L’Eglise orthodoxe ukrainienne obtient l’autocephalie du Patriarcat oecuménique

Sous tutelle russe depuis 332 ans, l’Eglise orthodoxe ukrainienne obtient son indépendance

Source: Le Monde du 11 octobre 2018 

Le patriarche de l’Eglise orthodoxe ukrainienne, Philarète, lors d’une conférence de presse à Kiev, le 11 octobre.
Le patriarche de l’Eglise orthodoxe ukrainienne, Philarète, lors d’une conférence de presse à Kiev, le 11 octobre. GENYA SAVILOV / AFP

Le patriarcat de Constantinople, avec à sa tête Bartholomée Ier, considéré comme le « premier parmi ses pairs » dans le monde orthodoxe, a reconnu, jeudi 11 octobre, l’indépendance de l’Eglise orthodoxe ukrainienne. Une décision très politique.

Dans un communiqué rendu public à l’issue d’un synode de deux jours, le patriarcat œcuménique qui siège à Istanbul ne s’est en effet pas contenté de réitérer sa volonté « déjà acquise » d’octroyer l’autocéphalie à l’Eglise ukrainienne, ni même de « réintégrer dans ses fonctions hiérarchiques » le patriarche de Kiev, Philarète, excommunié depuis onze ans ; il a aussi « révoqué » le décret qui avait placé les croyants ukrainiens sous la tutelle directe du Patriarche de Moscou… en 1686.

C’est un séisme et sans doute le plus grave revers jamais essuyé par la puissante Eglise orthodoxe russe. « Par ses actes, le patriarcat de Constantinople a franchi une ligne rouge », a fustigé l’un de ses représentants, Alexandre Volkov, en agitant l’épouvantail d’un « schisme ». La décision « sans précédent » de lever l’anathème qui pesait sur Philarète, a renchéri Vladimir Legoïda, porte-parole de l’Eglise russe, « sape les fondements du système canonique orthodoxe ».

Le patriarcat de Moscou, qui devrait réunir son propre synode, le 15 mars 2019 à Minsk, en Biélorussie, est resté silencieux jeudi soir. Il pourrait décider de rompre totalement ses relations avec Constantinople, avec lequel les relations n’ont cessé de se tendre. Cela aboutirait, de fait, à un schisme inédit depuis mille ans dans la chrétienté.

Un conflit, aussi, politique

Dès l’indépendance de l’Ukraine en 1991, après la chute de l’Union soviétique, l’influence de l’Eglise russe avait commencé à être contestée. Ancien hiérarque du patriarcat de Moscou, Philarète avait créé une Eglise ukrainienne affranchie à la tête de laquelle il s’était autoproclamé patriarche, ce qui lui avait valu d’être excommunié en 1997.

Non reconnu jusqu’ici par aucune instance orthodoxe, sa place, relativement modeste, n’a toutefois cessé de croître après l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014 et le conflit meurtrier qui oppose depuis plus de quatre ans des séparatistes prorusses et les forces loyales à Kiev dans le Donbass, à l’est du pays.

Sans doute le patriarche de Moscou paie-t-il aussi sa proximité affichée avec le président russe Vladimir Poutine. En réaction, mais aussi parfois sous la contrainte, des dizaines d’édifices religieux ont petit à petit basculé du côté du « dissident » Philarète, aujourd’hui âgé de 89 ans, surtout dans la partie ouest de l’Ukraine.

« Les gens descendront dans la rue »

Le patriarcat de Moscou règne sur 11 392 édifices et 12 328 communautés de croyants (contre 3 784 édifices et 5 114 communautés qui ont rallié sa rivale). La bataille s’annonce déjà particulièrement âpre autour de la Laure des grottes de Kiev, le principal monastère et la résidence du primat.

Le patriarche Philarète lors d’une messe à la cathédrale Volodymysky à Kiev, le 11 octobre.  Le patriarcat œcuménique orthodoxe de Constantinople a reconnu, le même jour une église indépendante en Ukraine.
Le patriarche Philarète lors d’une messe à la cathédrale Volodymysky à Kiev, le 11 octobre.  EFREM LUKATSKY / AP

Quelques minutes après la fin du synode d’Istanbul qui a levé l’anathème sur lui, le patriarche de Kiev annonçait son intention ’organiser « prochainement » un synode destiné à réunir toutes les sensibilités orthodoxes. « C’est Moscou qui veut une confrontation, nous, les Ukrainiens, n’en voulons pas », a-t-il assuré devant des journalistes et une petite foule réunis, tandis que sur les réseaux sociaux, des internautes laissaient éclater leur joie.

