Quelle est l’essence fondamentale de l’Eglise Orthodoxe ?

Une tempête significative

Quelques réflexions sur un article du R.P. Alexandre SCHMEMANN Un texte assez ancien [1] (Résumé ici) (50 ans) qui reste d’actualité et peut être utile pour comprendre -en partie- ce qui se joue en France depuis un an entre ce qui fut l’Exarchat Russe de France et d’Europe occidentale du Patriarcat de Constantinople devenu pour la plus grande part Archevêché des Eglises Orthodoxes Russes en Europe Occidentale sous l’égide du Patriarcat de Moscou et la partie constituant le Vicariat de Tradition Russe au sein de la Métropole Grecque-Orthodoxe de France restée dans le Patriarcat de Constantinople,
et aussi ce qui est à la base de l’incompréhension entre le Patriarcat de Constantinople et le Patriarcat de Moscou. Rivalité certes politique, mais aussi au-delà idéologique et religieuse.
Ce qui se passe avec le schisme ukrainien en est l’illustration.

Ce qui est en jeu est la manière dont les deux parties et leurs alliés considèrent l’essence profonde de l’Eglise Orthodoxe.

 

Pouvoir et/ou Unité

De par son histoire, le Patriarcat de Constantinople (dont la titulature complète du Patriarche est « Archevêque de Constantinople, nouvelle Rome, et Patriarche Œcuménique ») se conçoit comme Primat de l’Orthodoxie. Le premier concile de Constantinople, en 381, lui reconnaît une « prééminence d’honneur après l’évêque de Rome, car Constantinople est la Nouvelle Rome »[2].
Mais très vite, Basileus et Patriarche vont se considérer de fait comme les deux pouvoirs, politique et religieux, de la Cité de Dieu. Tous les autres leur étant subordonnés.
À partir du VIIe siècle, sous les coup de boutoirs des invasion arabo-ottomanes Byzance perd les territoires  des patriarcats d’Antioche, Jérusalem et Alexandrie, ce qui réduit les Églises orthodoxes en Orient au seul patriarcat de Constantinople qui recueille les sièges des différents patriarcats à Constantinople sous son autorité.
La rupture consommée en 1054 entre l’Eglise de Rome et les Eglises Orthodoxes puis l’instauration du « Rum Millet » après la prise de Constantinople par les Ottomans en 1453 met de fait le Patriarche de Constantinople chef religieux de tous les chrétiens des territoires conquis (jusqu’aux portes de Vienne assiégée en 1683)
Au XIX° siècle le déclin du pouvoir ottoman et la libération des territoires conquis par les Turcs en Europe permet aux Eglises nationales de prendre leur autonomie face à Constantinople.

 

Emprunte de l’histoire

La mémoire inconsciente du Patriarcat de Constantinople est, semble-t-il, profondément marqué par cet imperium alors que les Eglises autocéphales le sont aussi mais de manière négative, leur autonomie ayant été plus conquise contre le Patriarcat de Constantinople qu’octroyée par lui.
D’autant plus qu’on peut considérer que si l’Empire Ottoman s’effondre avec la défaite de 1918 et le démembrement qui s’en suit qui débouche sur la révolution kémaliste laïque de 1923, le retour, à partir de 2003, d’un régime semi-dictatorial islamo-conservateur conduit par Recep Tayyip Erdogan replace le Patriarche de Constantinople dans la position précaire de ses prédécesseurs sous le joug Islamique.
L’aventure de ce qui aurait dû être le Grand et Saint Concile Panorthodoxe en est un exemple. Devant se tenir à Nicée -symbole fort à cause du Ier concile oecuménique- Erdogan « pour des raisons de sécurité » interdit le lieu. Le concile se tiendra en Crête. Et sera un échec, prélude au schisme Russe causé par les immixions de Constantinople en Ukraine

 

L’Eglise de Russie impose son autocéphalie au Patriarche de Constantinople dès 1589. Elle est jusqu’au XXe siècle la grande puissance du monde orthodoxe avant de subir soixante douze ans de régime communiste.

 

Quelle est l’essence de l’Orthodoxie ?

