EGLISE ET UNITÉ_Xe_De la cinquième à la huitième guerre (1574-1576)

Cinquième guerre de Religion (1574-1576)

Cette guerre s’ouvre par le complot des Malcontents au printemps 1574. Depuis le renforcement du pouvoir royal et la faveur accordée par le roi aux radicaux du parti catholique, un mouvement de fronde naît au sein même de la cour et de la famille royale.
L’opposition est menée par François d’Alençon, le propre frère du roi contre le gouvernement de Catherine de Médicis et les partisans de Henri d’Anjou alors roi de Pologne. Il a le soutien du clan des Montmorency, des monarchomaques[1] et de tous les déçus de la monarchie.
La conjuration des Malcontents s’accompagne d’une prise d’armes des protestants. Ils s’emparent de places en se déguisant de costumes carnavalesques. C’est la surprise du Mardi-gras.
Réfugié en Angleterre depuis la Saint-Barthélemy, le comte de Montgomery, chef huguenot échappé du massacre, lance une offensive sur la Normandie.

 

Gravement malade, Charles IX croit pouvoir maîtriser la situation en réprimant la fronde sévèrement. Le 30 avril, les conjurés La Mole et Conconat sont exécutés. Le 4 mai, le duc de Montmorency et le maréchal de Cossé sont embastillés.
Devant la fermeté du roi, les Malcontents Condé, Thoré et Turenne prennent le parti de fuir en dehors de Paris ou à l’étranger et le gouverneur du Languedoc, Damville de s’allier avec les protestants.
Le 30 mai 1574, Charles IX meurt sans héritier.
Son frère, le roi de Pologne devient roi de France sous le nom d’Henri III.
En attendant son retour, sa mère Catherine de Médicis assure la régence. Elle poursuit la lutte et tente de reprendre la situation en main. Le 26 juin 1574, Montgomery qui a été fait prisonnier par le gouverneur de Normandie Matignon, est exécuté.
En rentrant de Pologne, Henri III tente en vain de reconquérir les provinces du Sud.

 

Après l’avènement d’Henri III, en 1574, la lutte devient politique ; son frère François, dit « Hercule », le nouveau duc d’Anjou, ancien duc d’Alençon, un brouillon sans envergure, se met à la tête des protestants et reprend la lutte.
Revenu à sa foi originelle, le prince de Condé fait entrer dans le royaume les reîtres qu’il a recrutés dans le Palatinat.
Malgré la victoire du duc de Guise, qui dirige les troupes royales le 10 octobre 1575, à Dormans, la situation reste largement favorable aux révoltés.
En décembre 1575, Jean Casimir, fils du comte palatin (Luthérien), pénètre avec 25 000 hommes dans l’Est du royaume qu’il dévaste.

 

En 1576, la fuite du roi de Navarre assigné à la cour depuis quatre ans, l’encerclement de Paris par les troupes coalisées et leur supériorité numérique contraignent Henri III à s’incliner.

La paix est signée à Étigny.  (La cinquième, l’édit de Beaulieu dit aussi « paix de Monsieur » (6 mai 1576)) Elle renforce la puissance des protestants.[2] Le roi s’engage à convoquer les États généraux. Le frère du roi reçoit le duché d’Anjou en apanage et le prince allemand Jean Casimir repart avec une indemnité colossale.

La paix de Monsieur, comme on peut s’y attendre, exaspère les catholiques. Ceux-ci se regroupent dans une Ligue destinée à unifier les différents mouvements locaux pour mieux organiser la résistance.

 

La sixième guerre (1576-1577)

Les catholiques trouvent que les dispositions de la paix de Beaulieu sont excessives. Ils constituent des ligues locales unies entre elles par un serment et se préparent à la guerre.

Le roi apparaît de plus en plus isolé, entre les catholiques, les protestants et le groupe des « Politiques » qui s’est constitué autour de la pensée de Jean Bodin et qui soutient une théorie de la souveraineté qui fonde en droit l’autonomie de l’État par rapport au problème confessionnel, et rend légitime la liberté de conscience et de culte.

La réunion des États généraux à Blois n’apporte aucune amélioration à la situation et la guerre recommence en mai 1577.

Les Politiques, soucieux de l’unité du royaume, rejoignent l’armée royale. Leur chef, François d’Alençon, dirige les opérations.
Encore une fois, aucun parti n’est en mesure de l’emporter. La paix de Bergerac, concrétisée avec l’édit de Poitiers, met un terme provisoire au conflit. Elle restreint les avantages accordés l’année précédente aux protestants. Le culte est limité à une seule ville par bailliage et seulement dans les faubourgs.