Interrogé pour sa part sur un éventuel appel de l’Eglise orthodoxe russe à ses fidèles pour défendre sa présence, le métropolite Hilarion, chef du département des relations extérieures du patriarcat de Moscou, avait déjà répondu à l’avance : « Bien sûr les gens descendront dans la rue pour défendre leur sanctuaire. » « C’est l’Eglise qui réunit la majorité des orthodoxes malgré les fausses statistiques qu’utilisent certains médias et que le patriarche Bartholomée a malheureusement crues », a-t-il affirmé, cité par les médias russes.

 

UN FORUM CHRÉTIEN FRANCOPHONE SUR LYON

Les Églises de France et d’Europe Francophone (Belgique, Suisse, Luxembourg) veulent  contribuer significativement à la découverte et à la consolidation de leurs liens fraternels.
Elles vont s’appuyer sur la vision du  Forum Chrétien Mondial, formulée en 2002 afin  d’offrir un espace de rencontre entre des responsables ecclésiaux de toutes traditions et expressions et sur l’expérience des premiers Forums de 2007 au Kenya, de 2011 en Indonésie et de 2018 en Colombie.
Récemment, plusieurs forums nationaux ou régionaux ont vu le jour (au Pays-Bas, au Bangladesh, en Indonésie, en Inde, en Tanzanie, en Pologne),
Le premier Forum Chrétien Francophone se tiendra  à Lyon, métropole européenne, dotée d’une intense histoire œcuménique.

Ce forum rassemblera 250 responsables ecclésiaux au Centre de conférences de Valpré, du 28  au 31 Octobre 2018. Il ne s’agit pas d’une conférence académique ou institutionnelle, mais d’une expérience à vivre.

Suivre ensemble le Christ

Le dialogue œcuménique s’est construit pendant plusieurs décennies  entre les Églises catholique, orthodoxe, anglicane et les Églises issues de la Réforme. Aujourd’hui, les Églises évangéliques et pentecôtistes en croissance apportent des changements significatifs dans le paysage mondial du christianisme.
Face à cette évolution, l’idée d’un Forum Chrétien Mondial voit le jour au début du 21ème siècle.
C’est un espace de rencontre et de partage pour toutes les Eglises chrétiennes Elles témoignent ainsi de leur amour pour Jésus-Christ, plus fort que les murs  séparant leurs institutions.

Programme

Durant trois jours, les délégués :

  •  Partageront ensemble leur cheminement personnel avec Jésus (groupes de partage, tables rondes, conférences)
  • Écouteront ensemble le Seigneur qui les unit (prières, célébrations, méditations de la Parole de Dieu autour du texte de Marc 3, 13-14)
  • Témoigneront ensemble  de Jésus Christ en paroles et en actes

 

Le mardi 30 octobre 2018, une soirée ouverte à tous se déroulera dans le hall de l’université catholique-site saint Paul.
Une célébration réunira les délégués et tous ceux qui veulent découvrir la richesse de nos Eglises.

 

Pour plus d’info: Forum Chrétien Francophone

Fin du schisme dans l’Eglise Orthodoxe Ethiopienne

IMPOSSIBLE DE PENSER L’ÉTHIOPIE SANS PENSER À L’ÉGLISE ORTHODOXE ÉTHIOPIENNE TEWAHEDO,
SELON LE PREMIER MINISTRE M. ABIY

 

Remontant au 4e siècle, l’Église orthodoxe Ethiopienne est une église non calcédoniènne. Elle est la première d’Éthiopie (40% de la population), qui compte aussi de larges minorités musulmane (35%) et protestante (20%). M. Abiy est lui-même de confession protestante.

« Tout en notant que cet événement pour la réconciliation marque un bond historique, le Premier ministre a souligné que c’était quelque chose qui aurait dû avoir lieu il y a longtemps ».

L’Église orthodoxe éthiopienne Tewahedo s’était scindée en deux en 1991 après la nomination d’un nouveau patriarche suite à l’arrivée au pouvoir du Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens (EPRDF) et à la fin du brutal régime militaro-marxiste du Derg.

Une Église dissidente avait alors été fondée aux États-Unis autour du patriarche, l’abuna Merkorios, nommé du temps du Derg et dont certains membres de l’Église considéraient que la coutume voulait qu’il occupât ce rôle à vie.

Les discussions entre les deux mouvements avaient commencé il y a des années, mais le réformiste Abiy Ahmed, nommé en avril, est crédité d’avoir accéléré le processus de réconciliation.

Retour de l’abuna Merkorios en Éthiopie

Pour sa première visite aux États-Unis, le Premier ministre a pris part jeudi à une cérémonie de réunification à Washington, au milieu de prêtres en soutanes noire et rouge.

