ou « manifeste de Memmingen », plateforme revendicative qui veut alléger les fardeaux pesants, mettre fin aux enrichissements illégaux et démocratiser la vie des communes.

La forme se veut respectueuse:
« Si une forêt n’a pas été achetée honnêtement, on devra s’arranger avec le détenteur dans un esprit de fraternité chrétienne.
Lorsqu’il s’agit d’un bien d’abord accaparé et vendu à un tiers par la suite, il faudra trouver un arrangement conforme à la situation et inspiré par l’amour fraternel et par l’Ecriture sainte. »
Le douzième article n’est pas sans intérêt !
« Voici notre conclusion et notre avis final : Si un ou plusieurs articles ici proposés n’étaient pas conformes à la parole de Dieu, (ce que nous ne pensons pas) et si on nous expliquait par l’Ecriture,
qu’ils sont contraires à la parole de Dieu, nous y renoncerions.
Si on admettait maintenant plusieurs articles et que l’on trouvât par la suite qu’ils fussent iniques,
ils devraient être considérés aussitôt sans valeur et déclarés nuls et non avenus.
De même, si on découvrait dans l’Ecriture encore d’autres articles qui feraient apparaître
des choses contraires à Dieu et nuisibles au prochain, nous voulons nous le réserver.
 Nous voulons nous exercer dans toute la doctrine chrétienne et l’appliquer.
Nous prions Dieu le Seigneur de nous accorder ce que lui seul peut nous accorder.
Que la paix du Christ soit avec nous tous. »

 

Plusieurs penseurs révolutionnaires se sont réclamés de Thomas Münzer: en 1850, Friedrich Engels dans son ouvrage la Guerre des paysans en Allemagne « fait de Thomas Münzer le héros d’un communisme primitif précurseur du communisme scientifique… » (Élie Barnavi).
En 1921, Ernst Bloch écrit le livre « Thomas Münzer, Théologien de la Révolution » dans lequel
il essaie de donner un point de vue un peu plus neutre que ses prédécesseurs.
En République démocratique allemande, son effigie orna le billet de 5 marks. Le parti communiste d’Allemagne de l’Est décida en 1973 d’édifier en sa mémoire un musée panoramique sur le lieu même où il livra son dernier combat et où 5000 paysans furent massacrés. Inauguré en septembre 1989, il contient une toile de 1 800 m2 de Werner Tübke intitulée: « Première révolution bourgeoise en Allemagne. »

 

 Un radical lié à Zwingli, Conrad Grebel (1498–1526)

Il a été éduqué à Bâle, Vienne et Paris
En 1521, il s’associe au groupe de Huldrych Zwingli
En 1523, il se sépare de Zwingli car il veut abolir plus vite que lui la Messe et ses abus

Le second sujet de division est celui du baptême des enfants

Contrairement à Thomas Münzer, il est farouchement pacifiste

Il a (n’a) écrit (que) 69 lettres de septembre 1517 à juillet 1525, trois poèmes, une pétition au conseil de Zürich et le pamphlet contre le baptême des enfants.
Pourtant, Il est considéré comme le père des Anabaptistes.

 

Le baptême, aspect historique
Le conseil municipal de Zürich vote en faveur de Zwingli et du baptême des enfants
Il ordonne le baptême de tous les enfants non encore baptisés. Grebel refuse (il a lui-même une fille Isabella qui n’est pas baptisée).
Il réunit son groupe chez Felix Manz, autre réformateur radical, le 21 janvier 1523, date qui est considérée comme celle de la fondation de l’anabaptisme.
Après cette rencontre dans laquelle il y eut plusieurs baptêmes, les participants partent évangéliser dans diverses villes.
La répression est sévère. On les noie dans le lac avec une sentence à l’humour sinistre :
« ils ont pêché par l’eau, ils seront punis par l’eau. »

 

Le baptême, aspect théologique
Grebel dit à Zwingli : »Quel passage du Nouveau Testament t’autorise à baptiser les bébés ?
On doit interdire tout ce que la Bible ne commande pas expressément « 
Zwingli répond : »Quel passage du Nouveau Testament me défend de baptiser les enfants ?
Tu transformes le silence de la Bible en interdiction« 

 

Zwingli veut supprimer ce à quoi s’oppose l’enseignement biblique (Réformation)
Grebel veut que tout soit fondé sur des textes bibliques (Restitution).

