A propos geo

Marié, Catholique, membre engagé dans la Communauté de Chemin Neuf, Co-Président de l'Association Chrétienne Oecuménique de Normandie, délégué à l’œcuménisme et à la promotion de l'unité des chrétiens du diocèse de Rouen

Lettre d’un ami à un ami

Cher Georges,
J’ai lu la présentation  par La Croix de la semaine des abus sexuels.
Les réactions des Évêques sont apaisantes et toujours suivies de  » mais  »  .
Le comble est atteint avec les évêques africains  relativisant ces abus,  devant les conditions de misère et de famine .
Il faut pardonner localement et surtout ne pas porter plainte . Viols répétés et suivis d’avortements sous la contrainte.
Personne ne remet en cause le célibat des prêtres. Par condescendance  » une réduction à l’état laïc   » serait accordée pour  un  mariage. Pourtant, pendant des siècles  le célibat ecclésiaste n’était pas la règle.
Les arguments sont fallacieux : même  les hommes mariés commettent des abus sexuels. !
A quand la grande réforme du droit canon. Faut-il   » réformer  » cette église ?
En attendant  on peut arrêter de la subventionner .
Qu’en pense-tu ?

 

J…

 

 

 

 

Cher  J…

 
J’ai lu attentivement ton message.
D’abord un point de sémantique : ce n’est pas «  la semaine des abus sexuels » c’est un synode pour la prévention des abus sexuels dans l’Eglise Catholique Romaine.
Il me semble important de nommer les choses exactement pour éviter de transmettre un mauvais message.
 
Ensuite…
 
Tu soulèves plusieurs problèmes non nécessairement liés entre eux pour en arriver à une conclusion pour le moins surprenante.

 

la source d’information : La Croix est un excellent journal mais un article est toujours le reflet d’une position propre du journaliste avec un « chapeau » du rédac-chef qui doit « faire vendre ». La « source » d’une information c’est le lieu d’où elle émane. Je t’invite donc à lire les interview et compte rendu sur le sujet, du site Vatican News : https://www.vaticannews.va/fr.html pour te faire une idée juste  et personnelle de ce qui s’est passé et dit.

Pour les évêques d’Afrique, même problème : https://www.vaticannews.va/fr/afrique/news/2019-02/protection-des-mineurs-selon-mgr-dogbo-il-faut-adapter-la-com.html

Le célibat des prêtres : sujet qui mérite débat…et n’est la solution ni a la raréfaction des vocations, ni à la pédocriminalité dans l’Eglise Catholique Romaine. l’Eglise Catholique Romaine à choisi depuis très longtemps d’appeler des hommes célibataires au sacerdoce. C’est un choix discutable, mais c’est le sien. La difficulté est de sélectionner des personne physiquement et psychologiquement apte à répondre à cet appel.  Pour avoir une vision détaillée de l’histoire du célibat sacerdotal dans l’Eglise Catholique Romaine voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Celibat_sacerdotal_dans_l’eglise_catholique

Le terme « réduction à l’état laïc » est obsolète depuis 1983 (nouveau code de droit canonique) mais apparemment pas dans la tête des catholiques. Depuis 1983, on utilise l’expression « perte de l’état clérical » qui peut se produire de diverses manières: par sanction pénale, ou, à l’inverse, par grâce reçue du Saint-Père. (Auparavant, « Réduction » n’exprimant nullement un mépris pour les laïcs mais signifiait « reconduit à l’état laïc » ce qui supposait une vision du Peuple de Dieu selon la théologie du concile de Trente, qu’a modifié et rectifiée Vatican II)

L’Eglise -et pas seulement l’Eglise Catholique Romaine- est « Ecclésia Reformata Semper Reformanda » : l’Eglise est réformée et est toujours à réformer. Et se réforme constamment.