« Après d’importants efforts de médiation, les deux synodes sont réunis en un Saint Synode après 27 ans de séparation »

L’accord conclu à cette occasion prévoit que l’abuna Merkorios rentrera en Ethiopie et reprendra ses fonctions de patriarche, a indiqué OCP Media Network, un site internet consacré aux différentes Églises orthodoxes, qui en publie les points principaux.
L’abuna Mathias, qui était jusque-là le seul patriarche reconnu par le pouvoir éthiopien, conservera également ce rôle et sera chargé de « mener l’Église en effectuant les tâches administratives »,selon la même source.
Aussi longtemps que les deux patriarches seront vivants, ils seront considérés sur un pied d’égalité par l’Église, prévoit encore l’accord, qui précise bien qu’à compter de ce jour il n’y a plus qu’une Église unifiée.
Le comité d’unification et réconciliation a exprimé sa plus profonde gratitude au Premier ministre Abiy Ahmed pour ses efforts importants pendant le processus de réconciliation.

Source: jeuneafrique.com

Vers l’unité « Primauté et synodalité dans le deuxième millénaire et aujourd’hui »

27-29 juin 2018 / Vatican

Délégation orthodoxe à l’occasion de la fête des saints Pierre et Paul

 

 

Une délégation du Patriarcat œcuménique, conduite par Mgr Job, archevêque de Telmessos, coprésident de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique romaine et l’Église orthodoxe s’est rendue au Vatican du 27 au 29 juin 2018 à l’occasion de la fête des saints Pierre et Paul.

« Nous nous joignons spirituellement à votre célébration en perpétuant la bienheureuse tradition d’échanger des délégations à l’occasion des célébrations de nos sièges respectifs » a déclaré le patriarche œcuménique Bartolomée dans une lettre adressée au pape François.

Lors de l’audience, l’archevêque Job de Telmessos a lu la lettre suivante du patriarche œcuménique Bartholomé, adressée au pape François:

« Votre Sainteté,

Nous sommes particulièrement ravis que la Commission internationale mixte pour le dialogue théologique entre dans une nouvelle phase et que le Comité de coordination, qui s’est réuni en septembre dernier sur l’île de Leros, ait été choisi comme sujet pour la prochaine étape du dialogue: Vers l’unité. Dans la foi: questions théologiques et canoniques.
En effet, une réflexion commune sur les problèmes théologiques et canoniques non résolus est essentielle au rétablissement de la communion entre nos Églises sœurs. Comme nous le savons, des comités de rédaction travaillent déjà sur ce sujet, ainsi que sur le très important thème « Primauté et synodalité dans le deuxième millénaire et aujourd’hui ». « Nous prions pour que la réunion du Comité de coordination en novembre prochain au monastère de Bose parvienne à finaliser ces deux documents. Et nous espérons que les divisions du passé pourront être surmontées afin d’apporter un témoignage commun à notre monde contemporain « afin que, d’un même esprit et d’une seule voix, nous puissions glorifier le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ »

La délégation, reçue préalablement par le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, a également pu assister à la réunion du Consistoire pour la création de nouveaux cardinaux et à la messe solennelle pour la fête des saints Pierre et Paul.

(Sources: UDCn°192 et ecupatria.org)

 

La Communauté du Chemin Neuf installée à  Tibhérine

Tibhérine: vingt-deux ans après, les moines sont de retour.
Reportage de Matthieu Delmas publié le 22/06/2018 dans le Figaro Magazine

 

En mai 1996, sept moines trappistes étaient sauvagement assassinés en Algérie. Depuis deux ans, une nouvelle communauté catholique s’est installée à Tibhérine. Alors que l’enquête n’a toujours pas déterminé les vrais responsables du massacre, nous avons rencontré ces quatre religieux décidés à vivre leur foi en terre d’islam, malgré les dangers qui demeurent.

Elle est toujours là, perchée sur le rocher Abd el-Kader qui surplombe le village. La Vierge de l’Atlas n’a jamais cessé de contempler Tibhérine, veillant sur les villageois et sur le monastère. Elle a tout vu: l’indépendance de l’Algérie, le repli de l’abbaye sur quelques hectares après la nationalisation de ses terres, et bien sûr le drame de 1996, au plus fort de la guerre civile: l’enlèvement et l’assassinat des sept moines catholiques, annoncé le 21 mai dans un communiqué attribué au Groupe islamique armé (GIA). Un sacrifice qui a acquis une dimension planétaire avec le film Des hommes et des dieux, de Xavier Beauvois (2010), et qui a laissé ici des cicatrices aussi profondes que les vallées de la région.

Vingt-deux ans après, une nouvelle communauté religieuse s’est installée à Notre-Dame de l’Atlas. Depuis deux ans, dans une grande discrétion, père Eugène, sœur Félicité, frère Yves et frère Bruno de la Communauté du Chemin Neuf (1) ont décidé de faire revivre l’esprit des moines dans ces montagnes meurtries par ce que les Algériens appellent désormais «la décennie noire».