 

La Confession de Schleitheim (1527) veut se démarquer de diverses dérives (hérésies et mœurs).
Elle est le texte fondateur de ce groupe d’anabaptistes que l’on appelle les Frères Suisses.
En voici les sept points :

 

1 – Interdiction du baptême infantile
2 – « meidung » : mise à l’écart du frère ou de la sœur -Chrétien(ne)- « tombé(e) dans l’erreur ».
     Ceux qui tombent dans le péché devraient être avertis deux fois dans le secret,
     mais au troisième délit ils devraient être excommunié(e)
3 – « unité de cœur » lors de la Sainte Cène (comprendre que des exclusions ont précédé la communion)
4 – Séparation d’avec le Mal : comprendre une séparation complète d’avec toutes les institutions politiques et toutes les églises « de la multitude » (catholique et protestante) ; interdiction de faire la guerre
5 – Nomination de pasteurs qui peuvent prononcer des admonestations et des exclusions
6 – Interdiction d’user de l’épée, c’est-à-dire de participer à l’institution judiciaire
     à quelque titre que ce soit (juge, témoin, plaignant)
7 – Interdiction du serment

 

 Menno Simons (1496-1561) est le fondateur du mouvement mennonite

Ordonné prêtre à Utrecht en 1524, devient vicaire à Pingjum (Frise – Pays Bas).
De 1526 et 1531, prêcheur « évangélique » sans quitter l’Église catholique
En 1534, son écrit « La Résurrection Spirituelle » est de facture anabaptiste

 

Les violences liées à la prise du monastère d’Oldeklooster en avril 1535 et à l’établissement d’une « république théocratique » par Jan van Leyden à Münster le marquent. Il s’oppose au projet münsterite d’établir le royaume de Dieu sur terre par le glaive.

En janvier 1536, il quitte ses fonctions ecclésiastiques et travaille jusqu’à la fin de sa vie à rassembler les fidèles anabaptistes dans une voie non-violente.

Eglise et unité VIIa_ Avant le concile de Trente

Avant le concile

Etat politique

Dans la Bulle que, plus tard, il devait envoyer au concile de Trente, Paul III résumerait parfaitement la situation lors de son arrivée au trône pontifical: « En ces jours-là, tout était plein de haines et de dissensions. Partout s’opposaient les uns aux autres les princes à qui Dieu confia le gouvernement. L’unité du nom chrétien était disloquée par les schismes et les hérésies. Les Turcs, par mer et par terre, progressaient; Rhodes était perdue, la Hongrie dévastée, l’Italie menacée, comme l’Autriche et la Slavonie. La colère divine s’abattait sur nous tous pécheurs. »

L’irruption du protestantisme, c’est-à-dire d’un grand nombre de chrétiens qui ne reconnaissent plus l’autorité de l’Église, complique le jeu délicat qui se joue depuis Constantin entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel. Le Saint-Empire romain germanique est concerné au premier chef. L’Appel à la noblesse chrétienne de la nation allemande que Luther publie en 1520 encourage l’élite du pays à se séparer de Rome. L’indépendance religieuse que propose Luther apparaît aux princes allemands comme le complément de leur indépendance vis-à-vis de l’empereur et du pape.

En 1547, Charles Quint, empereur, remporte une victoire militaire à Mühlberg contre une coalition commandée par l’électeur de Saxe, protecteur de Luther. Mais Charles Quint n’avait vaincu que par les armes des États qui s’étaient réunis au nom de la foi.
La paix d’Augsbourg signée entre les États du Nord et Ferdinand Ier en 1555, consacre le principe  » « Cujus regio, ejus religio  » (A chaque région sa religion ), c’est-à-dire que la religion du peuple est la religion de son prince.

 

Etat religieux

Déjà Innocent III en convoquant le 4° concile du Latran (Latran IV du 11 au 30 novembre 1215) était persuadé que La réforme des mœurs du clergé et de la discipline des laïcs étaient la solution à tout succès d’une hérésie[1].

Le nouveau pape, Clément VII, un Médicis, a peur du concile pour lui-même (il est de naissance illégitime et a été élu grâce à sa puissance financière) et il a peur d’une contestation du pouvoir monarchique du pape.

Le 5° concile du Latran (Latran V du 3 mai 1512 au 16 mars 1517) est réuni pour répondre aux français qui réclamaient une certaine indépendance de l’Eglise de France (gallicanisme) était complètement dans la main du pape Dans le sermon d’ouverture du concile, le supérieur général des Augustins, Gilles de Viterbe, fait une description hélas réaliste des abus de la Curie et des bénéficiers.

