Eglise et unité_Xd_La quatrième guerre (1572-1573) Le massacre de la saint-Barthélémy

Quatrième guerre de Religion (1572-1573)

La paix de Saint-Germain-en-Laye est précaire car les catholiques les plus intransigeants ne l’acceptent pas.

Le retour des protestants à la cour de France les choque, mais la reine-mère Catherine de Médicis et son fils le roi Charles IX sont décidés à ne pas laisser la guerre reprendre. Conscients des difficultés financières du royaume, ils défendent la paix et laissent Gaspard de Coligny, le chef des protestants, revenir dans le conseil royal.

Pour concrétiser la paix entre les deux partis religieux, Catherine de Médicis projette de marier sa fille Marguerite de Valois avec le prince protestant Henri de Navarre, futur Henri IV. Le mariage princier initialement prévu pour le mois de mai 1572, est repoussé au 18 août 1572, suite au décès de Jeanne d’Albret, mère d’Henri de Navarre.

Il n’est accepté ni par les catholiques intransigeants, ni par le pape qui demande la conversion du fiancé, et refusant d’envoyer la dispense de consanguinité.

Le 22 août 1572, un attentat à l’arquebuse, commandité – voire commis en personne – par un personnage relativement peu important, proche du milieu guisard et pro-espagnol, -Le nom de Charles de Louviers, seigneur de Maurevert, est le plus fréquemment avancé à l’époque- est perpétré contre Gaspard de Coligny à sa sortie du Louvre, alors qu’il se dirige vers son hôtel, rue Béthizy. Les protestants venus en grand nombre à Paris pour le mariage réclament vengeance.

 

Le soir même du 23 août 1572, le roi aurait tenu une réunion avec ses conseillers (le « conseil étroit ») pour décider de la conduite à suivre. Se retrouvaient auprès de la reine-mère, le duc d’Anjou, le garde des Sceaux René de Birague, le maréchal de Tavannes, le baron de Retz, et le duc de Nevers.
C’est très probablement ce conseil qui décida de procéder à une « justice extraordinaire » et d’éliminer les chefs protestants (bien qu’il n’existât aucun document permettant d’affirmer avec certitude que cette décision eût été prise lors de cette réunion). Il s’agissait de mettre hors d’état de nuire les capitaines de guerre protestants. Le conseil épargna les jeunes princes du sang, le roi de Navarre et le prince de Condé.

 

C’est ainsi que commence le massacre de la Saint-Barthélemy, à Paris, dans la nuit du 23 au 24 août 1572.
Il y aura en fait deux épisodes de la st Barthélémy

 

La première Saint-Barthélemy

 Peu de temps après cette décision, les autorités municipales de Paris furent convoquées. Il leur fut ordonné de fermer les portes de la ville et d’armer les bourgeois afin de prévenir toute tentative de soulèvement. Le commandement des opérations militaires fut confié au duc de Guise et à son oncle le duc d’Aumale. Ils ont l’appui des princes connus pour leur intransigeance au sein du cercle royal ; le duc de Nevers, le duc de Montpensier et le bâtard d’Angoulême.

Le « commando » du duc de Guise fut mené rue de Béthizy, au logis de l’amiral de Coligny, qui fut tiré de son lit, achevé et défenestré.

Les nobles protestants logés au Louvre furent évacués du palais puis massacrés dans les rues avoisinantes

Les troupes de Guise s’attaquèrent ensuite aux chefs protestants logés dans le faubourg Saint-Germain (qui était à cette époque encore en dehors de la ville). Le contretemps apporté par la fermeture des portes de la ville et la disparition de ses clefs permit aux protestants d’organiser une riposte et de s’enfuir.
Ces assassinats constituent le « deuxième acte » du massacre.

 

La seconde Saint-Barthélemy

Le « troisième acte » débute au cours de la nuit : les assassinats de chefs protestants se transforment en massacre généralisé de tous les protestants, sans considération d’âge, de sexe ou de rang social. Alertés par le bruit et l’agitation de l’opération militaire, les Parisiens les plus exaltés se laissent emporter par la peur et la violence. Ils attribuent à tort le trouble nocturne aux protestants et se mettent à les poursuivre, pensant agir pour la défense de leur ville.