 

 

Septième guerre de Religion (1579-1580)

Bien qu’une septième guerre, menée par le jeune roi Henri de Navarre, ensanglante encore le sud-ouest du pays de 1579 à 1580, après 1577, les conflits politiques prennent le pas sur les dissensions religieuses (premiers états généraux de Blois en 1576-1577).

Ce qui est alors en cause, c’est le sort de la monarchie, minée par les ambitions des Guises, qui mettent à profit les antagonismes religieux pour accroître leur puissance.

Durant les guerres, l’autorité royale n’a cessé de se réduire face aux gouverneurs des provinces :

  • Côté protestant, Henri, roi de Navarre, seigneur en Rouergue et en Quercy est en plus gouverneur de Guyenne. Condé est gouverneur de Picardie.
  • Côté catholique, le parti des Guise contrôle les gouvernements de la Bretagne, de la Bourgogne, de la Champagne, la Normandie. Dans certaines régions, les deux partis se partagent le pouvoir comme en Provence

 

 

 

[1] Les monarchomaques sont ceux qui contestent l’autorité royale. Ils lui opposent l’autorité du peuple qui, réuni en assemblée, est capable de faire la loi et de choisir le roi par élection. Ils pensent même que la révolte est légitime si le roi ne gouverne pas pour le bien de tous et ne respecte pas les libertés et franchises du peuple. Ces théories qui ont d’abord circulé en Allemagne et en Angleterre sont propagées en France par les protestants François Hotman (Franco-Gallia), Théodore de Bèze (Du droit des magistrats sur leurs sujets), Languet et La Boétie
[2] Le 6 mai 1576, le roi accorde l’édit de Beaulieu qui répond favorablement aux revendications des malcontents. Il accorde aux protestants la liberté de culte et des places de sûreté (garanties militaires). Il crée dans les parlements des chambres mi-parties où les protestants et les catholiques sont représentés à parts égales. Le roi indemnise également toutes les victimes de la Saint-Barthélemy. Les dispositions nouvelles de cet édit sont à la base de l’édit de Nantes de 1598

 

Eglise et unité_Xe_La Huitième guerre (1585-1598)

Huitième guerre de Religion (1585-1598)

La fin du règne d’Henri III

Le 10 juin 1584, le duc d’Anjou, François d’Alençon, frère cadet du roi et héritier présomptif du trône meurt sans descendance.
Henri III n’a pas lui-même d’enfant et il est douteux qu’il en ait un jour. La maison de Valois est menacée de disparaître. Depuis l’extinction des Capétiens directs, la règle de succession en vigueur en France est celle de la primogéniture mâle qui exclut les filles et leurs descendants de toute prétention au trône.
Le successeur légitime devient le chef du parti protestant Henri de Navarre.

La ligue

Le parti catholique ne veut en aucun cas d’un souverain protestant qui risquerait d’imposer sa religion à tout le royaume. Le 31 décembre 1584, les Guise signent alors avec les Espagnols le traité de Joinville : il est convenu que le successeur d’Henri III serait le cardinal Charles de Bourbon, oncle du futur Henri IV. Philippe II s’engage à verser 50 000 écus par mois pour payer les soldats de la Ligue. Au printemps 1585, la Ligue revigorée prend le contrôle de nombreuses villes.

Tentant de contrôler la Ligue, Henri III s’en déclare le chef le 7 juillet 1585. Pour donner des gages à la Ligue, il publie l’édit de Nemours le 18 juillet 1585 qui interdit le culte protestant et déchoit Henri de Navarre et Condé de leurs droits. Il va provoquer l’exil de nombreux protestants -entre autres normands « Le cas rouennais est sans doute le plus éloquent puisque, selon Philip Benedict, « la plupart des membres de la désormais modeste église réformée choisissent de partir en Angleterre ou en Zélande »[1]
Il reçoit l’appui du pape Sixte V qui lui rappelle que le roi de Navarre est hérétique et relaps.

 

Et la guerre recommence. Henri de Navarre inflige des pertes sévères aux ligueurs mais Guise bat les reîtres protestants allemands durant la bataille de Vimory le 26 octobre 1587, puis à la Bataille d’Auneau le 24 novembre 1587.
Grisé par sa victoire, Guise commet une erreur majeure : il se fait acclamer par le peuple de Paris et humilie le roi, qui doit abandonner la capitale aux ligueurs après la journée des barricades du 12 mai 1588[2].
La ville se déclare alors en faveur de la Ligue et se dote d’institutions nouvelles.