Ce concile entame une timide réforme de la Curie romaine: il déclare nulle et non avenue toute élection papale entachée de simonie, rappelle les cardinaux à leurs devoirs et tente de limiter les tarifs pratiqués par la Curie. En ce qui concerne le clergé, il fixe de nouveau un âge minimal pour les évêques (30 ans), interdit la commende[2], le cumul de bénéfices, et restreint certaines exemptions.

En fait la pratique des Papes elle-même est en contravention avec ces beaux principes: le premier acte du pontificat de Paul III qui convoquera le concile est de créer Cardinaux deux de ses petits-enfants (il est père de quatre enfants) âgés de 14 ans. Et les Papes suivants s’ils sont plus vertueux dans leur vie privée n’hésitent pas à promouvoir leurs proches.

Cela peut paraître des cancans plus dignes de « Closer » que d’une chronique sur l’histoire de l’Eglise, mais il se trouve que l’action des Papes sur la « mécanique » du concile consistera à éviter tout article de réforme de la curie romaine en grande partie pour préserver les privilèges qui leurs permettent d’enrichir leurs familles.

A l’orée de ce Concile, même si -au moins au début- elle désire trouver un terrain d’entente avec les Protestants, la papauté doit accepter la réalité. Les pays latins, la France, l’Autriche, la Pologne et la Hongrie restent dans le giron du catholicisme, mais la plus grande partie de l’Europe du Nord et une majorité d’États allemands basculent du côté du protestantisme.

 

Pourquoi ce concile ?

Le Concile fut convoqué par le pape Paul III suite aux demandes insistantes de Charles Quint, Empereur du Saint Empire Germanique en 1542, pour entreprendre la réforme de l’Église catholique face à la Réforme protestante qui menaçait l’unité de ses états.

Le défi de Luther était de deux ordres:

  • Le premier concerne la façon dont nous sommes sauvés. Et pour Luther avant d’être une question théologique c’est une question existentielle et personnelle:  » Comment puis-je trouver un Dieu miséricordieux ? » Sa réponse sera par la foi seule tirée de l’Ecriture seule
  • Le second défi est d’ordre pratique: réforme des diverses fonctions ecclésiastique et des pratiques religieuses

Le concile de Trente est conçu au départ pour dialoguer avec les Protestants appelés de façon générique « les luthériens » et si possible les ramener dans l’ Eglise Catholique. Mais le temps du dialogue est passé et les conditions mises par les « luthériens » à leur venue est incompatible avec les projets de Rome.

Le concile va donc être conçu comme une instance de condamnation des « luthériens ». Quant à la réforme de l’église, le pape fait de la réforme de la curie un domaine réservé (pour un tas de mauvaises raisons exposées plus haut)

Le but déclaré du concile sera donc « l’éradication des hérésies et la réforme du clergé et du peuple chrétien » avec véto absolu contre toute tentative de traiter de la question de l’autorité du siège apostolique. Le fantômes du conciliarisme[4] du Concile de Constance étant encore très présent

 

Mais, en raison des guerres et du contexte politique, le Concile comporta trois grandes périodes: de 1545 à 1549, (le Concile fut transporté provisoirement à Bologne en 1547), puis de 1551 à 1552 sous le pontificat de Jules III, (mais sans représentant français). De nouveau suspendu, pendant dix ans de 1552 à 1562 à la suite de l’invasion de l’Allemagne méridionale par les troupes protestantes, sa dernière période, de 1562 à 1563, eut lieu sous le pontificat de Pie IV.

 

 

[2] Dans le régime de la commende, un ecclésiastique ou un laïc tient une abbaye ou un prieuré « in commendam« , c’est-à-dire en percevant personnellement les revenus de celui-ci.
[4]    Le conciliarisme est une théorie ecclésiologique qui affirme qu’un concile œcuménique a autorité suprême dans l’Église catholique, autrement dit qu’un concile général d’évêques constitue une instance supérieure au pape. Si la question de la prééminence est discutée dès les premiers temps de l’Église, cette théorie apparaît surtout lors du grand schisme d’Occident (1378 – 1417), avant d’être finalement condamnée lors du premier concile œcuménique du Vatican en 1870 (constitution dogmatique Pastor æternus), puis à nouveau rejetée lors du concile Vatican II (constitution dogmatique Lumen gentium, promulguée le 21 novembre 1964). (https://fr.wikipedia.org/wiki/Conciliarisme)

Eglise et unité VIIb_Le concile de Trente_Première session

 

 Première période: Huit sessions, du 13 décembre 1545 au 17 septembre 1547

 

Etat politique
Charles V d’Espagne, après une guerre sans bénéfice avec François 1er lance une guerre contre la ligue de Smalkalde [1] et persuade la Pape Paul III de s’allier à lui, espérant en cas de victoire obliger les Luthériens à venir au Concile.
La durée de la guerre et sa conclusion vont faire échouer ce projet.