Encore faut-il que les laïcs que nous sommes cessent de se comporter comme si l’ Eglise c’était « les autres », ceux qui ont le pouvoir, les clercs.
Je t’invite -si ce n’est déjà fait- à lire la « lettre au Peuple de Dieu » du pape François dans le texte . On y trouve entre autre ceci qui répond à beaucoup de tes questionnements : «  Il est impossible d’imaginer une conversion de l’agir ecclésial sans la participation active de toutes les composantes du peuple de Dieu. Plus encore, chaque fois que nous avons tenté de supplanter, de faire taire, d’ignorer, de réduire le peuple de Dieu à de petites élites, nous avons construit des communautés, des projets, des choix théologiques, des spiritualités et des structures sans racine, sans mémoire, sans visage, sans corps et, en définitive, sans vie. Cela se manifeste clairement dans une manière déviante de concevoir l’autorité dans l’Eglise – si commune dans nombre de communautés dans lesquelles se sont vérifiés des abus sexuels, des abus de pouvoir et de conscience – comme l’est le cléricalisme, cette attitude qui « annule non seulement la personnalité des chrétiens, mais tend également à diminuer et à sous-évaluer la grâce baptismale que l’Esprit Saint a placée dans le cœur de notre peuple ». Le cléricalisme, favorisé par les prêtres eux-mêmes ou par les laïcs, engendre une scission dans le corps ecclésial qui encourage et aide à perpétuer beaucoup des maux que nous dénonçons aujourd’hui. Dire non aux abus, c’est dire non, de façon catégorique, à toute forme de cléricalisme. »

 

«En attendant  on peut arrêter de la subventionner »
Qui parle de quoi ? Qui est ce « on » ? Qui est ce « la » ? 
C’est tout le problème de notre manière de penser l’Eglise.
Ou bien comme tu l’écris tu te place à l’extérieur d’un machin qui t’intéresse et que tu soutiens -même activement et financièrement- et à ce moment-là, désolé, tu n’es pas chrétien.
Ou bien tu es à l’intérieur de l’Eglise, membre du Peuple de Dieu, et de cette église particulière, terriblement humaine, mais tendue vers le Christ, pécheresse mais justifiée dans et par l’amour de Dieu.
Tu peux arrêter de la « subventionner » c’est-à-dire de lui refuser les moyens de subsister. Mais c’est comme si tu arrêtait de t’alimenter sous prétexte que ta main est malade et que cela te déplaît.
Parce que, sauf à quitter l’Eglise Catholique pour une autre confession, tu es dedans ! Participant à ta place, mais en elle, à son péché comme à son salut.
C’est-à-dire à sa vie.

 

                Bien fraternellement
                       Georges
 

 

 

 

 

Assemblée Générale 2019

Le vendredi 14 juin à 18h
nous retrouverons pour notre Assemblée Générale
à la maison diocésaine 
1 rue Nicolas Oresme, 14000 Caen
(le buffet est offert par l’association.)

 

Vous pouvez télécharger le bulletin d’adhésion à l’ACONor en suivant le lien:   bulletin d’adhésion

 

 

Eglise grecque-orthodoxe de tradition russe en France

Communiqué de l’Archevêché
suite à l’Assemblée générale du 23 février

Communiqué de l’Archevêché – 23 février 2019

L’Assemblée générale extraordinaire (AGE) de l’Archevêché, constituée de tous les membres du clergé et des laïcs délégués des paroisses, s’est réunie à Paris, le 23 février 2019, pour délibérer sur la décision du Patriarcat œcuménique de « réorganiser le statut de l’exarchat », publiée dans le Communiqué du 29 novembre 2018 du Saint-Synode. Le Saint-Synode du Patriarcat œcuménique ayant décidé d’abolir le statut d’exarchat patriarcal, l’Archevêché devait décider selon l’article 34 des Statuts de l’union directrice diocésaine des associations orthodoxes russes en Europe occidentale si, oui ou non, il souhaitait mettre un terme à son existence propre et que, par voie de conséquence, ses quelques 120 paroisses se subordonnent aux Métropoles grecques d’Europe occidentale.

Sous la présidence de Son Éminence Jean de Charioupolis, Archevêque dirigeant, les membres de l’AGE ont décidé statutairement, à une majorité de près de 93% des voix (191 sur 206), de ne pas dissoudre l’Archevêché, mais de le conserver comme entité ecclésiale unie selon sa forme primitive (Association fondée le 26 février 1924, J. O., 28.2.1924, №58, p. 2080). Le Conseil de l’Archevêché a pris acte de cette décision de l’AGE et va communiquer rapidement la décision à Sa Toute-Sainteté le Patriarche œcuménique de Constantinople ainsi qu’à son Saint Synode et enverra une délégation au Phanar pour remettre la lettre en mains propres.