Les baroudeurs de la foi

À la suite des moines cisterciens, ils se sont installés dans ce monastère perché à 1000 mètres d’altitude au-dessus des gorges de la Chiffa, une merveille naturelle connue pour le ruisseau des Singes où les Algérois aiment à se rendre en famille. Un havre de paix à une centaine de kilomètres au sud de la capitale où la terre est fertile et la nature généreuse, grâce à des sources d’eau abondantes qui permettent l’irrigation des cultures. «Tibhérine» signifie, en langue tamazight, «les jardins potagers».

À l’image de père Eugène, un ancien médecin passé par l’Afghanistan et la jungle congolaise, les nouveaux habitants de l’abbaye sont des baroudeurs de la foi ayant déjà servi l’Église dans les endroits les plus reculés. Eugène a accepté de s’installer à Tibhérine après un temps de réflexion. «C’est un beau cadeau d’être ici, nous prenons la suite des moines qui sont restés à Tibhérine par amour de Dieu et des Algériens. Avant de m’en aller pour le monastère, je suis parti faire une retraite et j’ai compris que la Vierge avait reçu notre projet ; je savais que nous serions guidés une fois sur place.» Eugène a été ordonné prêtre en 1986 puis a consacré sa vie à l’Eglise. «Le testament de Christian de Chergé (un des moines assassinés, qui avait accepté par écrit une mort violente au nom de sa foi, ndlr) nous montre le chemin. C’est un prophète car il voit loin, il sent bien qu’un rapprochement est possible. Il a une vision de Dieu qui ne nous sépare pas. Les moines font vœu de stabilité, ils sont enterrés là où ils sont morts.»

«Le café est prêt. Viens!» Au téléphone, Youssef appelle frère Yves, 75 ans, un autre religieux du monastère, fine barbe blanche et yeux bleus perçants, qui a consacré sa vie à la spiritualité de saint Ignace. Chaque matin, les frères se retrouvent avec Youssef et Samir, les deux ouvriers agricoles originaires du village qui, comme leurs pères avant eux, partagent la vie de ces hommes de religion. En apparence, la vie s’écoule paisiblement. Le monastère produit à nouveau du fromage, des confitures et du miel dont la vente permet de rémunérer les deux ouvriers agricoles et les dépenses courantes des frères. Depuis la fondation de l’abbaye en 1938, l’activité agricole a permis de créer des liens solides avec les habitants des villages voisins. Un temps, les paysans de la vallée venaient même y utiliser le pressoir pour fabriquer leur huile d’olive.

Escorte policière

Mais le temps de la paix n’est pas encore revenu: aujourd’hui, les frères sont tenus de sortir dans le village accompagnés d’une escorte policière, et vivent le plus souvent reclus derrière les murs du monastère, surveillés jour et nuit par des gardiens communaux installés face à l’entrée.

La Communauté du Chemin Neuf tente tant bien que mal de faire perdurer l’esprit de Tibhérine en continuant le travail de dialogue interreligieux commencé par les moines assassinés. C’est le Ribat es-salam – le Lien de la paix -, fondé par le père Christian de Chergé en 1979, qui consiste en des rencontres avec les autorités religieuses musulmanes, notamment la communauté soufie et son représentant, le cheikh Bentounès. Ce lien, Père Eugène le résume ainsi: «Pour nous, Tibhérine doit être un espace de dialogue avec les Algériens. Une passerelle plutôt qu’un mur.»

Des visiteurs venus de tout le pays toquent chaque jour à la porte métallique noire du monastère, celle-là même par laquelle les habitants de la vallée sont entrés pendant près de cinquante ans afin de se faire soigner par le frère Luc, le médecin. Il s’agit «d’accueillir l’amitié de l’autre, comme Marthe et Marie accueillaient l’amitié de Jésus à Béthanie», résume Jean-Marie Lassausse, prêtre et agronome, qui a passé quinze ans à cultiver la terre du monastère et à découvrir l’héritage spirituel des frères, avant de passer la main. Ouvrir les portes aux visiteurs, quelles que soient leurs confessions, «c’est le chemin pour que les barrières de la langue, de la culture et des traditions s’estompent». C’est la statue de la Vierge qui remporte le plus franc succès auprès des visiteurs algériens qui enchaînent les selfies. Frère Bruno qui a appris l’arabe en Égypte puis étudié l’islamologie au Caire l’explique ainsi: «La Vierge Marie est un pont entre l’islam et le christianisme. Marie est souvent citée dans le Coran comme la mère de Jésus. Les musulmans lui vouent aussi une dévotion.» Les visites s’achèvent dans le cimetière du monastère, où les sept moines assassinés reposent côte à côte, comme ils l’étaient dans leur foi, dans leurs doutes, et peut-être dans leur peur, jusqu’à la mort. Les stèles de marbre blanc affichent leurs prénoms, Christian, le responsable de la confrérie ; Célestin, l’hôtelier ; Luc, le médecin ; Christophe, l’agriculteur ; Michel, le cuisinier, et les frères Bruno et Paul, qui étaient arrivés au monastère la veille de leur enlèvement, dans la nuit du 26 au 27 mars 1996.En 2016, quatre religieux de la Communauté du Chemin Neuf se sont à nouveau installés à Tibhérine.