Les divers mouvements qui agitent le monde orthodoxe et les réactions qu’ils provoquent sont à observer en tenant compte de ce contexte. Au-delà des questions de pouvoir -si présentes bien sûr- la question qui est posée est bien celle de la nature profonde, de l’orthodoxie. C’est l’essence même de l’Orthodoxie comme communion synodale d’Eglises autonomes qui est en jeu.

 

 

[1] Un article du R.P. Alexandre SCHMEMANN écrit en 1971 à l’occasion du 30° anniversaire de l’autocéphalie de « L’Église Orthodoxe en Amérique » : SCHMEMANN Alexandre. Une tempête significative. Un document retrouvé. ( Traduction française du Père Stéphane Bigham de l’article « A Meaning-full Storm », Church, World, Mission : Reflections on Orthodoxy in the West, Crestwood, NY, St. Vladimir’s Seminary Press, 1979, pp. 85-116. En russe in Tserkov, mir, missia: mysli o Pravoslavii na Zapade, Sviato-Tikhonovskij – Institut, Moscou 1996).

[2] Canon 3 du Concile de Constantinople de 381 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Premier_concile_de_Constantinople

Annonciation

Marie et l’Ange

 

La jeune fille qui reçoit la visite de l’Ange (Lc 1) est dans le présent d’une vie humaine ordinaire. Ce qui va changer radicalement le cour de sa vie c’est cette annonciation et la réponse qu’elle y donne.

L’Ange du Seigneur, expression de la parole de Dieu dans le temps humain, est toujours fracture dans cet espace limité qui se développe dans un temps qui s’écoule heure après heure sans possibilité de retour en arrière ni accélération vers l’avant.
Dieu, lui, est dans la non-temporalité  » A tes yeux Mille ans sont comme hier, comme un jour qui s’en va, une heure dans la nuit » (Ps 89,4). Dieu n’est pas présent à l’instant « T » du présent de l’histoire humaine,il est présent à toute l’histoire humaine. D’où son nom révélé a Moïse: « Je Suis »

 

L’irruption de l’Ange dans le présent de Marie, c’est l’irruption de l’intemporalité de Dieu dans sa vie de femme humaine. Sa réponse va être adhésion à ce plan de Dieu.
Il faut s’arrêter sur les versets 31-35 du chapitre 1 de l’Evangile de Luc: Les paroles de l’Ange ne peuvent se comprendre qu’a partir de sa « position » dans le plan de Dieu. Il lui expose ce qui va se passer alors qu’elle n’a pas ouvert la bouche, comme si tout était déjà d’accord!
Alors qu’en est-il de la liberté de Marie?
En fait sa réponse est totalement libre. Simplement elle est déjà connue de Dieu.

 

Son « fiat » va être mise en conformité de son « temps humain » avec l’intemporalité de Dieu. En recevant le message de l’Ange, elle entre de plein pied dans le vouloir de Dieu. Le terme qu’elle emploie Marie dans sa réponse n’est pas « servante du Seigneur » comme (mal) traduit le plus souvent, mais « esclave du Seigneur ». Elle se désapproprie de tout ce qu’elle est. Et cela a des conséquences. En acceptant que soit engendré en elle celui qui est « sans péché » le Saint (v 35) elle va être elle-même crée sans ce péché originel qui est rébellion contre Dieu

 

Son « fiat » entraîne son « innocence ». C’est donc dans la dynamique de son don total d’elle même à la volonté de Dieu qu’elle est faite « immaculée conception », comme re-créée par Dieu pour recevoir Jésus. En entrant dans le « plan de Dieu »c’est toute sa vie qui est sanctifiée de sa naissance à sa mort.
Dieu « sait » que Marie va exercer sa liberté dans le sens de la grâce. Marie n’est pas prédestinée. Mais son oui prononcé dans l’espace-temps humain résonne de toujours à toujours dans l’intemporalité de Dieu. « L’immaculée conception » n’est pas a envisager dans le sens d’une préparation de Marie a dire oui, mais bien la conséquence de son oui à entrer dans l’intemporalité de Dieu (v 38)

 

Les baptisés sont membres du corps qu’est l’Église qui célèbre dans le lieu où ils se trouvent.

