Eglise et unité VIIe_Le concile de Trente

Inter-session

 du 28 avril 1552 au 18 janvier 1562

 

10 ans !
La seconde session du concile de Trente se termine le 28 avril 1552 et ne reprendra que le 18 janvier 1562.
Dix ans d’interruption. Pourquoi ?

 

Des raisons politiques:

La paix de Passau signée par Ferdinand, frère de l’empereur Charles Quint en 1552 préfigure les termes de la paix d’Augsbourg qui sera signée en 1555, et qui accorde la légitimité au luthéranisme sur les terres d’empire, et permet aux princes souverains de déterminer quelle sera la religion de leur territoire selon le principe « cujus regio, eius religio » (littéralement  » A chaque région sa religion « )[1]
En 1556, Charles Quint abdique et partage ses possessions entre son fils Philippe II et son frère Ferdinand Ier du Saint-Empire. Il meurt en 1558.

 

En 1559, c’est le roi de France Henri II qui trouve la mort accidentellement.
Son successeur François II meurt dès l’année suivante laissant le trône à son frère Charles IX qui, avec leur mère, Catherine de Médicis, face à une France déchirée, souhaite alors convoquer un concile purement français pour régler la question religieuse. Ce sera la tentative du colloque de Poissy (1561).

 

 

Pour la papauté, un concile séparé est inacceptable.

 

Des raisons religieuses

Jules III prend acte de l’échec du concile en matière d’unité chrétienne.
Il se replie sur la réforme de l’Église catholique mais meurt le 23 mars 1555 avant d’avoir pu publier la bulle « variétas temporum[2] » qui devait réformer profondément la Curie et l’Eglise.

 

Après le après le très bref pontificat de Marcel II (21 jours  du 9 au 30 avril 1555) Paul IV est élu pape à l’âge de 79 ans le 23 mai 1555.
Jusque-là, il n’avait cessé de parler de réformes, mais une fois élu il pratique un népotisme jugé outrancier même pour l’époque.
Pour renforcer l’Église catholique, Paul élargit les pouvoirs de la « Sainte Inquisition ».
Ce fut politiquement et spirituellement une brute[3].
Il ne continua pas le Concile de Trente, qui avait été suspendu, puisqu’il regardait la rénovation de l’Église comme une tâche relevant essentiellement de la Curie pontificale et du Sacré-Collège.
Un de ses derniers actes fut de mettre en vigueur en 1559, une censure des livres par l’interdiction des écritures suspectes d’hérésie et/ou de subvsersion morale par le moyen de l’Index librorum prohibitorum, institution qui demeura (hélas) en vigueur jusqu’en 1966, sous Paul VI.

 

Pie IV, élu en décembre 1559 doit faire face à des pressions divergentes. Le roi d’Espagne Philippe II veut reprendre les débats du concile. L’Empereur Ferdinand Ier, les Français, les Allemands souhaitent l’organisation d’un nouveau concile qui réaliserait un accord avec les protestants.

Le pape convoque de nouveau, le concile, conformément à la capitulation électorale votée par les cardinaux pendant le conclave, et avec l’appui du roi d’Espagne, rouvre en 1562 le concile de Trente.

 

 

[1] Cette doctrine est d’origine protestante et ne correspond pas à la conception catholique du gouvernement civil. En effet, la doctrine catholique exigeait que les souverains soient soumis au pape, ce qui favorisait l’unité religieuse des royaumes et limitait les risques de conflits entre les princes. De surcroît, elle confirme la fin de l’unité confessionnelle de l’Empire, chaque prince souverain ayant désormais le libre choix de se déclarer catholique ou protestant.
[2] « La bulle Varietas temporum, véritable réforme de l’Église en 150 chapitres dont les numéros 86 à 102 concernaient les pratiques curiales des absolutions et des grâces, devait être publiée au printemps 1554. Elle ne fut jamais officialisée, pour des raisons apparemment inconnues, et la mort de Jules III (23 mars 1555) remisa le tout au fond des tiroirs. » in: http://www.publications.efrome.it/opencms/export/sites/efrome/documenti/B347_FRANCE_POUVOIR_PONTIFICAL_PONCET_INTRODUCTION.PDF.pdf.

 

 

Eglise et unité VIId_Le concile de Trente

Deuxième session:

Huit sessions, du 1 mai 1551 au 28 avril 1552.

 

 

Jules III, succède à Paul IV en 1550
En 1542, on lui avait confié le travail préparatoire à la convocation du concile de Trente.
 En février 1545, il fut nommé le premier président du concile. Il y représentait les intérêts pontificaux contre l’empereur Charles-Quint.
Prié par l’empereur de rouvrir rapidement le Concile, il donne son accord et dans une Bulle, datée du 13 novembre 1550, il ramène le concile de Bologne à Trente et ordonne qu’on y reprît les séances le 1er mai 1551.