Le souvenir des martyrs

Ce matin, un groupe d’une dizaine de visiteurs suivent frère Yves. Parmi eux, Souleymane, originaire de la région se souvient de frère Luc, «Frélou» de son surnom, interprété par Michael Lonsdale dans Des hommes et des dieux. «Il m’a soigné pour une otite en 1966 à l’âge de 6 ans. Les moines étaient des personnes d’une grande humanité qui priaient Dieu chaque jour.» Youcef Sekini, un autre visiteur, en convient: «Ils étaient une source de bonheur, ils ont choisi de rester au côté du peuple algérien pendant la décennie noire. C’est une preuve d’amour que nous ne pouvons oublier.»

Le comédien Michael Lonsdale s’est lui-même rendu ce printemps à Tibhérine. Il évoquera ce voyage bouleversant dans un ouvrage à paraître cet été (2). En particulier le moment où il a découvert la tombe de Paul Gabriel Dochier (frère Luc). «Quelle émotion! Une émotion rentrée. Un peu privée. Je cherche mes mots pour le saluer. Nous nous connaissons depuis longtemps, mais nous nous rencontrons pour la première fois! C’est pour lui que je viens en premier lieu puisque c’est lui que j’ai incarné à l’écran, mais, à travers lui, ma pensée va à tous les moines, ses frères». Lorsqu’ils évoquent les moines, les deux ouvriers agricoles du monastère, se souviennent eux aussi «d’hommes de paix appréciés par les habitants de la vallée». Youssef esquisse un large sourire, «les frères ont toujours aidé les gens d’ici», et Samir de baisser le regard puis de murmurer:«Lorsque nous avons appris leur disparition, j’étais à la maison. Nous n’aurions jamais pensé qu’ils seraient tués. Jusqu’à l’annonce de leur mort, nous étions convaincus qu’ils reviendraient.» Personne ici ne souhaite s’attarder sur les circonstances de ces assassinats. Seules les têtes des moines ont été retrouvées un mois après leur enlèvement devant une station-service à l’entrée de Médéa. Youssef concède seulement que «c’était une période très difficile. Nous devions nous cacher. Nous vivions dans la peur».

 

Mgr Paul Desfarges, l’archevêque d’Alger qui nous reçoit dans son bureau du centre-ville, veille avec sollicitude sur les nouveaux habitants du monastère. «C’est une excellence chose que des religieux retournent vivre à Tibhérine. C’est une joie pour nous. Vous savez, nous sommes une petite Eglise. Pour nous, l’important n’est pas de se montrer mais d’aider les autres. Nous mettons en place des bibliothèques, des centres culturels dans les maisons diocésaines. C’est une manière de servir sans être prosélyte.»

 

La prudence des catholiques

La vie des catholiques en Algérie n’est pas simple. L’Eglise nationale compte 5000 fidèles répartis sur quatre diocèses qui sont menacés depuis 2008 par l’application de plusieurs lois, notamment l’ordonnance 06-03 qui limite la pratique des religions non musulmanes. Le prosélytisme non musulman constitue une infraction criminelle passible d’une amende d’un million de dinars (7500 euros) et d’une peine de cinq ans de prison pour quiconque «incite ou contraint un musulman à se convertir à une autre religion». Les personnes qui fabriquent ou distribuent des documents dans l’intention «d’ébranler la foi» d’un musulman peuvent se voir infliger cette peine.

Mgr Desfarges en est convaincu, «la suspicion des musulmans et des autorités augmente à cause des Églises évangéliques. Contrairement à nous, elles sont dans une dynamique de conversion de natifs algériens et de rejet de l’islam». Pour l’évêque, «c’est leur activisme qui a provoqué la rédaction de cette ordonnance qui nous mettrait tous hors la loi si elle était vraiment appliquée».

La presse arabophone qui mène une campagne contre le prosélytisme évangélique organise cet amalgame en illustrant systématiquement ses articles par des photos de la basilique Notre-Dame d’Afrique, à Alger. Pourtant, l’évêque confie ne pas se sentir menacé en Algérie: «Parfois, des musulmans frappent à nos portes. Nous prenons le temps d’un long discernement afin de vérifier qu’il s’agisse d’une réelle expérience spirituelle. La difficulté de certains chrétiens algériens vient de leurs familles. Parfois, cela peut être très difficile, certains sont déshérités.»