Mgr l’archevêque Jean de Charioupolis, exarque du patriarche œcuménique, a publié le communiqué qui suit :

 » L’Archevêché des églises orthodoxes russes en Europe occidentale, exarchat du Patriarcat œcuménique de Constantinople, comme toutes les entités ecclésiales d’Occident, suit avec préoccupation l’évolution des relations tendues entre les Églises orthodoxes, mais les vit également de manière toute particulière en son sein.

En effet, étant enracinées dans l’héritage spirituel et culturel de l’émigration russe, les paroisses et communautés de l’Archevêché font face à de nombreuses interrogations des fidèles, en lien avec les tensions qui ont vu le jour récemment entre le Patriarcat de Moscou et le Patriarcat œcuménique dont nous dépendons. La première des questions à laquelle nos prêtres et nos laïcs sont confrontés, celle de la communion eucharistique est certainement la plus grave.

Le Patriarcat de Moscou a pris la décision unilatérale d’interrompre la communion eucharistique avec le Patriarcat œcuménique, en imposant cette décision à tous les fidèles, clercs ou laïcs. Pour l’Archevêché, habitué à concélébrer avec le Patriarcat de Moscou, cette interruption de communion est une grande souffrance. De fait, pratiquement à aucun moment de l’Histoire, l’Archevêché n’a été en rupture complète de communion avec le Patriarcat de Moscou, même dans les temps les plus sombres du 20e siècle, car tant l’Archevêché que l’ensemble du Patriarcat œcuménique de Constantinople et l’ensemble du Patriarcat de Moscou ont toujours continué de professer le même symbole de foi. C’est cette profession de foi qui est le critère de leur orthodoxie, et, jusqu’à ce jour, aucune de nos Églises n’a modifié son symbole de foi.

De par son caractère unilatéral (et selon nous disproportionné), la décision du Saint-Synode de Moscou n’est évidemment pas applicable dans les églises de l’Archevêché. Dans la situation actuelle, nos prêtres et nos diacres n’étant pas invités à concélébrer par les églises dépendant du Patriarcat de Moscou ; cela ne leur interdit pas de s’y rendre, à titre personnel, pour se joindre discrètement à la prière de toute l’Église. En revanche, pour les laïcs, c’est-à-dire pour les fidèles orthodoxes baptisés qui ne sont pas ordonnés diacres, prêtres ou évêques, cette interdiction, selon l’ecclésiologie orthodoxe, ne peut pas avoir cours. En effet, un laïc d’Europe occidentale, au plan sacramentel, appartient à l’unique Corps catholique du Christ, donc à toutes les juridictions simultanément et non à une structure hiérarchique, qu’elle soit celle de Constantinople, de Moscou ou une autre.

Les baptisés ne sont pas la propriété de leurs évêques, ils sont membres du corps qu’est l’Église qui célèbre dans le lieu où ils se trouvent à un moment donné. Par exemple, si un fidèle habitant Saint-Pétersbourg déménage sur l’île de Crète, il cesse d’être membre de l’Église de Russie et devient pleinement membre de l’Église de Crète (qui dépend du Patriarcat œcuménique) ; contrairement à un membre du clergé, le laïc n’a pas à demander de congé canonique à son évêque pour déménager.

Le fait que, dans les pays occidentaux, plusieurs juridictions épiscopales orthodoxes coexistent sur le même territoire a pour corollaire que, sur le plan sacramentel, nos fidèles sont, en puissance, simultanément membres de toutes les entités ecclésiales qui professent le même symbole de foi. Au plan administratif, certes, les fidèles peuvent assumer des charges spécifiques dans l’une ou l’autre paroisse particulière, mais cela n’entame pas leur appartenance au corps ecclésial entier. La coexistence de juridictions multiples sur un même territoire, qui par ailleurs est souvent décriée, apparaît, dans les circonstances actuelles, comme un facteur d’unité sacramentelle.

Nous ne devons pas insulter la Grâce de Dieu, présente et agissante dans toutes nos Églises, même lorsqu’elles vivent des conflits, tant que ceux-ci n’altèrent pas l’orthodoxie de la foi. Au contraire, il nous faut laisser agir l’Esprit Saint, tout particulièrement à travers ce partage eucharistique auquel nous sommes invités. Nous assurons les membres du clergé du Patriarcat de Moscou de notre amour fraternel et espérons pouvoir, au plus vite, à nouveau concélébrer avec eux ; en ce qui concerne les laïcs, nous leur redisons notre communion de foi et d’amour et attendons, autour du Corps et du Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ, toute personne orthodoxe laïque qui veut répondre à cette invitation du Seigneur : « Prenez et mangez, ceci est mon corps, rompu pour vous en rémission des péchés. Buvez-en tous, ceci est mon sang, celui de la nouvelle alliance, répandu pour vous et pour la multitude en rémission des péchés ».