 

 

Charles Quint force ses États protestants à dépêcher des représentants au concile. Seuls les ducs de Saxe et de Wurtemberg, l’électeur de Brandebourg et la ville de Strasbourg s’y plient. Sitôt arrivés, les ambassadeurs protestants posent leurs conditions, qui sont rejetées par le concile qui, au contraire, réaffirme le dogme de la transsubstantiation. Parallèlement, les Pères espagnols et la papauté s’opposent sur la réforme disciplinaire des clercs.

Les discussions portèrent sur l’Eucharistie, la pénitence, l’extrême-onction, et sur des questions juridiques, sans oublier toutefois, de jeter l’anathème contre les thèses de Zwingli et de Luther.[1]

En 1552, les États protestants et Henri II déclarent la guerre à Charles Quint. L’armée de Maurice de Saxe qui dirige la ligue de Smalkalde[2] menace le sud de l’Allemagne.
Le Concile est suspendu de nouveau le 15 avril 1552 parce que les évêques français ne peuvent pas y participer et que, pour échapper à ses ennemis, l’empereur doit fuir d’Innsbruck et signer la paix de Passau, défavorable aux impériaux
Le 28 avril, le concile est levé et évacue la ville.

 

Le nombre de votants n’a pas dépassé les 65 pendant cette deuxième session.

 

[1] Textes et décrets du concile: http://lesbonstextes.awardspace.com/trentetabledeschapitres.htm

[1] La ligue de Smalkalde  est une union militaire au sein de l’Empire romain germanique de Charles Quint, formée  en 1531, par des princes protestants allemands du Nord dirigés par Philippe de Hesse, puis l’Électeur Jean-Frédéric de Saxe. Ces princes ont besoin d’appuis supplémentaires. La ligue demande alors l’aide du grand rival de l’Empereur, le roi de France François Ier, puis Henri II

 

 

Semper reformanda

Les protestants, dont je suis, sont les champions tous azimut de la réforme. L’année 2017 vient de nous le rappeler à satiété. Mais il ne faut pas que cette pulsion réformatrice devienne trompeuse.
Fêter les 500 ans de Luther, c’est bien. Pas seulement pour les protestants.

 

La tendance du protestantisme est assez paradoxale; les évangéliques cultivent souvent un conservatisme peu critique, là où les libéraux sont tentés de fuir en avant, confondant l’esprit de la réforme avec l’adaptation illimitée aux modes du temps présent.

Or la vraie Réforme comporte deux implications rigoureuses et exigeantes: la fidélité à l’Evangile, d’une part, le respect de la communion fraternelle, d’autre part. La fidélité à l’Evangile ne signifie pas le fondamentalisme littéraliste, mais demande de nous laisser inspirer par l’Esprit de l’Evangile. Par exemple, l’amour inconditionnel des personnes homosexuelles va dans ce sens, mais pas nécessairement l’idée d’un mariage pour tous, peu conforme à l’idée du mariage chrétien. Le respect de la communion fraternelle n’exige pas une unanimité de doctrine et d’éthique, mais la capacité de vivre ensemble des divergences pratiques et théoriques.

Entre catholiques et protestants, nous avons encore de grandes différences doctrinales, par exemple sur la question des ministères et des sacrements.
Comme protestants, nous considérons depuis belle lurette que les femmes sont tout aussi bien habilitées à exercer le saint ministère pastoral que les hommes, et qu’elles peuvent donc également célébrer tous les sacrements. Et, de même, nous reconnaissons pleinement le droit des pasteurs, hommes ou femmes, à se marier.
Nous sommes persuadés que l’Eglise catholique finira un jour par adopter de tels points de vue. Pour le moment, nous vivons ces réalités dans la divergence, sans que cela doive entraver nos relations œcuméniques.

C’est dire que l’œcuménisme n’est jamais une paisible ou insipide cohabitation entre des points de vue figés: il est toujours légitime et fécond de nous interpeller mutuellement. Je respecte le point de vue catholique; mais je ne l’estime jamais définitif ni intouchable.

Comme l’Eglise protestante, l’Eglise catholique est sans cesse à réformer.
Aimons-nous, sans jamais renoncer au questionnement réciproque.

 

Denis Müller | 06.11.2017
Théologien et éthicien protestant, professeur honoraire d’éthique à l’université de Lausanne (Faculté de théologie et de sciences des religions), et à la Faculté autonome de théologie protestante de l’université de Genève.