Bientôt béatifiés

Le décret en béatification des 19 ecclésiastiques tués pendant les années noires, signé en janvier dernier par le Vatican, fait la joie de la communauté catholique algérienne malgré certaines inquiétudes. Il concerne Mgr Pierre Claverie tué en août 1996 par une bombe déposée dans l’enceinte de l’évêché d’Oran, et 17 religieux tués entre 1993 et 1996, dont les moines de Tibhérine.

«Nous souhaitons construire une humanité avec ce que nous avons et avec ce que nous sommes», résume le père Christian Reille en visite au monastère. Les béatifications n’étaient pas une évidence pour celui qui a rejoint la communauté jésuite de Constantine en 1970: «A titre personnel, j’étais contre, par crainte de blesser les Algériens. 99 imams ont aussi été tués. Des centaines de milliers de victimes innocentes ont perdu la vie pendant le conflit. Ils étaient pour leur immense majorité des Algériens.» Ne pas donner le sentiment d’une autocélébration, c’est le dilemme auquel est confrontée la communauté. «Notre vocation ici, poursuit ce père jésuite, est d’être ouvert à ce pays qui est magnifique. Dieu fait partie de la vie des Algériens. Nous devons favoriser le dialogue entre les religions. Etre chrétien seul dans son coin est inutile, nous croyons que nous avons quelque chose à faire ensemble.»

 

(1) Fondée par le père jésuite Laurent Fabre, à Lyon, en 1973, à partir d’un groupe de prière charismatique, la Communauté du Chemin Neuf, à vocation œcuménique, compte aujourd’hui près de 2 000 membres permanents répartis dans 26 pays.

(2)Retour à Tibhirine, Cerf, 144 p., 15 €. Le même éditeur publiera aussi les autobiographies spirituelles des moines assassinés: Heureux ceux qui espèrent, 448 p., 22 €.

Crédits photo : Chris Huby / Le Pictorium

 

Article du Figaro Magazine paru dans FOI revue de la Communauté du Chemin Neuf: https://www.chemin-neuf.fr/fr/actualites/5b34f88d396588123da6e614/tibherine:-vingt-deux-ans-apres,-les-moines-sont-de-retour

Visite du Pape François pour les 70 ans du COE à Genève

21 Juin 2018

Le pape a été accueilli par le pasteur Olav Fykse Tveit, secrétaire général du COE. Les deux hommes se sont fait une chaleureuse accolade.
Il s’est ensuite rendu dans la chapelle du centre pour la prière œcuménique où l’attendait les représentants du Comité central du COE qui réunit 350 Églises protestantes, orthodoxes et anglicanes de plus de 100 pays.

 

Le discours du Pape au COE

Dans son homélie, le pape François a mis l’accent sur le fait que l’humain est appelé à se mettre en route, de sa naissance à sa mort. « Marcher. L’homme est un être en chemin… Le cœur nous invite à marcher, à atteindre un but. Mais marcher est une discipline, un effort; il faut de la patience quotidienne et un entraînement constant. Il faut renoncer à beaucoup de chemins pour choisir celui qui conduit au but et vivifier la mémoire pour ne pas la perdre… Dieu nous appelle à cela, depuis les débuts… Jésus nous en a donné l’exemple. Pour nous, il est sorti de sa condition divine et il descendu parmi nous pour marcher, lui qui est le Chemin

Homélie du pape dans la chapelle du COE, 21 juin 2018. © Magnus Aronson

Le pape a aussi a rappelé à l’assemblée qu’en tant qu’êtres d’esprit mais aussi de chair, il nous faut perpétuellement lutter contre nos instincts et rejeter la mondanité. Ce dernier terme, présenté comme un facteur de division, est revenu à plusieurs reprises dans son homélie. «Au cours de l’histoire, les divisions entre chrétiens sont souvent advenues parce qu’à la racine, dans la vie des communautés, s’est infiltrée une mentalité mondaine: on défendait d’abord ses intérêts propres, puis ceux de Jésus Christ… L’œcuménisme nous a mis en route selon la volonté de Jésus et pourra progresser à condition qu’en marchant sous la conduite de l’Esprit, il rejette tout replis autoréférentiel.» (vidéo: https://www.youtube.com/watch?v=zkN-A87Zabk  et texte: ici

 

Fondé en 1948, le Conseil œcuménique des Eglises (COE) rassemble les Eglises orthodoxes, anglicanes, méthodistes, baptistes, luthériennes et réformées du monde entier, mais pas l’Eglise catholique, avec laquelle il a entretenu des relations complexes. La visite du pape s’inscrit dans son programme «Marcher, prier et travailler ensemble». Elle est le résultat de cinq années d’efforts de la part des responsables du COE pour le persuader de venir à Genève après sa nomination en 2013. Une cinquantaine d’observateurs du Vatican participent aux travaux des comités du COE traitant de questions telles que la promotion de la paix, la doctrine religieuse et l’éducation.