Ce serait pour cette raison que le tocsin aurait sonné à la cloche de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, proche du Louvre, tocsin rapidement repris par d’autres clochers de la ville.

La tuerie dure plusieurs jours, malgré les tentatives du roi pour la faire arrêter. Enfermés dans une ville quadrillée par la milice bourgeoise, les protestants sont massacrés.

Dès le matin du 24 août 1572, le roi ordonne en vain l’arrêt du massacre. Il prend différentes mesures pour rétablir l’ordre et tenter vainement de protéger la vie des gens menacés. Le roi envoie notamment le duc de Guise et le duc de Nevers protéger les protestants bénéficiant d’un statut ou d’un rang particulier.

Le 26 août, le roi tient un lit de justice où il endosse la responsabilité de l’exécution des chefs de guerre protestants.

 

Les Saint-Barthélemy des provinces

Averties par des témoins, des courriers de commerçants, encouragées par des agitateurs comme Jean de Chambes, comte de Montsoreau dans le val de Loire, les villes de province déclenchèrent leurs propres massacres. Le 25 août, la tuerie atteint Orléans (où elle aurait fait un millier de victimes) et Meaux ; le 26, La Charité-sur-Loire ; les 28 et 29, à Saumur puis Angers ; le 31 août, à Lyon, où le musicien Claude Goudimel figure parmi les victimes ; le 11 septembre, à Bourges ; le 3 octobre, à Bordeaux ; le 4 octobre à Troyes, Rouen, Toulouse ; le 5 octobre, à Albi, Gaillac. Bourges, Romans, Valence, et Orange furent aussi touchées. On manque de sources pour reconstituer la violence dans d’autres villes.

La réaction des autorités est variable : parfois elles encouragent les massacres, comme à Meaux, où c’est le procureur du roi qui en donne le signal, ou encore à Bordeaux (le gouverneur Montferrand y participe), Toulouse (le vicomte de Joyeuse, gouverneur, y est très favorable)
Assez souvent, les autorités tentent de protéger les huguenots, en les mettant en prison (au Mans, à Tours). Cela ne marche pas toujours, les prisons sont forcées et les protestants y sont massacrés (comme à Lyon, Rouen, Albi). Plusieurs gouverneurs militaires essaient d’empêcher les massacres, comme Gordes en Dauphiné. Charles IX avait fait partir des messagers avec l’ordre verbal de tuer les protestants, avant d’interdire ces exécutions le 28 août.

 

Au total, le nombre de morts est estimé à 3 000 à Paris, et de 5 000 à 10 000 dans toute la France, voire 30 000.

 

Les versions des faits donnée par Charles IX

Les réactions en Europe sont le fruit de la version des faits donnée par Charles IX. Dès le 24 août, le roi expédie en province et à l’étranger des déclarations présentant « la grande et lamentable sédition » comme une vendetta entre les deux familles Guise et Châtillon. Le 25, de nouveaux messagers partent avec une nouvelle explication : un complot protestant dirigé contre lui. Cette thèse est reprise le 26 devant le parlement de Paris où au cours d’un lit de justice, le roi déclare que « « c’est pour prévenir l’exécution d’une malheureuse et détestable conspiration faite par ledit amiral [Coligny], chef et auteur d’icelle et sesdits adhérents et complices en la personne dudit seigneur roi et contre son État, la reine sa mère, MM. ses frères, le roi de Navarre, princes et seigneurs étant près d’eux. » Cette déclaration confirmée le 27 devient la version officielle des événements, celle qui se propage en Europe.

 

Conséquences religieuses et politiques

Charles IX et Catherine de Médicis entendent laisser la liberté de conscience aux protestants et leur rendre justice pour les pillages dont ils ont été victimes, mais sous la pression des catholiques intransigeants et dans l’espoir de rétablir rapidement l’unité de la foi, ils font interdire l’exercice de leur culte.
L’édit de Saint-Germain est rendu caduc.

Dans les mois qui suivirent le massacre, différentes mesures discriminatoires sont prises à l’encontre des protestants. L’accès à un emploi public leur est désormais interdit.