 

Source: https://www.cath.ch/blogsf/semper-reformanda/

Victor Hugo et la Bible

On doit au poète et romancier français, l’un des rares poèmes sur la Bible. On le trouve dans le recueil des Contemplations intitulé «Aux Feuillantines». Il relate la découverte émerveillée de la Bible par trois enfants :

… Sur le haut d’une armoire un livre inaccessible.
Nous grimpâmes un jour jusqu‘à ce livre noir ;
Je ne sais pas comment nous fîmes pour l’avoir,
Mais je me souviens bien que c’était une Bible…
Des estampes, partout ! Quel bonheur ! Quel délire !…
Nous lûmes tous les trois ainsi, tout le matin,
Joseph, Ruth et Booz, le bon Samaritain ;
Et, toujours plus charmés, le soir nous le relûmes…

 

 

                Victor Hugo et la Bible Martin

Le jeune Hugo emprunte de nombreux ouvrages à la Bibliothèque de l’Arsenal et à la Bibliothèque royale. Les registres de prêts attestent qu’il en a sorti le 26 juin 1822 un des volumes de « La Sainte Bible contenant l’Ancien et le Nouveau Testament, traduite en français sur la Vulgate, par Lemaistre de Sacy, 1701 »
Trente ans après, le 6 juillet 1852, Victor Hugo s’est réfugié à Bruxelles. Il écrit à son épouse : « J’avais aussi des volumes très précieux, Ronsard, l’Histoire de Paris, ma Bible… Je pense que tu as tout mis en sûreté. »
On peut toujours voir aujourd’hui, dans la bibliothèque de sa maison d’exil à Guernesey (Hauteville House), la Bible de David Martin, sa préférée.

                « Une Bible par cabane »

Dans son livre « Claude Gueux », Victor Hugo dénonce la misère dans laquelle la société abandonne le peuple. C’est l’histoire d’un homme ne sachant ni lire ni écrire, sans travail qui, voyant sa famille mourir de faim, vole et est condamné à cinq ans de prison. Grâce à cette histoire vraie, Victor Hugo démontre que la société pervertit l’homme en le laissant dans l’ignorance et la pauvreté.
Son premier vœu est que la société donne accès à l’instruction gratuite et obligatoire pour tous les hommes. Cependant cela ne suffit pas : encore faut-il savoir quoi lire. Quel livre peut apporter réconfort, espérance ? Quel livre offre un message d’amour qui s’adresse à tous les hommes ? Victor Hugo reconnaît que seule la Bible a ce pouvoir d’insuffler l’espérance à un homme découragé.
Que chaque homme possède une Bible et un travail, la misère et la corruption disparaîtront. C’est le message que Victor Hugo a laissé à la postérité : « Souvenez-vous qu’il y a un livre… plus éternel que la charte de 1830 : c’est l’Écriture Sainte. Donc ensemencez les villages d’évangiles. Une Bible par cabane. Que chaque livre et chaque champ produisent à eux deux un travailleur moral. »

José Loncke

Lire l’article sur Croire et Vivre

 

un œcuménisme assumé

Les Églises réformée et catholique vaudoises renforcent l’utilisation mutuelle de leurs lieux de culte

La nouvelle convention entre réformés et catholiques sur l’utilisation des lieux de culte reflète un œcuménisme assumé.

« Nous avons adapté les procédures à la réalité. La nouvelle convention certifie que l’œcuménisme n’est pas une option, mais une évidence. Il y a trente ans, ce document aurait nécessité une longue réflexion, alors qu’actuellement il s’agit d’une simple procédure administrative », se réjouit Cédric Pillonel, secrétaire général de la Fédération ecclésiastique catholique romaine du canton de Vaud (FEDEC-VD). Une nouvelle convention sur l’utilisation des lieux de culte entre réformés et catholiques vaudois est entrée en vigueur le 1er septembre 2017, remplaçant celle de 1984.

Des messes dans des temples et des cultes dans des églises catholiques. La nouvelle convention entre réformés et catholiques sur l’utilisation des lieux de culte reflète un œcuménisme assumé.

« Nous avons adapté les procédures à la réalité. La nouvelle convention certifie que l’œcuménisme n’est pas une option, mais une évidence. Il y a trente ans, ce document aurait nécessité une longue réflexion, alors qu’actuellement il s’agit d’une simple procédure administrative », se réjouit Cédric Pillonel, secrétaire général de la Fédération ecclésiastique catholique romaine du canton de Vaud (FEDEC-VD). Une nouvelle convention sur l’utilisation des lieux de culte entre réformés et catholiques vaudois est entrée en vigueur le 1er septembre 2017, remplaçant celle de 1984.