Cette visite au Conseil œcuménique des Églises et à l’institut oecuménique de formation de Bossey est un choix personnel du pape, qui voulait clairement éviter que d’autres sujets viennent éclipser la dimension œcuménique de sa journée à Genève.

 

Le discours du Pape François a été salué par le représentant du Patriarcat de Constantinople: l’archevêque Job de Telmessos qui partage ses impressions : « Le Pape François exhorte à un «nouvel élan évangélisateur» permettant à l’unité de «grandir». Et c’est depuis la tribune du COE qu’il est venu interpeller les chrétiens les appelant à marcher ensemble selon l’Esprit. Devant les membres de ce centre qui célèbre son 70e anniversaire, le Saint-Père a invité à une «charité démesurée» capable de «pardonner sans limite et d’être ensemble comme des frères et des sœurs réconciliés». Suite sur:  https://www.vaticannews.va/fr/eglise/news/2018-06/pape-francois-geneve-wcc-entretien-representant-orthodoxe.html

Au retour, dans l’avion, le pape à la fin de sa conférence de presse a insisté : « …Je voudrais seulement dire un mot, clairement: aujourd’hui a été une journée œcuménique, véritablement œcuménique. Et à déjeuner, nous avons dit une belle chose, que je vous laisse pour que vous y pensiez et que vous y réfléchissiez et que vous fassiez une belle analyse sur cela: dans le mouvement œcuménique, nous devons ôter du dictionnaire un mot: prosélytisme. C’est clair? Il ne peut y avoir d’œcuménisme s’il y a du prosélytisme, il faut choisir: ou tu as un esprit œcuménique, ou tu es « prosélyte ».
Merci. »

 

Semaine œcuménique des Avents – Amitié entre chrétiens

 

 

Du 9 au 13 juillet 2018 à Sees,

les Avents – Amitié entre chrétiens organiseront leur session annuelle sous le thème :

« Envoyés en mission ».

Fondée sur l’envoi du Fils par le Père, l’Église reçoit mission d’annoncer la bonne nouvelle.
Au fil de l’histoire et aujourd’hui encore, cette mission a pris des formes différentes.
La session visera à interroger ces modèles et leur fondement biblique.
Comment la mission, enracinée dans le don de l’Esprit, manifeste-t-elle la nature même de l’Église ?

 

Avec l’intervention d’Eric Boone, Eric Brauns, Agathe Brosset et Marianne Seckel.

 

En savoir +

Renseignements :
Email : f.e.wild@orange.fr
www.avents-unite-des-chretiens.org

Semaine œcuménique 

Semaine de Prière pour l’Unité des Chrétiens

06

 

A ROUEN

Célébration œcuménique

au Temple st Eloi à Rouen le samedi 20 janvier à 16h.

Le Pasteur James Lowe conduira la célébration
 Mgr Dominique Lebrun assurera la prédication.

 

Les échanges de chaires sur le diocèse :

A Rouen :
21 janvier 10h30 : la paroisse de l’Eglise Protestante Unie de France de Rouen va à la cathédrale avec prédication du Pasteur Lowe.
28 janvier 10h30 : la paroisse Catholique de Rouen-Centre va au Temple st Eloi avec prédication du Père Gérault curé de ND de Rouen Centre .

 

A Elbeuf :
21 Janvier 10h30 : la Paroisse Catholique d’Elbeuf va au temple d’Elbeuf avec prédication du Père Duriez Curé de la paroisse ND d’Elbeuf
27 janvier 18h30 : la paroisse de l’Eglise Protestante Unie de France d’ Elbeuf va à l’Eglise de Caudebec lès Elbeuf le avec prédication du Pasteur De Putter.

 

A Luneray :
21 janvier 10h30  la paroisse Catholique va au temple de Luneray avec prédication du Père Lièvre Curé de la paroisse Saint-Ouen de Luneray – Saâne et Dun
4 février 10h30 : la paroisse de l’Eglise Protestante Unie de France  va à l’église de Luneray avec prédication du Pasteur Rossiter.