Par ailleurs, le roi encourage vivement les conversions. Le roi et sa mère cherchent à obtenir celles de leurs proches et avec leur appui le cardinal de Bourbon obtient celles de ses neveux et nièces, princes et princesses de sang. Le roi Henri III de Navarre, beau-frère du roi, abjure ainsi le protestantisme le 26 septembre. Le prince et la princesse de Condé sont remariés selon le rite catholique le 4 décembre à Saint-Germain-des-Prés.
Durant le mois de novembre, les gouverneurs reçoivent également l’ordre de rassembler les gentilshommes protestants et de les persuader de se convertir. Le duc de Guise parvient ainsi à faire disparaître le protestantisme dans son gouvernement de Champagne.
Mais le plus souvent, ce sont des conversions forcées qui ont lieu dans le royaume. À Rouen, 3 000 protestants abjurent. Sous la pression et les menaces, les communautés protestantes s’essoufflent et se dissolvent dans les lieux où elles sont minoritaires.
En revanche, les communautés de la France méridionale, beaucoup plus importantes, parviennent à résister.

 

Jusqu’à la fin de l’année 1572, les exactions entraînèrent une forte émigration. Beaucoup de réfugiés allèrent à Genève, qui prit le surnom de « cité du refuge » : au lendemain des évènements, la ville accueillait dix à vingt réfugiés par jour.

 

À l’issue du massacre, Charles IX décide également de sacrifier les chefs protestants partis à la rescousse des calvinistes qui s’étaient emparés de Mons, aux Pays-Bas espagnols, sous la conduite de Louis de Nassau.
Après la capitulation de la ville, le 19 septembre, les Français (600 à 800 hommes) obtiennent du duc d’Albe, gouverneur des Pays-Bas, la concession de rentrer en France, mais ils sont éliminés une fois passée la frontière.

 

Le parti huguenot est désormais privé de ses chefs militaires, hormis quelques-uns protégés par le roi qui espère maintenant rétablir son autorité sur tout le royaume.

En novembre 1572, commence le siège de La Rochelle : il va représenter, pour le pouvoir royal, l’impossibilité de vaincre militairement les huguenots. La Saint-Barthélemy a été présentée comme un acte politique dénaturé par les excès de la population. Henri d’Anjou, frère du roi et commandant en chef de l’armée royale, ne peut plus décemment s’acharner sur les protestants et le siège de La Rochelle est levé début juillet 1573.
L’échec du siège de la Rochelle par l’armée royale et le manque de moyens du Trésor mettent un terme rapide aux opérations.

Par l’édit de Boulogne[1] appelé aussi Paix de la Rochelle (11 juillet 1573) Charles IX remet en vigueur les clauses d’Amboise et enlève aux protestants Cognac et La Rochelle.

 

Mais les protestants du Sud de la France le rejettent et restent en armes. Le massacre de la Saint-Barthélemy a creusé un fossé entre le pouvoir royal et les protestants. Le parti protestant qui n’a plus foi dans le roi s’organise encore plus fortement que par le passé.

Le pouvoir monarchique absolu commence à être remis en cause par la constitution de l’Union des protestants du Midi, véritable gouvernement parallèle, qui lève des impôts (sur les catholiques et les protestants), possède ses états (élus par les fidèles), établit un programme de négociation avec le roi et possède sa propre organisation militaire.

Il y a donc en France une sorte de république protestante avec comme capitales Nîmes et Montauban et un grand port, celui de La Rochelle. En 1574, les protestants se choisissent un gouverneur général et protecteur des Églises réformées en la personne du prince de Condé.

 

L’échec de ces pourparlers va déboucher sur la quatrième guerre de Religion.

[1] http://www.histoirepassion.eu/?1573-Paix-de-la-Rochelle-ou-Edit-de-Boulogne-fin-de-la-4eme-guerre-de-religion

Eglise et unité_Xa_La première guerre (1562-1563)

À son retour à Paris, après Wassy, François de Guise est accueilli en héros et le peuple réclame une croisade contre les huguenots.
Le massacre de Wassy déclenche une première « Saint-Barthélemy ». Des protestants sont massacrés à Sens, à Tours, dans le Maine et en Anjou.
Les protestants prennent les armes sous la direction du prince Louis de Condé qui occupe Orléans. Ils s’emparent par surprise de plusieurs grandes villes situées sur la Loire.
La lutte s’organise pour le contrôle de l’espace urbain. En un mois, les protestants parviennent à s’emparer d’un grand nombre de villes dont de très importantes comme Lyon, Poitiers ou encore Rouen, à l’époque la deuxième ville du pays. Les massacres se multiplient des deux côtés.