† Archevêque Jean de Charioupolis, exarque patriarcal des paroisses orthodoxes de tradition russe en Europe occidentale

Paris, le 23 novembre 2018

Source : https://orthodoxie.com/message-pastoral-de-mgr-jean-de-charioupolis-sur-la-situation-des-clercs-et-des-fideles-face-levolution-des-relations-tendues-entre-les-eglises-orthodoxes/

La réponse de Marie

Tu l’as entendu, ô Vierge : tu concevras un fils, non d’un homme – tu l’as entendu- mais de l’Esprit Saint.
L’ange, lui, attend ta réponse : il est temps pour lui de retourner vers celui qui l’a envoyé. Nous aussi, nous attendons, ô Notre Dame. Accablés misérablement par une sentence de condamnation, nous attendons une parole de pitié. Or voici, elle t’est offerte, la rançon de notre salut.Consens, et aussitôt nous serons libres. Dans le Verbe éternel de Dieu, nous avons tous été créés ; hélas, la mort fait son œuvre en nous. Une brève réponse de toi suffit pour nous recréer, de sorte que nous soyons rappelés à la vie

Ta réponse, ô douce Vierge, Adaml’implore tout en larmes, exilé qu’il est du paradis avec sa malheureusedescendance ;
Il l’implore, Abraham, il l’implore, David, ils la réclament tous instamment, les autres patriarches, tes ancêtres, qui habitent eux aussi au pays de l’ombre de la mort. Cette réponse, le monde entier l’attend, prosterné à tes genoux. Et ce n’est pas sans raison, puisque de ta parole dépendent le soulagement des malheureux, le rachat des captifs, la délivrance des condamnés, le salut enfin de tous les fils d’Adam, de ta race entière.

 

Ne tarde plus, Vierge Marie. Vite,réponds à l’ange, ou plutôt, par l’ange réponds au Seigneur.
Réponds une parole et accueille la Parole ; prononce la tienne et conçois celle de Dieu ; profère une parole passagère et étreins la Parole éternelle.

Pourquoi tarder ? Pourquoi trembler? Crois, parle selon ta foi, et fais-toi tout accueil.
Que ton humilité devienne audacieuse, ta timidité, confiante.
L’ange, lui, attend ta réponse : il est temps pour lui de retourner vers celui qui l’a envoyé. Nous aussi, nous attendons, ô Notre Dame.
Certes il ne convient pas en cet instant que la simplicité de ton cœur virginal oublie la prudence ; mais en cette rencontre unique ne crains point la présomption, Vierge prudente. Car si ta réserve fut agréable à Dieu dans le silence, plus nécessaire maintenant est l’accord empressé de ta parole. Heureuse Vierge, ouvre ton cœur à la foi, tes lèvres à l’assentiment, ton sein au Créateur.
Voici qu’au dehors le Désiré de toutes les nations frappe à ta porte. Ah! Si pendant que tu tardes il allait passer son chemin, t’obligeant à chercher de nouveau dans les larmes celui que ton cœur aime.
Lève-toi, cours, ouvre-lui : lève-toi par la foi, cours par l’empressement à sa volonté, ouvre-lui par ton consentement.

Voici,dit-elle, la servante du Seigneur : que tout se passe pour moi selon ta parole.