Pour l’instant, la vie de l’Archevêché se poursuit comme à la veille de l’AGE. Notamment, dans les célébrations, l’Archevêque commémore le Patriarche œcuménique et le clergé paroissial commémore l’Archevêque selon la règle canonique.

Une nouvelle AGE sera convoquée ultérieurement, probablement en juin.

Source : http://exarchat.eu/spip.php?article2333

Le pasteur Basile Zouma, prochain Secrétaire Général du Défap

Actuellement pasteur dans la Manche, membre du Conseil régional de l’Église protestante unie de France Nord-Normandie et engagé dans la Coordination nationale Évangéliser-Former de l’EPUdF, Basile Zouma prendra ses fonctions de Secrétaire Général du Défap au mois de juillet 2019, succédant ainsi au pasteur Jean-Luc Blanc.

Le pasteur Basile Zouma © DR

 

Le processus de recrutement entrepris au lendemain de la démission du pasteur Bertrand Vergniol a abouti à la nomination du Pasteur Basile Zouma à ce poste.

Basile Zouma est actuellement pasteur de l’Église protestante unie de France en poste dans le département de la Manche (Églises locales de Cherbourg Nord-Cotentin et Saint-Lô Manche Sud) et président du Conseil du consistoire de Basse-Normandie. Il est membre du Conseil régional de l’EPUdF Nord-Normandie et engagé dans la Coordination nationale Évangéliser-Former de l’EPUdF.

 

Au Maroc, l’accompagnement des migrants

Basile Zouma est né en Côte d’Ivoire en 1975 de parents burkinabè et a grandi dans un milieu familial multiconfessionnel. Titulaire d’un doctorat en médecine générale obtenu à Casablanca et d’un diplôme universitaire en épidémiologie et recherche clinique obtenu à Fès, il s’est engagé dans le médico-social pour l’aide, le conseil et l’accompagnement des migrants-réfugiés en transit sur le sol marocain. Son engagement ecclésial au Maroc s’est fait dans le cadre d’une suffragance dans la paroisse de Rabat ainsi que de l’aumônerie du mouvement national pour la jeunesse de l’Église.

Basile Zouma a obtenu un master professionnel de théologie à l’Institut protestant de Théologie, Faculté de Montpellier. Son ministère actuel sur le terrain s’élargit d’engagements au sein de l’ACAT (Commission Théologie) et l’ACONor (Association Chrétienne Œcuménique de Normandie) dont il assure la coprésidence.

C’est avec beaucoup de joie qu’il sera accueilli dans l’équipe et les instances du Défap ! Il prendra ses fonctions au mois de juillet 2019 et succédera ainsi au pasteur Jean-Luc Blanc qui quittera le Défap à la fin du mois de juillet.

Source: Mission-Défap


Félicitations de l’ ACONor à son co-président et futur Secrétaire Général du Défap

Eglise Erythréenne Orthodoxe à Rouen

Dimanche dernier 17 février 2019

L’Église érythréenne orthodoxe est une Église orthodoxe orientale autocéphale. Elle fait partie de l’ensemble des Églises des trois conciles. Elle est accueillie par le diocèse de Rouen sur la paroisse Ste Marie des Nations à Bihorel.

la première messe a été célébrée par cinq prêtres venus de région parisienne et les trois diacres présents en région de Rouen.

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Mgr Kallistos Ware: « l’Ukraine fait partie de l’Église russe »

« Bien que je sois métropolite du Patriarcat œcuménique, je ne suis pas du tout du tout satisfait par la décision prise par le patriarche Bartholomée. Avec tout le respect que je dois à mon patriarche, je dois dire que je suis d’accord avec la position exprimée par le Patriarcat de Moscou sur le fait que l’Ukraine fait partie de l’Église russe »

Mgr Kallistos Ware (né Timothy Ware ) est évêque métropolite de l’Église Orthodoxe dépendant du Patriarcat œcuménique de Constantinople, en Grande Bretagne. Il est l’auteur d’ ouvrages de référence sur l’Église et la Foi chrétienne orthodoxe.