« La principale nouveauté concerne l’utilisation régulière et sur la durée d’un lieu attribué à l’autre confession », souligne Xavier Paillard, le président du Conseil synodal (exécutif) de l’Église réformée évangélique du canton de Vaud (EERV). Jusqu’à maintenant, il s’agissait principalement de situations ponctuelles, comme l’utilisation d’un temple pour un enterrement catholique ou l’inverse, notamment dans des petits villages où il n’y a pas d’édifices de la confession du défunt. La convention vaut pour l’ensemble des lieux de cultes des deux Églises, sauf la cathédrale de Lausanne et l’abbatiale de Romainmôtier, et concerne les célébrations paroissiales, d’aumônerie ou de groupes particuliers, les services funèbres et les mariages.

« Notre volonté a été d’assouplir l’échange de lieux de culte et de renforcer le côté complètement réciproque de cette démarche », explique Xavier Paillard. « Nous avons également adapté le vocabulaire à la loi sur les relations entre l’État et les Églises reconnues de droit public (LREEDP), établie en 2007 », précise le pasteur.

Eviter les temples inoccupés

Actuellement, un des projets du Conseil synodal vise à réduire le nombre de cultes dominicaux afin de rassembler les participants. Les temples inoccupés pourraient-ils devenir des églises catholiques ? « Nous y réfléchissons. Si les paroisses délaissent certains édifices, la question se posera. Il serait ridicule que les catholiques construisent de nouvelles églises alors que des monuments se trouveraient inoccupés. Mais tout cela se décidera au cas par cas et avec les communes propriétaires », explique le président du Conseil synodal.

Source : Protestinfo – novembre 2017

 

Eglise et unité VIIc_Le concile de Trente

Inter-session

17 septembre 1549 – du 1 mai 1551

 

Après l’état semi-comateux de la dernière année du concile à Bologne, le pape « autorise les derniers évêques encre sur place à retourner chez eux » sans ajourner ni clôturer le concile [1].

Après la mort de Paul III le 10 novembre 1549 c’est un candidat de compromis qui est élu: Giovanni Del Monte le principal légat à Trente qui prend le nom de Jules III. Sans être un parangon de vertu, vu les mœurs du temps on peut le considérer comme modèle de retenue…
Neutre politiquement, il souhaite ne fâcher ni le Roi de France ni l’Empereur et est prêt a autoriser le reprise du concile à Trente pourvu que ce dernier ne remette pas en cause l’autorité du Siège Apostolique et ne se mêle pas de réforme de la Curie ( Même s’il ne tombe pas dans le népotisme effréné de son prédécesseur, il est sujet de quelques scandales peu reluisants)

 

Ce climat politique plus favorable incite Charles Quint à tenter de faire pression sur les Luthériens pour les faire venir à Trente. Mais les conditions posées par ceux-ci sont telles qu’ il n’y a pas de terrain d’entente possible. Et sauf l’Empereur pour des raisons politiques internes, personne ne le souhaite vraiment.[2]

La guerre entre Henri II de France qui a succédé à François Ier le et Charles Quint vint mettre la pagaille là où c’était déjà le désordre et tout le monde se trouva brouillé avec tout le monde.

 

C’est au milieu de ce chaos que va s’ouvrir l’éphémère seconde session du Concile de Trente.

 

[1] John O’Malley: le concile de Trente, p172 Editions Lessius Paris 2013
[2] Les conditions sont: Considérer toutes les décisions prises à la première session comme nulles et non avenues; de pouvoir voter au même titre que les évêques; de fonder toutes les décisions sur les Ecritures; et que l’assemblée ne soit sous la présidence ni du Pape ni de ses légats. (John O’Malley op.cit.)

Le concile de Trente I_Première session

 

 Première période: Huit sessions, du 13 décembre 1545 au 17 septembre 1547

 

Etat politique
Charles V d’Espagne, après une guerre sans bénéfice avec François 1er lance une guerre contre la ligue de Smalkalde [1] et persuade la Pape Paul III de s’allier à lui, espérant en cas de victoire obliger les Luthériens à venir au Concile.
La durée de la guerre et sa conclusion vont faire échouer ce projet.

A la fin de son pontificat (1549) alors qu’il négocie avec l’Empereur la suspension du concile, le Pape va tenter de monter une ligue contre lui comprenant la France, la Suisse, de nombreuses villes italiennes et parle même de relancer les Turcs contre Vienne !