ST BERNARD, ABBE DE CLAIRVAUX : À la louange de la Vierge Mère. Sources Chrétiennes, n° 390.  Ed. Le Cerf. Paris 1993

Histoire de l’Eglise I : unité et diversité

     Selon nos traditions ecclésiales et nos cultures, nous avons des représentations de l’Eglise qui nous sont propres.
C’est ainsi que l’Eglise catholique prétend qu’en elle « subsiste » l’Eglise dans toute sa plénitude. Cela va conduire à un certain nombre de représentation ou l’Eglise Catholique est représentée par un tronc d’où les « hérétiques » de toit poil ou les « Eglises séparées » s’éloignent sous forme de branches diverses. L’ors de la Rencontre du Bec-Hellouin organisée par l’ACONor en 2013 le Pasteur François Clavairoly  présentait l’Eglise comme un buissonnement de rameaux divers…
L’histoire de l’Eglise devrait nous rendre modestes : l’unité des chrétiens est un idéal fondé et enraciné dans la prière de Jésus (Jn 17,21) : « Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi, qu’ils soient en nous eux aussi, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. » mais un idéal qui n’a jamais été pleinement réalisé.
     Je me propose dans une série d’articles de faire le point sur ces disjonctions qui ont marqué  nos différents courants de pensée religieuse.

 

  I L’Eglise des premiers siècles.

Les définitions des quatre premiers conciles et leurs conséquences.

     Rapidement deux tendances apparaissent dans la communauté chrétienne primitive :
  • d’une part le groupe des « judéo-chrétiens [1]» groupé autour de Jacques, frère du Seigneur, et -au moins au début- de Képhas-Pierre, reste attaché aux observances juives telles que décrites dans le pentateuque et estime qu’elles doivent être imposés à ceux qui reçoivent le baptême au nom de Jésus.
  • d’autre part, un groupe dit des « hellénistes » composé de juifs qui parlent le grec et de non-juifs proches de la religion juive, qui fait preuve de plus de détachement vis-à-vis de la pratique stricte de la loi mosaïque entre autres vis-à-vis de la circoncision.
 Antioche    Les hellénistes s’enfuient de Jérusalem vers l’an 37, après le lynchage d’Étienne par les juifs et dès lors, le christianisme se répand en dehors de la Judée et de la Galilée, et très vite, à Antioche (Ac 11,19)  ou les adeptes de Jésus seront nommés Chrétiens par les  autorités romaines [2].
Le groupe des hellénistes recrute d’abord en Palestine puis dans la Diaspora, dans les synagogues comme ailleurs. Le groupe des judéo-chrétiens est influent à Jérusalem surtout, mais envoie des « missions » dans les synagogues hors Palestine, dans le but de préserver l’observance de la Thora dans les nouvelles communautés chrétiennes. C’est à eux que Paul se heurtera dans sa mission (Ac 15,1ss)
En 49, des débats parfois violents opposent Paul et Barnabé d’une part et des  judéo-chrétiens  à propos des rapports avec les païens. Un « concile », rassemblé à Jérusalem tranche en faveur de Paul.  A cette assemblée, Pierre chef des apôtres apparaît encore comme le chef de l’église judéo-chrétienne, aux côtés de Jacques le Frère du Seigneur doté lui aussi d’un statut particulier, de « chef des anciens » qu’on peut assimiler à un rôle d’Evêque.
Cette situation de tension se résoudra de fait à la chute de Jérusalem en 70 et de la quasi dispersion de la communauté [3]. « Bien que des traditions locales subsistent qui affirment le maintien d’une communauté judéo-chrétienne jusqu’à la seconde révolte juive menée par Bar Kochba, en 135, Jérusalem a cessé d’être un des centres de gravité du christianisme [4]. »

Des apôtres partent évangéliser au-delà de la Palestine : Thomas probablement jusqu’en Inde du sud; Marc [5]  à Alexandrie et en Egypte; les terres slaves et Roumaines avec André etc… mais ce sont des données traditionnelles sans preuves historiques irréfutables.

Au cours des II° et III°s l’Eglise s’étend vers le monde gréco-romain avec Paul, mais aussi sémite (Eglise syriaque) et indienne (Eglise d’orient), ce qui ne va pas sans remise en cause : le contexte social et politique joue beaucoup. « Le pluralisme des expressions chrétiennes locales a généré aussi des crises identitaires [6]».  Ce terme d’hérésies [7] ne devient péjoratif qu’avec les Pères de l’Eglise qui l’opposent à l’orthodoxie d’une Eglise qui se veut catholique i.e. universelle [8].

325 : concile œcuménique de Nicée I

La crise de l’arianisme va être le premier élément vraiment séparateur dans l’Eglise. La pensée de l’arianisme affirme que si Dieu est divin, son Fils, lui, est d’abord humain, mais un humain disposant d’une part de divinité.concile de Nicée
Le concile convoqué par Constantin, rejeta l’arianisme qui fut dès lors qualifié d’hérésie.