De 1966 à 2001, il a été conférencier en Études orthodoxes à l’Université d’Oxford. Depuis 1982, il est évêque titulaire de Diokleia. En 2007, il est devenu Métropolite titulaire de Diokleia.

 

Interrogé sur ce qu’il pense de la situation en Ukraine, le métropolite Kallistos note d’abord que c’est « extrêmement grave », qu’il en est très affligé et qu’il a du mal à imaginer le dénouement qui va en résulter.

Il exprime ensuite son désaccord avec le Patriarcat de Constantinople, dont il est membre : « Bien que je sois métropolite du Patriarcat œcuménique, je ne suis pas du tout du tout satisfait par la décision prise par le patriarche Bartholomée. Avec tout le respect que je dois à mon patriarche, je dois dire que je suis d’accord avec la position exprimée par le Patriarcat de Moscou sur le fait que l’Ukraine fait partie de l’Église russe. En effet, la métropole de Kiev a été transférée de l’omophore du Patriarcat œcuménique à celle du Patriarcat de Moscou par une décision de 1686. Ainsi, depuis 330 ans, l’Ukraine fait partie de l’Église russe ».

Et, comme beaucoup d’autres hiérarchies, primats et synodes, le métropolite Kallistos s’oppose ensuite au caractère unilatéral de telles actions, en particulier la révocation des documents de 1686, et ajoute : « C’est un fait historique que l’Ukraine a appartenu à l’Église russe ». Il fait aussi remarquer que donner l’autocéphalie à Philarète (Denisenko) et Macaire (Maletich), les dirigeants du « Patriarcat de Kiev » et de « l’Église orthodoxe autocéphale ukrainienne » respectivement, qui se sont rassemblés et que Mgr Kallistos nomme « évêques schismatiques », est une erreur.

Et encore une fois, en résonance avec tant d’autres voix du monde orthodoxe, le métropolite Kallistos suggère de convoquer une réunion pan-orthodoxe des primats – pas seulement de Constantinople et de Moscou, précise-il, et peut-être même une prolongation du Concile de 2016 en Crète. Selon lui, la bonne marche à suivre est d’organiser une réunion pan-orthodoxe.

 

Cependant, le métropolite Kallistos dit ne pas pouvoir non plus être d’accord avec la réponse de l’Église russe aux agissements de Constantinople : « En même temps, je suis préoccupé par les mesures prises par le patriarche de Moscou, le patriarche Cyrille et l’Église de Russie. Je suis consterné qu’ils aient rompu la communion avec Constantinople. Je crois que cette discussion sur la situation en Ukraine doit être considérée dans un esprit d’amour fraternel, sans aucune rupture de communion. Je ne peux donc pas être entièrement d’accord avec l’une ou l’autre partie. Et je prie pour qu’il y ait une réconciliation ».

En cela, Mgr Kallistos est en accord avec Sa Béatitude Anastase, archevêque de l’Église d’Albanie, qui a également exprimé ses profondes inquiétudes face aux actions de Constantinople mais aussi son mécontentement devant la réponse de l’Église russe.

Source: orthodoxie.com

 

 

« Que cela plaise ou non, l’Église-Mère de l’Ukraine est le Patriarcat de Moscou »,

« Que cela plaise ou non, l’Église-Mère de l’Ukraine est le Patriarcat de Moscou », a déclaré l’archevêque de Boyarka Théodose (Église orthodoxe d’Ukraine)
 l’archevêque de Boyarka Théodose (Église orthodoxe d’Ukraine)

« Nous avons toujours, au cours d’un millénaire, été une seule Église. Des fonts baptismaux de Kiev en 988 a surgi l’Église russe qui a répandu la foi évangélique et la vie ecclésiale sur tout le territoire de la Russie d’alors » a déclaré l’archevêque Théodose, vicaire du diocèse métropolitain de Kiev. Comme celui-ci l’a rappelé, l’ancienne Église russe était, du point de vue canonique, un diocèse métropolitain du Patriarcat de Constantinople.

Ensuite, consécutivement aux guerres et aux destructions, la résidence du métropolite de Kiev et de toute la Russie a été transférée à Vladimir, puis à Moscou. « Le transfert du centre dirigeant de la Métropole de Kiev a été confirmé officiellement par le Synode patriarcal de Constantinople.