 

Le pays s’installe dans la guerre civile.

Prise au dépourvu par la précipitation des événements, Catherine de Médicis tente une ultime démarche pour maintenir la paix entre les deux partis, mais le duc de Guise entreprend un coup de force en contraignant le jeune roi Charles IX et sa mère à le suivre à Paris sous le prétexte de les protéger des protestants, les obligeant par ce moyen à prendre le parti des catholiques.

Le conflit se répartit sur trois principales zones de combat.
  • La plus importante est celle qui se déploie en Normandie et sur la Loire, où l’armée royale tente de reprendre Orléans qui sert de point de ralliement des protestants.
  • La deuxième zone de combat se situe dans le Sud-Est, en particulier en Languedoc abandonné presque entièrement aux protestants,
  • La troisième dans le Sud-Ouest où Burie (Charles de Coucis), Lieutenant général en Guyenne, aidé de Blaise de Monluc sauve Bordeaux et bat les protestants à la bataille de Vergt.
C’est une troupe réduite qui rejoint Condé à Orléans.
L’armée protestante est encadrée par des réseaux nobiliaires expérimentés, mais doit faire appel à des mercenaires allemands. Avec le traité d’Hampton Court [1], signé en septembre 1562, elle a le soutien financier de la reine d’Angleterre à qui les réformés livrent Le Havre.
Les protestants échouent cependant à réunir leurs trois armées (sud-ouest, sud-est, vallée de la Loire). Ils mènent plusieurs assauts sur les faubourgs de Paris, mais doivent se replier faute de pouvoir s’imposer.

Après la prise de Rouen où le roi de Navarre a trouvé la mort, l’armée royale commandée par les triumvirs se porte sur la Loire pour empêcher la jonction de l’armée de Condé avec la ville du Havre qui venait d’être livrée par les protestants aux Anglais. La bataille a lieu à Dreux, le 19 décembre 1562. Les protestants sont battus et le prince de Condé est capturé, mais le camp catholique souffre également de plusieurs pertes ; le maréchal de Saint-André est tué et le connétable Anne de Montmorency fait prisonnier par les protestants.

La mort de François de Guise au siège d’Orléans dans une embuscade permet à Catherine de Médicis de proposer la paix.

Elle lance des négociations avec le prince de Condé qui est son prisonnier, qui aboutissent le 13 mars 1563 à la signature de la paix dans l’Isle aux Boeufs près d’Orléans confirmé le 19 mars par l’édit d’Amboise.

L’édit d’Amboise le 19 mars 1562 [2]

L’édit autorise le culte protestant dans certains lieux réservés (chapelle des châteaux, une ville par bailliage) et rouvre une période de tolérance civile. Il précise que personne ne doit être inquiété pour ses opinions religieuses.

Si les villes de Rouen, Orléans et Lyon sont rendues au roi, la guerre y a laissé de lourdes plaies (la première guerre de Religion a été très destructrice). Les églises et les cathédrales prises par les protestants ont été extrêmement endommagées. La fin de la guerre amène beaucoup de catholiques à se venger des protestants et durant l’année 1563, de nombreux procès sont intentés pour condamner les protestants qui ont pillé les églises.

 

Finalement, la paix imposée par la reine-mère reste précaire. Le parlement de Paris renâcle à enregistrer le nouvel édit de paix qu’il juge trop tolérant.

Profitant de la paix, Le Havre est repris aux Anglais par les catholiques et les protestants réconciliés.
Catherine de Médicis entame en 1564 un tour de France royal, afin de montrer le jeune Charles IX à son peuple. Partout, il est accueilli triomphalement, et les manifestations de loyauté, aussi bien des catholiques que des protestants, sont générales.