 

 

Sur RCF Haute Normandie-Rouen,

 

 

 les commentaires d’évangile à 8h45 durant la semaine de prière pour l’unité des chrétiens seront assurés par :

 

  •  Mme Alice d’Anthenaise : mère de famille, catholique, engagée dans la communion du chemin neuf
  •  Le Père Luc-Marie Duprey : Prêtre catholique, prêtre référent du service œcuménique diocésain
  • Le Pasteur Luc Réaux : Pasteur de l’Eglise Evangélique Protestante du Buisson Ardent de Louvetôt (76)
  • Le Pasteur James Lowe : Pasteur de l’Eglise Protestante Unie de France de Rouen
  •  Mr Georges Fournier, ccn: Délégué à l’œcuménisme du diocèse de Rouen

A CAEN

Samedi 20 janvier 2018 de 19 h à 19h 45  
Avec l’ Eglise Orthodoxe Roumaine:
Office  d’intercession pour les victimes  de la persécution et du trafic d’êtres humains en 2017
à la chapelle du C.H.R.  14 av. Georges  Clemenceau à  Caen

 

:dimanche 21 janvier à 17h30.
Célébration œcuménique
au Centre st Pierre de Caen

 

 

 

ECLAIREUR DE RENCONTRE, BÂTISSEUR DE PAIX

La Lumière de la Paix de Bethléem 2017

 

La Lumière de la Paix de Bethléem est un événement scout chrétien qui se déroule chaque année pendant la période de l’Avent.
Allumée dans la grotte de la nativité à Bethléem, la lumière est rapportée à Vienne, puis transmise de main en main partout en Europe.
Elle constitue un symbole de paix.
La Lumière est une opportunité à saisir pour porter ensemble une joie et une espérance au monde ; Nous devenons ainsi ensemble des éclaireurs de la rencontre et des bâtisseurs de paix

 

 

Le Dimanche 17 décembre 2017

Diocèse de Rouen: à 14h à l’ Eglise st François d’assises à Rouen

Diocèse de Bayeux et Lisieux: à 15h00 à l’Eglise Saint Julien à Caen

Diocèse de Sées: 15h00. A l’église Notre Dame à Mortagne au Perche

(Pour les diocèses de Coutances-Avranches et Evreux, voir les groupes scouts)

 

 

 

 

La Communion Anglicane adopte la déclaration commune sur la justification

Le Conseil consultatif anglican a avalisé la Déclaration conjointe lors de sa rencontre en 2016 à Lusaka, en Zambie. C’est avec gratitude et « dans l’esprit de Martin Luther » que cette adhésion à la Déclaration conjointe, a été reconnue par l’Archevêque de Cantorbéry Justin Welby lors de la célébration œcuménique à Westminster Abbey en présence du Cardinal Vincent Nicholl, de Mgr Brian Farrel, secrétaire du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité chrétienne, et des pasteurs Martin Junge (secrétaire général de la FLM), Ivan Abraham Williams (Conseil méthodiste mondial) et Chris Ferguson (secrétaire général de la CMER). A la suite de cette adoption, des enfants de différentes confessions ont allumé des bougies sur l’autel de l’abbaye de Westminster.

« C’est merveilleux de marquer l’anniversaire de la Réforme en soulignant le fait que toutes les Églises historiques occidentales ont maintenant une compréhension commune de la justification » a affirmé la pasteure Kaisamari Hintikka, secrétaire générale adjointe de la FLM et responsable des relations œcuméniques. « Ce qui était autrefois facteur de division est maintenant un sujet qui nous unit »

Mgr Farrell, souligna ce point de vue. « La convergence sur cette question amène les Chrétiens luthériens, catholiques, méthodistes, réformés et anglicans vers une communion plus profonde, en chemin vers la pleine réconciliation des Églises désiré par le Seigneur. »

« A l’occasion de l’anniversaire historique de 2017 les Anglicans se réjouissent de la réalisation extraordinaire qu’a été la Déclaration conjointe concernant la doctrine de la justification et tout ce que cela représente comme signe de guérison 500 ans après la division. » déclarait le directeur pour l’unité, foi et constitution de la Communion anglicane, le chanoine John Gibaut. « Les Anglicans ont étudié les questions concernant la justification dans les différents dialogues bilatéraux, avec l’Église Catholique ainsi qu’avec la communion d’Églises de la Fédération luthérienne mondiale, et nous sommes d’accord sur l’essentiel des aspects concernant notre salut en Christ. »

Dans sa prédication, l’archevêque Justin Welby a affirmé que « La reforme a ré-ouvert l’Église toute entière à des vérités éternelles qui sont indispensables, auxquelles il nous faut tous continuer d’adhérer, non seulement y adhérer mais les proposer à nouveau pour répondre aux besoins d’aujourd’hui.».

En signe fort pour cette journée, la bibliothèque de Lambeth Palace a installé son exemplaire de la Bible de Luther de 1536 sur l’autel de l’Abbaye pendant la célébration. Des musiciens et des chorales luthériennes et anglicanes ont accompagné la célébration par des chants en plusieurs langues.

 

Article de la Pasteure Jane Stranz paru sur:protestants2017.org

Lire l’homélie de Mgr Welby  ici

 lire l’article de La Croix:  Les anglicans rejoignent la déclaration sur la justification par la foi-2017-10-31