Ensuite, au XVème siècle, en raison des événements historiques, la métropole de Russie occidentale, avec Kiev, a été séparée du reste de l’Église russe. Cette séparation a duré presque 230 ans, et au XVIIème siècle, l’unité a été rétablie.

C’est ainsi que, spirituellement, nous avons toujours été une seule Église. Administrativement, il en était différemment » .

À la fin du XXème siècle, après l’effondrement de l’URSS et la création d’un État ukrainien indépendant, l’Église orthodoxe d’Ukraine est devenue indépendante, recevant les droits d’une large autonomie et la pleine indépendance dans son administration. En fait, notre Église ukrainienne a reçu des droits qu’elle n’avait jamais eus dans l’histoire.

Ce faisant, il reste à l’Église orthodoxe d’Ukraine un plein lien spirituel et canonique avec toute l’Église russe ».

 

Il a également précisé pourquoi l’Église orthodoxe russe est l’Église-Mère pour Kiev : « Dans la terminologie juridique ecclésiastique, l’Église-Mère (ou kyriarchique) est le Patriarcat ou l’Église locale, dans la composition de laquelle entre à un moment donné un territoire ecclésiastique, canoniquement et administrativement.

Ce n’est nullement l’Église de laquelle a été reçue en son temps la foi orthodoxe.

Dans une telle logique, l’Église kyriarchique pour l’ensemble du monde orthodoxe serait maintenant l’Église de Jérusalem. Et nulle autre. Mais ce n’est absolument pas ainsi.Pour l’Ukraine aussi, l’Église kyriarchique est l’Église orthodoxe russe, que cela plaise ou non », a déclaré l’archevêque Théodose.

Selon ses explications, même si l’on prend en compte que certains historiens du Phanar contestent le changement d’obédience de la métropole de Russie occidentale au XVIIème siècle, cela ne change rien : « Les règles canoniques déterminent une prescription trentenaire relativement à l’intangibilité de la soumission canonique d’un territoire à un évêque défini. C’est le fait de cette soumission qui compte, sans matière à polémique. Afin qu’il n’y ait pas de querelles et de désordres dans l’Église. Et ici plus de 300 ans se sont écoulés ».

L’archevêque. Il a également souligné que l’Église orthodoxe d’Ukraine dispose de possibilités et de droits d’une large autonomie bien plus grands que beaucoup d’Églises orthodoxes qui ont le statut autocéphale. « C’est un fait objectif et important : les droits d’indépendance de notre Église sont bien plus grands que dans de nombreuses Églises orthodoxes autocéphales. La majorité des fidèles de l’Église orthodoxe d’Ukraine le comprennent. Ils le comprennent et l’estiment. En même temps, ils estiment aussi l’unité spirituelle avec tout le plérôme de l’Église russe, fondée par le saint prince Vladimir… En cette étape historique, la majorité écrasante de l’épiscopat, du clergé et des fidèles de notre Église sont satisfaits de son statut canonique et n’ont pas initié son changement.

Et je suis certain que faire de l’Église une monnaie d’échange dans des jeux politiques, cela, le peuple de Dieu, ne le laissera faire à personne » a conclu l’archevêque Théodose.

Jivko Panev

Ce qu’il y a derrière le schisme orthodoxe entre Russie et Ukraine

Le patriarche Philarète, de l'Église orthodoxe ukrainienne donne une conférence de presse à Kiev, le 11 octobre 2018. | Genya Savilov / AFP
Le patriarche Philarète, de l’Église orthodoxe ukrainienne donne une conférence de presse à Kiev, le 11 octobre 2018. | Genya Savilov / AFP

C’est plus qu’une simple guerre de clochers.

L’orthodoxie, cette galaxie chrétienne mal connue de plus de 250 millions de fidèles, sort brutalement de son sommeil à l’est de l’Europe. Elle résonne à nouveau d’un vocabulaire de guerre –«schisme», «anathème», «excommunication»– qu’on croyait enfoui dans les tréfonds de la mémoire la plus archaïque. Moscou et Constantinople, les deux «patriarcats» historiques de l’orthodoxie, en viennent aux mains –au sens propre quand ils se disputent la propriété de cathédrales et d’églises– à propos de la situation religieuse en Ukraine.