A la fin de son pontificat (1549) alors qu’il négocie avec l’Empereur la suspension du concile, le Pape va tenter de monter une ligue contre lui comprenant la France, la Suisse, de nombreuses villes italiennes et parle même de relancer les Turcs contre Vienne !

Etat religieux:
La chrétienté est profondément divisée avec d’un côté l’Empereur, le pape, et l’Angleterre et de l’autre la ligue de Smalkalde soutenue par le roi de France.
A l’ouverture du concile il y a seulement quatre Cardinaux (dont les trois légats) quatre archevêques, vingt et un évêques (un Anglais, un Français, un germanique, quatre Espagnols et quatorze Italiens) et les cinq supérieurs d’Ordres Mendiants. Calvin plaisantera à ce sujet : « Si c’était seulement un synode provincial, ils devraient avoir honte de se trouver si peu [2]« 

 

Le concile:
Les Pères conciliaires qui se réunissent pour cette première session, comme leurs théologiens, ont été témoins de la rupture avec Luther. Mais formés à l’école humaniste ils espèrent pouvoir concilier une condamnation des « erreurs » des réformateurs sans condamner les réformateurs eux-mêmes.
Le légat qui ouvre la première session précise les buts de la réunion : exaltation de la foi et de la religion chrétienne, extirpation des hérésies, paix et union de l’Église, réformation du clergé, extinction des ennemis du christianisme.
Tous les aspects de l’Église sont visés.
Rapidement, les Pères conciliaires entendent s’affranchir de la tutelle impériale. Contre Charles Quint qui entendait les limiter aux abus ecclésiastiques, ils se saisissent également des questions dogmatiques. Ils décident également de se saisir ensemble des questions de réforme nécessaires qui en résulteraient.
Devant leur audace, Paul III s’inquiète, alors que ses relations avec l’Empereur se tendent.
Les Pères condamnent les doctrines protestantes cherchant à préciser la doctrine catholique face à la doctrine protestante d’une façon très tranchée :
  • le 8 avril 1546, décret sur la réception des livres saints et des traditions.
  • le 17 juin, décret sur le péché originel.
  • le 13 janvier 1547, décret sur la justification
  • et le 3 Mars 1547, décret sur les sacrements [3]
Ils ne réussissent pas cependant à faire advenir la réforme de la tête tellement souhaitée –et si nécessaire.
En 1547, les protestations répétées et violentes des prélats allemands envers l’autorité papale amenèrent les légats à faire courir le bruit que la peste était aux portes de la ville.
Giovanni Maria Del Monte, légat pontifical et secrétaire du concile, fait transférer le concile à Bologne, plus au centre de l’Italie, et en territoire pontifical. Furieux, Charles Quint interdit à ses prélats de quitter Trente, et déclare invalide le transfert.
Dès lors, les sessions tenues à Bologne sont purement formelles. Les pères conciliaires, uniquement Italiens, prennent soin de ne prendre aucune décision, qui serait contestée par l’Empereur : aucun décret n’est voté pendant cette session. Parallèlement, Charles Quint ne fait pas poursuivre les travaux aux prélats allemands restés à Trente.

 

Le pape met donc fin à cette première série de réunion qui a compté jusqu’à 70 votants le 17 septembre 1549.
Il meurt peu après (le 10 novembre 1549).

 

[1] Le 27 février 1531, différentes principautés et villes d’Allemagne constituent à Smalkalde, en Thuringe, une ligue destinée à tenir tête à l’empereur Charles Quint. Les ligueurs, tous protestants de confession luthérienne, entendent avant tout préserver leur liberté religieuse. Pour cela, ils ne craignent pas de solliciter l’aide du très catholique roi de France.
Après la paix de Crépy-en-Laonnois conclue en 1544 avec François 1er, l’empereur décide d’en finir avec la ligue. Après une victoire des troupes impériales à Mühlberg, en 1547, le landgrave fait sa soumission tandis que l’Électeur est déposé et remplacé par son rival Maurice de Saxe.
Malgré ce succès, Charles Quint va devoir se résigner à la division religieuse de l’Allemagne. (Paix d’Augsbourg en 1555)
[2] Jean Calvin: « Les actes du concile de Trente avec le remède contre le poison » (1547)
[3] Pour le détail du texte des décrets voir : http://nouvl.evangelisation.free.fr/concile_de_trente.htm

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Semper reformanda

Les protestants, dont je suis, sont les champions tous azimut de la réforme. L’année 2017 vient de nous le rappeler à satiété. Mais il ne faut pas que cette pulsion réformatrice devienne trompeuse.
Fêter les 500 ans de Luther, c’est bien. Pas seulement pour les protestants.