Les empereurs succédant à Constantin revinrent à l’arianisme et c’est à cette foi que se convertissent la plupart des peuples germaniques qui rejoignent l’empire en tant que peuples fédérés. Les wisigoths d’Hispanie restèrent ariens jusqu’à la fin du VIe siècle et les Lombards jusqu’à la moitié du VIIe siècle.

 

381 : concile de Constantinople I  (second œcuménique)

Il condamne les pneumatomaques [9], doctrine qui considère l’Esprit comme une créature.
  • Il établit un symbole de foi (symbole de Nicée-Constantinople) qui complète celui proclamé à Nicée et qui deviendra normatif pour toutes les Eglises Chrétiennes (Il sera reconnu comme œcuménique au concile de Chalcédoine en 451).
En 424 l’Eglise d’Orient (ou d’Assyrie ou de Mésopotamie) , une des premières Eglise Chrétienne, se détache du patriarcat d’Antioche et proclame son autocéphalie et l’autonomie canonique de son Patriarcat en tant que Catholicosat de Séleucie-Ctésiphon, largement pour des questions de sureté, à cause de l’opposition politiques et des guerres entre les Perse et Empire Romain d’Orient [10].
assyriens5N’étant pas appelée à siéger au concile d’Ephese (431) elle ne reconnait pas ses conclusions. Elle fait partie des Eglises appelées « Eglise des deux-conciles » et adopte le nestorianisme en 484 (doctrine christologique affirmant que deux personnes, l’une divine, l’autre humaine, coexistent en Jésus-Christ, doctrine condamné au concile d’Ephèse [11])
Cette Eglise connaitra des scissions :
– En 1552 une partie de l’Eglise d’Orient entre en communion avec l’Eglise Catholique Romaine sous la pression des envahisseurs Portugais. Elle devient l’Église catholique chaldéenne et son patriarche est reconnu comme évêque par le Pape romain.
 – En 1653 en réaction aux vexations des Portugais l’archidiacre Mar Thomas est élu et reconnu par le Patriarche jacobite d’Antioche et restaure l’Eglise jacobite du Malabar : l’Eglise Malankare Mar Thomas
En 1692 Mar Shimbun XIII Dinka rompt la communion avec Rome et restaure sous le nom d’Église apostolique assyrienne de l’Orient, l’antique Eglise d’Orient.
En 1968 création de l’Ancienne Église de l’Orient. La raison directe du schisme a été l’adoption du calendrier grégorien en 1964 [12].
En 2005 le Diocèse apostolique catholique syrien quitte l’Église apostolique assyrienne de l’Orient. Il rejoint, en 2008, l’Église catholique chaldéenne, et entre ainsi dans la pleine communion de l’Église catholique.

 

431 : Concile d’Ephèse (troisième œcuménique)

Il condamne le nestorianisme comme hérésie. À l’inverse des conciles de Nicée (325) et de Constantinople (381) dont les questions théologiques portaient principalement sur l’unicité de Dieu, le concile d’Éphèse marque un tournant dans le dogme en définissant l’union hypostatique des deux natures, humaine et divine, du Christ.

451 : Concile de Chalcédoine (quatrième œcuménique)