Mais en Ukraine, le religieux et le politique ne font souvent qu’un et derrière ce qui a tout l’air d’une simple «guerre de clochers», se cachent en fait des enjeux d’ampleur historique et symbolique. Il en va du sort de ces Églises orthodoxes en Russie et en Ukraine hier persécutées sous le joug soviétique et redevenues très influentes. Puis de l’avenir de relations déjà très abîmées entre Kiev et Moscou. Enfin, du devenir de cette puissante orthodoxie russe, bras droit religieux de Vladimir Poutine dans son entreprise de réarmement moral interne et d’expansion externe.

Par son énoncé même, le casus belli d’aujourd’hui résonne de manière sibylline à des oreilles peu exercées. Entouré de son Saint-Synode, le patriarche de Constantinople, primat d’honneur de l’orthodoxie mondiale, vient de reconnaître l’autocéphalie (indépendance canonique) de l’Église orthodoxe d’Ukraine. Qu’est-ce que cela veut dire?

 

La poudrière religieuse de l’Europe

Pays tiraillé depuis des siècles entre l’orthodoxie russe et l’Occident catholique, l’Ukraine est un patchwork de confessions rivales et concurrentes. Après la chute du communisme, elle est devenue l’une des poudrières religieuses de l’Europe, au cœur des affrontements entre pro-russes et pro-européens.

Laissons de côté d’abord l’Église gréco-catholique (de rite byzantin, mais rattachée à Rome et au pape), grande victime de la terreur soviétique, réhabilitée –non sans mal–, restaurée et vivante. L’essentiel de la discorde actuelle oppose, d’un côté, l’Église orthodoxe dite du «patriarcat de Moscou», dépendance directe de la Russie, rare survivance de tous les redécoupages institutionnels de l’empire soviétique. De l’autre côté, l’Église orthodoxe dissidente dite du «patriarcat de Kiev» qui, depuis l’indépendance de 1991 (où elle a rompu avec l’orthodoxie russe), milite ardemment pour détacher le pays de toute influence de Moscou et le rapprocher de l’Union européenne, soutient le président Petro Porochenko anti-russe comme elle avait soutenu la «révolution orange» de 2004 et les émeutes de Maïdan en 2014.

C’est l’aboutissement d’une guerre de près de trente ans menée par Moscou contre l’Église dissidente du patriarcat de Kiev.

C’est cette dernière Église indépendante que vient de reconnaître officiellement et pour la première fois le patriarcat de Constantinople. Ce qui, pour le patriarcat orthodoxe de Moscou et pour le Kremlin, équivaut à un acte de trahison sans précédent. Depuis l’indépendance de l’Ukraine, le pouvoir russe –Église et État confondus– faisait tout pour retenir dans son orbite une orthodoxie ukrainienne qui lui fournit plus du tiers de ses paroisses et une grande partie de ses finances, mais qui était travaillée par de dangereuses tentations d’autonomie.

L’épisode d’aujourd’hui est donc l’aboutissement d’une guerre de près de trente ans menée par Moscou contre cette Église dissidente du patriarcat de Kiev qui a repris à l’Église officielle une grande partie de son clergé, de ses fidèles, de ses finances et de ses églises. Il constitue surtout un rebondissement de la guerre pour le leadership de l’orthodoxie que se livrent les patriarcats de Moscou et de Constantinople. Depuis la fin de l’Union soviétique, l’Église orthodoxe de Russie renaissante (plus de 100 millions de fidèles, soit le tiers des orthodoxes dans le monde) dispute férocement au patriarcat de Constantinople sa domination historique sur l’orthodoxie mondiale, alors même que le patriarcat de Constantinople (Istanbul) ne cesse de s’affaiblir. Son patriarche est quasiment sans troupes et captif de la Turquie dans un palais d’Istanbul, cette mégapole musulmane à cheval sur l’Europe et l’Asie où ne demeure plus qu’une poignée de chrétiens grecs-orthodoxes.