Etat religieux:
La chrétienté est profondément divisée avec d’un côté l’Empereur, le pape, et l’Angleterre et de l’autre la ligue de Smalkalde soutenue par le roi de France.
A l’ouverture du concile il y a seulement quatre Cardinaux (dont les trois légats) quatre archevêques, vingt et un évêques (un Anglais, un Français, un germanique, quatre Espagnols et quatorze Italiens) et les cinq supérieurs d’Ordres Mendiants. Calvin plaisantera à ce sujet : « Si c’était seulement un synode provincial, ils devraient avoir honte de se trouver si peu [2]« 

 

Le concile:
Les Pères conciliaires qui se réunissent pour cette première session, comme leurs théologiens, ont été témoins de la rupture avec Luther. Mais formés à l’école humaniste ils espèrent pouvoir concilier une condamnation des « erreurs » des réformateurs sans condamner les réformateurs eux-mêmes.
Le légat qui ouvre la première session précise les buts de la réunion : exaltation de la foi et de la religion chrétienne, extirpation des hérésies, paix et union de l’Église, réformation du clergé, extinction des ennemis du christianisme.
Tous les aspects de l’Église sont visés.
Rapidement, les Pères conciliaires entendent s’affranchir de la tutelle impériale. Contre Charles Quint qui entendait les limiter aux abus ecclésiastiques, ils se saisissent également des questions dogmatiques. Ils décident également de se saisir ensemble des questions de réforme nécessaires qui en résulteraient.
Devant leur audace, Paul III s’inquiète, alors que ses relations avec l’Empereur se tendent.
Les Pères condamnent les doctrines protestantes cherchant à préciser la doctrine catholique face à la doctrine protestante d’une façon très tranchée :
  • le 8 avril 1546, décret sur la réception des livres saints et des traditions.
  • le 17 juin, décret sur le péché originel.
  • le 13 janvier 1547, décret sur la justification
  • et le 3 Mars 1547, décret sur les sacrements [3]
Ils ne réussissent pas cependant à faire advenir la réforme de la tête tellement souhaitée –et si nécessaire.
En 1547, les protestations répétées et violentes des prélats allemands envers l’autorité papale amenèrent les légats à faire courir le bruit que la peste était aux portes de la ville.
Giovanni Maria Del Monte, légat pontifical et secrétaire du concile, fait transférer le concile à Bologne, plus au centre de l’Italie, et en territoire pontifical. Furieux, Charles Quint interdit à ses prélats de quitter Trente, et déclare invalide le transfert.
Dès lors, les sessions tenues à Bologne sont purement formelles. Les pères conciliaires, uniquement Italiens, prennent soin de ne prendre aucune décision, qui serait contestée par l’Empereur : aucun décret n’est voté pendant cette session. Parallèlement, Charles Quint ne fait pas poursuivre les travaux aux prélats allemands restés à Trente.

 

Le pape met donc fin à cette première série de réunion qui a compté jusqu’à 70 votants le 17 septembre 1549.
Il meurt peu après (le 10 novembre 1549).

 

[1] Le 27 février 1531, différentes principautés et villes d’Allemagne constituent à Smalkalde, en Thuringe, une ligue destinée à tenir tête à l’empereur Charles Quint. Les ligueurs, tous protestants de confession luthérienne, entendent avant tout préserver leur liberté religieuse. Pour cela, ils ne craignent pas de solliciter l’aide du très catholique roi de France.
Après la paix de Crépy-en-Laonnois conclue en 1544 avec François 1er, l’empereur décide d’en finir avec la ligue. Après une victoire des troupes impériales à Mühlberg, en 1547, le landgrave fait sa soumission tandis que l’Électeur est déposé et remplacé par son rival Maurice de Saxe.
Malgré ce succès, Charles Quint va devoir se résigner à la division religieuse de l’Allemagne. (Paix d’Augsbourg en 1555)
[2] Jean Calvin: « Les actes du concile de Trente avec le remède contre le poison » (1547)
[3] Pour le détail du texte des décrets voir : http://nouvl.evangelisation.free.fr/concile_de_trente.htm

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Comment le “hand spinner“ vous fera faire de la théologie

Par EDMOND PROCHAIN publié le 22/05/2017

C’est le gadget à la mode : un petit objet que l’on fait tourner entre ses doigts et aurait des effets positifs contre le stress et pour la concentration. Vertus auxquelles on pourrait donc ajouter… la théologie trinitaire.