Le roi profite de la réunion des États généraux à Blois pour faire assassiner les chefs de la Ligue, le duc de Guise et son frère le cardinal Louis de Lorraine en décembre 1588.

Après ces deux meurtres, Henri III s’écrie : « À présent, je suis roi ! ».

 

À la nouvelle de l’assassinat de ses chefs, la Ligue rompt tout contact avec le roi déclaré tyran et traître à la cause catholique et prend le contrôle de Paris. Les docteurs de la faculté de théologie de Paris déclarent les sujets français déliés de leur serment de fidélité.
Henri III n’a plus d’autre solution pour sauver son trône que de s’allier aux protestants. Il se réconcilie avec le roi de Navarre et ils unissent leurs forces pour assiéger Paris.

 

Henri III est assassiné à Saint-Cloud le 1er août 1589 par le dominicain Jacques Clément[3], faisant ainsi de fait Henri de Navarre, chef des protestants, le nouveau roi de France.
Les politiques catholiques comme protestants reconnaissent la légitimité du nouveau roi.
De plus, dès le 4 août, Henri IV, influencé en ce sens par Michel de Montaigne, proclame son intention de se faire instruire dans la religion catholique.

 

Henri de Navarre, à la conquête du pouvoir

La Ligue, qui tient toute la France du Nord et peut compter sur le soutien de Philippe II d’Espagne, refuse de reconnaître un roi protestant. Dès le mois d’août 1589, les ligueurs parisiens proclament le cardinal de Bourbon comme nouveau roi de France. Mais celui-ci meurt en mai 1590, laissant un vide politique parmi les ligueurs.
En 1589 et 1590, Henri de Navarre multiplie les opérations près de Paris et en Normandie.
En 1593, les États généraux de la Ligue se réunissent à Paris. Ils demandent un souverain catholique.

 

Abjuration et sacre de Henri IV

Henri IV comprend de son côté qu’il ne sera jamais accepté s’il reste protestant. Des conférences de négociation ont lieu à ce sujet à Suresnes entre fin avril et fin mai 1593.
Il annonce sa conversion au catholicisme et il abjure solennellement le protestantisme, le 25 juillet 1593 en la basilique Saint-Denis.
Il est rejoint par des nobles et des troupes catholiques. Après de nouveaux succès militaires, il est sacré roi le 27 février 1594 en la cathédrale Notre-Dame de Chartres, car Reims, la ville traditionnelle des sacres, est encore occupée par la Ligue.
Il entre dans Paris que les espagnols évacuent le 22 mars 1594 et accorde un large pardon aux ligueurs repentis.
L’absolution que lui accorde le pape Clément VIII le 17 septembre 1595, lui assure le ralliement progressif de toute la noblesse et du reste de la population.

 

La guerre contre l’Espagne commença officiellement en janvier 1595. Battus à Fontaine-Française (juin 1595), les Espagnols durent évacuer la Bourgogne et furent poursuivis jusqu’en Franche-Comté.
Mayenne se soumit en octobre, Joyeuse et Épernon suivirent.
En Bretagne, Mercœur continua une guerre de partisans jusqu’en 1598.
Les opérations contre les Espagnols ne furent guère favorables aux Français en 1596 et 1597. Le traité de paix fut signé par les deux monarchies épuisées en mai 1598 : ce traité de Vervins revenait aux clauses du traité de Cateau-Cambrésis.

 

Salle des états généraux de Blois

 

[1] FOA, Jérémie. Dans les petits papiers du pouvoir. Abjurations huguenotes du temps de l’édit de Nemours (1585) In : Pouvoir politique et conversion religieuse. 1. Normes et mots [en ligne]. Rome : Publications de l’École française de Rome, 2017 (généré le 03 mai 2020). Disponible sur le Web : https://books.openedition.org/efr/3476 . ISBN : 9782728313037. DOI : https://doi.org/10.4000/books.efr.3476.
[3] BORELLO Céline. Reforme.net. 1er août 1589 : le moine Jacques Clément assassine le roi Henri III. Publié le 31 juillet 2019. Disponible sur le web :  https://www.reforme.net/religion/histoire/2019/07/31/1er-aout-1589-le-moine-jacques-clement-assassine-le-roi-henri-iii/