 

La tendance du protestantisme est assez paradoxale; les évangéliques cultivent souvent un conservatisme peu critique, là où les libéraux sont tentés de fuir en avant, confondant l’esprit de la réforme avec l’adaptation illimitée aux modes du temps présent.

Or la vraie Réforme comporte deux implications rigoureuses et exigeantes: la fidélité à l’Evangile, d’une part, le respect de la communion fraternelle, d’autre part. La fidélité à l’Evangile ne signifie pas le fondamentalisme littéraliste, mais demande de nous laisser inspirer par l’Esprit de l’Evangile. Par exemple, l’amour inconditionnel des personnes homosexuelles va dans ce sens, mais pas nécessairement l’idée d’un mariage pour tous, peu conforme à l’idée du mariage chrétien. Le respect de la communion fraternelle n’exige pas une unanimité de doctrine et d’éthique, mais la capacité de vivre ensemble des divergences pratiques et théoriques.

Entre catholiques et protestants, nous avons encore de grandes différences doctrinales, par exemple sur la question des ministères et des sacrements.
Comme protestants, nous considérons depuis belle lurette que les femmes sont tout aussi bien habilitées à exercer le saint ministère pastoral que les hommes, et qu’elles peuvent donc également célébrer tous les sacrements. Et, de même, nous reconnaissons pleinement le droit des pasteurs, hommes ou femmes, à se marier.
Nous sommes persuadés que l’Eglise catholique finira un jour par adopter de tels points de vue. Pour le moment, nous vivons ces réalités dans la divergence, sans que cela doive entraver nos relations œcuméniques.

C’est dire que l’œcuménisme n’est jamais une paisible ou insipide cohabitation entre des points de vue figés: il est toujours légitime et fécond de nous interpeller mutuellement. Je respecte le point de vue catholique; mais je ne l’estime jamais définitif ni intouchable.

Comme l’Eglise protestante, l’Eglise catholique est sans cesse à réformer.
Aimons-nous, sans jamais renoncer au questionnement réciproque.

 

Denis Müller | 06.11.2017
Théologien et éthicien protestant, professeur honoraire d’éthique à l’université de Lausanne (Faculté de théologie et de sciences des religions), et à la Faculté autonome de théologie protestante de l’université de Genève.

 

Source: https://www.cath.ch/blogsf/semper-reformanda/

Eglise et unité VIIc_Le concile de Trente

Inter-session

17 septembre 1549 – du 1 mai 1551

 

Après l’état semi-comateux de la dernière année du concile à Bologne, le pape « autorise les derniers évêques encre sur place à retourner chez eux » sans ajourner ni clôturer le concile [1].

Après la mort de Paul III le 10 novembre 1549 c’est un candidat de compromis qui est élu: Giovanni Del Monte le principal légat à Trente qui prend le nom de Jules III. Sans être un parangon de vertu, vu les mœurs du temps on peut le considérer comme modèle de retenue…
Neutre politiquement, il souhaite ne fâcher ni le Roi de France ni l’Empereur et est prêt a autoriser le reprise du concile à Trente pourvu que ce dernier ne remette pas en cause l’autorité du Siège Apostolique et ne se mêle pas de réforme de la Curie ( Même s’il ne tombe pas dans le népotisme effréné de son prédécesseur, il est sujet de quelques scandales peu reluisants)

 

Ce climat politique plus favorable incite Charles Quint à tenter de faire pression sur les Luthériens pour les faire venir à Trente. Mais les conditions posées par ceux-ci sont telles qu’ il n’y a pas de terrain d’entente possible. Et sauf l’Empereur pour des raisons politiques internes, personne ne le souhaite vraiment.[2]

La guerre entre Henri II de France qui a succédé à François Ier le et Charles Quint vint mettre la pagaille là où c’était déjà le désordre et tout le monde se trouva brouillé avec tout le monde.

 

C’est au milieu de ce chaos que va s’ouvrir l’éphémère seconde session du Concile de Trente.

 

[1] John O’Malley: le concile de Trente, p172 Editions Lessius Paris 2013
[2] Les conditions sont: Considérer toutes les décisions prises à la première session comme nulles et non avenues; de pouvoir voter au même titre que les évêques; de fonder toutes les décisions sur les Ecritures; et que l’assemblée ne soit sous la présidence ni du Pape ni de ses légats. (John O’Malley op.cit.)