La légende du « hand spinner » s’est répandue aussi vite que cette drôle de toupie s’est incrustée entre les mains des adolescents ou de vos collègues de bureau. Originellement conçu pour aider à la concentration des enfants autistes, cet objet qui semble tourner à l’infini une fois lancé viendrait remplacer de nombreux gestes du quotidien, du stylo qu’on manipule en permanence aux cheveux enroulés autour d’un doigt, en passant par les ongles rongés… Le phénomène est tel que la question finit par se poser : faut-il faire la chasse au jouet du moment ou simplement attendre que la mode passe ? Il existe pourtant une autre option, plus étonnante : en profiter pour comprendre enfin le concept chrétien de la Trinité !

Observons en effet les caractéristiques de l’objet. Un « hand spinner » est composé d’un axe central autour duquel se déploient trois bras (sur la plupart des modèles, du moins), chacun étant lesté de la même façon pour garantir l’équilibre. Dès que la toupie commence à tourner sur elle-même, la force centripète vient encore renforcer son équilibre, si bien qu’on peut la faire tenir aisément sur un doigt aussi longtemps qu’elle reste en mouvement.

Mais alors, quel rapport avec la théologie ? Eh bien il se trouve que par sa forme générique, le « hand spinner » n’est pas sans rappeler un vieux symbole chrétien, connu sous le nom de « bouclier » (ou « écusson ») de la Trinité. Il s’agit en effet d’un schéma très simple, de forme triangulaire, qui explique comment le Père, le Fils et l’Esprit saint peuvent être trois personnes distinctes tout en étant un seul Dieu.

Comment le « hand spinner » vous fera faire de la théologie

Dieu y est en effet l’axe central autour duquel « tournent » les trois personnes de la Trinité, toutes égales et participant d’une même substance divine (on dit qu’elles sont consubstantielles). Les Pères de l’Église différenciaient ainsi, en grec, l’ousia (l’essence, l’être) et l’hupostasis (l’hypostase, soit le fondement, traduit ensuite par « personne »). Il n’y a donc pas trois dieux différents mais un seul Être, au sein duquel coexistent trois personnes dans un mouvement incessant d’amour que la théologie chrétienne a d’ailleurs appelé périchorèse… du grec périchôrèsis, que l’on peut traduire par «rotation ».

Le schéma est né comme une interprétation visuelle d’un texte apparu au VIe siècle, le Symbole d’Athanase (attribué à Athanase d’Alexandrie, rien ne prouve cependant qu’il en soit réellement l’auteur). Également appelé Quicumque (son premier mot en latin), il s’agit d’un credo dont voici les premières lignes : « Quiconque veut être sauvé doit, avant tout, tenir la foi catholique : s’il ne la garde pas entière et pure, il périra sans aucun doute pour l’éternité. Voici la foi catholique : nous vénérons un Dieu dans la Trinité et la Trinité dans l’Unité, sans confondre les Personnes ni diviser la substance : autre est en effet la Personne du Père, autre celle du Fils, autre celle du Saint-Esprit ; mais une est la divinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit, égale la gloire, coéternelle la majesté. » L’idée de « tenir la foi catholique » pour être sauvé a inspiré cette image de bouclier rappelant la Trinité.

Revenons, alors, au « hand spinner ».
Sa ressemblance avec le « bouclier » de la Trinité a l’avantage de permettre une application visuelle aux concepts légèrement complexes d’essence et d’hypostases, de substance et de personnes… Prenez en main l’objet et observez ses trois branches, séparées et pourtant liées entre elles en un seul objet. Faites-le désormais tourner : l’élan donné par le roulement à billes de l’axe central fait que vous ne voyez plus entre vos mains qu’un seul disque complet. Mus par l’élan perpétuel de l’amour divin, Père, Fils et Esprit ne sont qu’un seul et même Dieu.
Vous venez de comprendre la Trinité.

 

Tirée par les cheveux, cette récupération catéchétique d’un gadget à la mode ? Sans doute un peu.
Mais n’oublions pas que la tradition catholique s’est très souvent inspirée d’éléments de culture populaire pour rendre sa théologie accessible à tous. C’est ainsi que saint Patrick évangélisa l’Irlande au Ve siècle en utilisant l’image du trèfle pour expliquer – déjà ! – le concept trinitaire.