À Moscou donc, la force numérique et politique. À Constantinople, la force symbolique et historique. Les conflits de juridictions se multiplient entre les deux aux marches de l’ex-empire soviétique (Ukraine, mais aussi Estonie); la «diaspora» orthodoxe en Europe et en Amérique fait l’objet d’une compétition sans merci entre les deux patriarcats, dont la récente inauguration à Paris par Vladimir Poutine d’une cathédrale russe est un épisode spectaculaire.

Le berceau du christianisme russe

On ne peut pas comprendre la violence de cet affrontement sans remonter à l’histoire et à la situation géopolitique particulière d’un pays comme l’Ukraine. C’est sur cette terre qu’est né le christianisme slave. En 988, le prince Vladimir de Kiev se fit baptiser dans les eaux de la Dniepr et évangélisa l’ancienne Russie (la Rous). C’est un acte fondateur, encore célébré aujourd’hui à la fois en Russie et en Ukraine. Depuis, au fil des siècles, l’Ukraine a été ballotée entre l’hégémonie russe à l’est et l’influence des puissances (grand-duché de Pologne et de Lituanie, empire des Habsbourg) qui ont dominé le centre du continent européen.

Quand, à la fin du XVIe siècle, les forces venues de l’ouest et des papes de Rome réussissent à reconquérir des territoires orthodoxes et à faire avec eux une «union» (unya) lors du traité de Brest-Litovsk (1596) –acte de naissance de l’Église gréco-catholique dite «uniate»–, s’ouvrent quatre siècles de violents affrontements entre orthodoxes et catholiques. Cette reconquête catholique dans les terres orthodoxes de l’est européen et des Balkans (il y a aussi des Églises gréco-catholiques en Roumanie, en Slovaquie, à la frontière orientale de la Pologne) est restée une écharde dans la mémoire orthodoxe. Jusqu’à aujourd’hui. Les papes de Rome Jean-Paul II, Benoît XVI et François n’ont jamais pu se rendre à Moscou.

L’Ukraine, une écharde au cœur de la Russie

C’est le camp orthodoxe lui-même qui est fracturé aujourd’hui, et ce depuis l’effondrement de l’Union soviétique et l’indépendance de l’Ukraine. Entre l’Église orthodoxe officielle, courroie de transmission de la Russie, et l’Église dissidente, nationaliste et anti-russe, dirigée par le très contesté patriarche Philarète, 89 ans, corrompu jusqu’à l’os, marié et père de famille (ce qui est interdit pour un évêque) qui, jusqu’à aujourd’hui n’était pas reconnu par le reste de l’orthodoxie mondiale, la guerre est désormais à couteaux tirés.

Pour Moscou, l’Ukraine fait partie de son «territoire canonique» dans ce que le Kremlin et le patriarcat solidaires appellent la «Russie historique». La vision religieuse du patriarche Cyrille de Moscou rejoint en effet, au kilomètre près, la vision géopolitique, nationaliste et anti-occidentale de Poutine. Le patriarcat de Moscou est la seule institution à avoir gardé ses frontières de l’ex-État soviétique: il compte 100 millions de fidèles en Russie, 30 millions en Ukraine, 10 millions en Biélorussie, 4 millions dans les États baltes. La perte de l’Ukraine serait une écharde au cœur religieux de la Russie.

Comment oublier que l’orthodoxie est un pilier de l’identité nationale russe, qu’en Russie, même si la pratique religieuse n’est pas plus élevée qu’en France, l’appartenance nationale et l’appartenance religieuse ne font qu’un? L’écrivain Soljenitsyne disait déjà: «Si nous les Russes, nous en venions à tout perdre –territoires, populations, gouvernement–, il nous resterait encore et toujours l’orthodoxie».

 

Vladimir Poutine et l’actuel patriarche Cyrille de Moscou se rejoignent dans cette même vision d’une orthodoxie comme ferment de la «civilisation russe» face à la décadence européenne et occidentale. Pour eux, c’est ce ferment qui doit librement s’exercer dans des pays comme, outre la Russie, l’Ukraine ou la Biélorussie qui constituent le même espace spirituel, celui de la Sainte Russie issue du baptême de Kiev. Autant dire que Moscou n’est pas prêt de céder la moindre parcelle de son leadership sur l’Ukraine, promue au rang de gardienne des frontières spirituelles et des valeurs de la vieille et sainte Russie.