Il proclame, en symétrie à celui d’Ephèse, qu’il y a véritablement en Christ deux natures une nature divine et une nature humaine – et non une absorption de son humanité dans sa divinité comme le prétend Eutychès d’Alexandrie. Cette affirmation d’Eutychès correspond en fait à une remise en cause de la pleine humanité du Christ. Le Concile affirme que le Christ est pleinement homme et pleinement Dieu. Son humanité n’est pas « absorbée » par la divinité. L’unité des deux natures est « sans mélange, sans confusion, sans division et sans séparation » définition négative soulignant un mystère qui nous dépasse.
  • Jérusalem devient Patriarcat de plein droit à titre honorifique.
Pour des raisons culturelles et géopolitiques, les Eglises de nombreuses régions aux marges de l’empire romain se sont séparées alors de l’Eglise gréco-latine et connaissent au long du temps des extensions ou des divisions. (Scission des Eglise dites des trois conciles[13])
– L’Eglise Apostolique Arménienne, après le concile de Calcédoine, se sépare de Constantinople en 553 et adopte le miaphysisme [14] en 728
En 1739 l’Eglise Catholique Arménienne rentre dans la communion avec Rome
– L’Eglise Copte Orthodoxe, (voir sur le site article/Eglises/Eglise Copte-Orthodoxe)
eglise_copteEn 1442 est établi un acte d’union mais il est refusé par le peuple d’Alexandrie. Après différents épisodes, en 1895 création par Rome d’un patriarcat Catholique d’Alexandrie et de l’Eglise Copte Catholique
L’Eglise éthiopienne orthodoxe, miaphysite, fondée d’après la tradition par le diacre Philippe au I°s
En 1993 l’Eglise Erythréenne Orthodoxe reconnue Eglise Orthodoxe Autocéphale du fait de la création de l’Erythrée en état souverain.
– En 1961 création de l’Eglise Catholique Ethiopienne à partir de l’Exarchat  apostolique catholique créé en 1951.
En 2015 le pape François l’érige en Église métropolitaine Catholique Erythréenne par détachement de l’Église métropolitaine éthiopienne.
– L’Eglise Syriaque Orthodoxe
Les missionnaires Capucins et Jésuites réussirent à ramener à Rome la majorité des Jacobites d’Alep, en 1662, sera reconnue par la Sublime Porte des Ottomans, l’Eglise Syriaque Catholique.
L’Eglise Malankare Orthodoxe Définitivement séparée en 1975 de l’Église syriaque orthodoxe est reconnue Eglise orthodoxe autocéphale.
En 1930, l’archevêque Mar Ivanios de Bethany et son évêque suffragant Mar Théophile de Tiruvalla quittèrent l’Église syro-malankare orthodoxe (Église syriaque orthodoxe en Inde) pour rejoindre l’Église catholique romaine et rétablir la communion avec l’évêque de Rome. En 1932, Rome créa une métropole syro-malankare : l’Église catholique syro-malankare (de rite syriaque occidental).

(Prochain article: du 4° concile à la rupture de 1053)

Vous pouvez ne pas être d’accord avec mes propos. Vous pouvez même expliquer pourquoi ou apporter des précisions en cliquant sur la bulle en haut à droite.

[1]   Pour faire bref les adeptes de Jésus n’étant pas connus et nommés comme tels.

[2]   Christianus : mot latin qui signifie : « celui du Christ »
[4]  Marie-Françoise Baslez : Bible et histoire, Folio histoire, éd. Gallimard, Paris 1998
[5]   Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, II, 16.
[6]   M.F. Baslez : Comment notre monde est devenu chrétien ; op. cit.
[7]   Du latin haeresis ( doctrine, opinion, système ) emprunté au grec ancien αἵρεσις, haíresis ( action de prendre, choix).
[8]  Ignace d’Antioche, Lettre aux Smyrniotes, VIII, 1 (vers 112)
[9]  Du grec ancien Πνευματομάχοι, pneumatomakhoi (« combattants contre le Saint-Esprit »)
[11]   En 1994, Jean-Paul II signa un accord christologique avec le Patriarche assyrien Mar Dinkha IV Khanania, mettant fin à la controverse nestorienne, ce qui améliora spectaculairement les relations entre les chaldéens catholiques et l’Église assyrienne.
 [12]   Cette décision a provoqué une division au sein de l’Église. La question du calendrier s’est ajoutée à d’autres motifs de mécontentement comme le mode de désignation du patriarche (héréditaire) et sa résidence hors de l’Irak.
 [14] Doctrine issue de la christologie de Cyrille d’Alexandrie, fixée en 726 au synode de Manazkert (Arménie) : « L’unique nature du Verbe de Dieu s’est faite homme, en prenant une chair corruptible et mortelle, comparable à celle d’ Adam après la chute ; mais, par le feu de sa divinité, le Verbe a rendu cette chair immortelle et incorruptible, comme celle du premier homme au paradis.
      En conséquence, le Christ est naturellement impassible. S’il est mort sur la croix, après avoir souffert, ce n’est pas l’effet de sa nature, mais la décision de sa volonté, en vue de notre salut »