Le concile de Trente I_ Avant le concile

Avant le concile

Etat politique

Dans la Bulle que, plus tard, il devait envoyer au concile de Trente, Paul III résumerait parfaitement la situation lors de son arrivée au trône pontifical: « En ces jours-là, tout était plein de haines et de dissensions. Partout s’opposaient les uns aux autres les princes à qui Dieu confia le gouvernement. L’unité du nom chrétien était disloquée par les schismes et les hérésies. Les Turcs, par mer et par terre, progressaient; Rhodes était perdue, la Hongrie dévastée, l’Italie menacée, comme l’Autriche et la Slavonie. La colère divine s’abattait sur nous tous pécheurs. »

L’irruption du protestantisme, c’est-à-dire d’un grand nombre de chrétiens qui ne reconnaissent plus l’autorité de l’Église, complique le jeu délicat qui se joue depuis Constantin entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel. Le Saint-Empire romain germanique est concerné au premier chef. L’Appel à la noblesse chrétienne de la nation allemande que Luther publie en 1520 encourage l’élite du pays à se séparer de Rome. L’indépendance religieuse que propose Luther apparaît aux princes allemands comme le complément de leur indépendance vis-à-vis de l’empereur et du pape.

En 1547, Charles Quint, empereur, remporte une victoire militaire à Mühlberg contre une coalition commandée par l’électeur de Saxe, protecteur de Luther. Mais Charles Quint n’avait vaincu que par les armes des États qui s’étaient réunis au nom de la foi.
La paix d’Augsbourg signée entre les États du Nord et Ferdinand Ier en 1555, consacre le principe  » « Cujus regio, ejus religio  » (A chaque région sa religion ), c’est-à-dire que la religion du peuple est la religion de son prince.

 

Etat religieux

Déjà Innocent III en convoquant le 4° concile du Latran (Latran IV du 11 au 30 novembre 1215) était persuadé que La réforme des mœurs du clergé et de la discipline des laïcs étaient la solution à tout succès d’une hérésie[1].

Le nouveau pape, Clément VII, un Médicis, a peur du concile pour lui-même (il est de naissance illégitime et a été élu grâce à sa puissance financière) et il a peur d’une contestation du pouvoir monarchique du pape.

Le 5° concile du Latran (Latran V du 3 mai 1512 au 16 mars 1517) est réuni pour répondre aux français qui réclamaient une certaine indépendance de l’Eglise de France (gallicanisme) était complètement dans la main du pape Dans le sermon d’ouverture du concile, le supérieur général des Augustins, Gilles de Viterbe, fait une description hélas réaliste des abus de la Curie et des bénéficiers.

Ce concile entame une timide réforme de la Curie romaine: il déclare nulle et non avenue toute élection papale entachée de simonie, rappelle les cardinaux à leurs devoirs et tente de limiter les tarifs pratiqués par la Curie. En ce qui concerne le clergé, il fixe de nouveau un âge minimal pour les évêques (30 ans), interdit la commende[2], le cumul de bénéfices, et restreint certaines exemptions.

En fait la pratique des Papes elle-même est en contravention avec ces beaux principes: le premier acte du pontificat de Paul III qui convoquera le concile est de créer Cardinaux deux de ses petits-enfants (il est père de quatre enfants) âgés de 14 ans. Et les Papes suivants s’ils sont plus vertueux dans leur vie privée n’hésitent pas à promouvoir leurs proches.

Cela peut paraître des cancans plus dignes de « Closer » que d’une chronique sur l’histoire de l’Eglise, mais il se trouve que l’action des Papes sur la « mécanique » du concile consistera à éviter tout article de réforme de la curie romaine en grande partie pour préserver les privilèges qui leurs permettent d’enrichir leurs familles.

A l’orée de ce Concile, même si -au moins au début- elle désire trouver un terrain d’entente avec les Protestants, la papauté doit accepter la réalité. Les pays latins, la France, l’Autriche, la Pologne et la Hongrie restent dans le giron du catholicisme, mais la plus grande partie de l’Europe du Nord et une majorité d’États allemands basculent du côté du protestantisme.

 

Pourquoi ce concile ?

Le Concile fut convoqué par le pape Paul III suite aux demandes insistantes de Charles Quint, Empereur du Saint Empire Germanique en 1542, pour entreprendre la réforme de l’Église catholique face à la Réforme protestante qui menaçait l’unité de ses états.

Le défi de Luther était de deux ordres:

  • Le premier concerne la façon dont nous sommes sauvés. Et pour Luther avant d’être une question théologique c’est une question existentielle et personnelle:  » Comment puis-je trouver un Dieu miséricordieux ? » Sa réponse sera par la foi seule tirée de l’Ecriture seule
  • Le second défi est d’ordre pratique: réforme des diverses fonctions ecclésiastique et des pratiques religieuses

Le concile de Trente est conçu au départ pour dialoguer avec les Protestants appelés de façon générique « les luthériens » et si possible les ramener dans l’ Eglise Catholique. Mais le temps du dialogue est passé et les conditions mises par les « luthériens » à leur venue est incompatible avec les projets de Rome.

Le concile va donc être conçu comme une instance de condamnation des « luthériens ». Quant à la réforme de l’église, le pape fait de la réforme de la curie un domaine réservé (pour un tas de mauvaises raisons exposées plus haut)

Le but déclaré du concile sera donc « l’éradication des hérésies et la réforme du clergé et du peuple chrétien » avec véto absolu contre toute tentative de traiter de la question de l’autorité du siège apostolique. Le fantômes du conciliarisme[4] du Concile de Constance étant encore très présent

 

Mais, en raison des guerres et du contexte politique, le Concile comporta trois grandes périodes: de 1545 à 1549, (le Concile fut transporté provisoirement à Bologne en 1547), puis de 1551 à 1552 sous le pontificat de Jules III, (mais sans représentant français). De nouveau suspendu, pendant dix ans de 1552 à 1562 à la suite de l’invasion de l’Allemagne méridionale par les troupes protestantes, sa dernière période, de 1562 à 1563, eut lieu sous le pontificat de Pie IV.

 

 

[2] Dans le régime de la commende, un ecclésiastique ou un laïc tient une abbaye ou un prieuré « in commendam« , c’est-à-dire en percevant personnellement les revenus de celui-ci.
[4]    Le conciliarisme est une théorie ecclésiologique qui affirme qu’un concile œcuménique a autorité suprême dans l’Église catholique, autrement dit qu’un concile général d’évêques constitue une instance supérieure au pape. Si la question de la prééminence est discutée dès les premiers temps de l’Église, cette théorie apparaît surtout lors du grand schisme d’Occident (1378 – 1417), avant d’être finalement condamnée lors du premier concile œcuménique du Vatican en 1870 (constitution dogmatique Pastor æternus), puis à nouveau rejetée lors du concile Vatican II (constitution dogmatique Lumen gentium, promulguée le 21 novembre 1964). (https://fr.wikipedia.org/wiki/Conciliarisme)

Déclaration de foi de l’Eglise protestante unie de France

Le Synode national de l’Eglise protestante unie de France réuni à Lille du 25 au 28 mai 2017 adopte la Déclaration de foi qui suit : 

 

En Jésus de Nazareth, Dieu révèle son amour pour l’humanité et le monde.
L’Église protestante unie de France le proclame avec les autres Églises chrétiennes. Sur la lancée de la Réforme, elle annonce cette bonne nouvelle : Dieu accueille chaque être humain tel qu’il est, sans aucun mérite de sa part. Dans cet Evangile de grâce, au cœur de la Bible, se manifeste l’Esprit de Dieu. Il permet à l’Église d’être à l’écoute des textes bibliques et de se laisser conduire par eux au quotidien.

 

Dieu nous a créés, nous invitant à vivre en confiance avec lui. Nous trahissons pourtant cette confiance, et nous voilà confrontés à un monde marqué par le mal et le malheur. Mais une brèche s’est ouverte avec Jésus, reconnu comme le Christ annoncé par les prophètes : le règne de Dieu est déjà à l’œuvre parmi nous.

 

Nous croyons qu’en Jésus, le Christ crucifié et ressuscité, Dieu a pris sur lui le mal.
Père de bonté et de compassion, il habite notre fragilité et brise ainsi la puissance de la mort. Il fait toutes choses nouvelles !
Par son Fils Jésus, nous devenons ses enfants. Il nous relève sans cesse : de la peur à la confiance, de la résignation à la résistance, du désespoir à l’espérance.

L’Esprit saint nous rend libres et responsables par la promesse d’une vie plus forte que la mort. Il nous encourage à témoigner de l’amour de Dieu, en paroles et en actes.

Dieu se soucie de toutes ses créatures. Il nous appelle, avec d’autres artisans de justice et de paix, à entendre les détresses et à combattre les fléaux de toutes sortes : inquiétudes existentielles, ruptures sociales, haine de l’autre, discriminations, persécutions, violences, surexploitation de la planète, refus de toute limite.

Dans les dons qu’elle reçoit de Dieu, l’Eglise puise les ressources lui permettant de vivre et d’accomplir avec joie son service : proclamation de la Parole, célébration du baptême et de la cène, ainsi que prière, lecture de la Bible, vie communautaire et solidarité avec les plus fragiles.

L’Église protestante unie de France se comprend comme l’un des visages de l’Église universelle. Elle atteste que la vérité dont elle vit la dépasse toujours.

A celui qui est amour au-delà de tout ce que nous pouvons exprimer et imaginer, disons notre reconnaissance.
« Célébrez Dieu, car il est bon et sa fidélité dure pour toujours. »[1]

 

[1] Psaume 118,1

 

Source: eglise-protestante-unie