A propos geo

Marié, Catholique, membre engagé dans la Communauté de Chemin Neuf, Co-Président de l'Association Chrétienne Oecuménique de Normandie, délégué à l’œcuménisme et à la promotion de l'unité des chrétiens du diocèse de Rouen

Lieu, présence, résurrection. Relectures de phénoménologie eucharistique

Lieu, présence, résurrection. Relectures de phénoménologie eucharistique

de Matthieu Rouillé d’Orfeuil, prêtre, directeur du séminaire Français de Rome.

Ed du Cerf Paris 2016. Collection Cogitatio Fidei – N° 300

« Comment penser la « présence réelle » du Christ dans l’eucharistie sans la chosifier ? L’auteur propose une approche phénoménologique du sacrement en s’appuyant sur Martin Heidegger – avec également des références à Louis Lavelle, Jean-Luc Marion, Emmanuel Falque et Jean-Yves Lacoste – pour mettre en cause assez radicalement le recours à la notion de substance.

L’auteur déploie sa réflexion dans une série de relectures – Augustin, Jean Scot Érigène, Paschase Radbert, Thomas d’Aquin, Bonaventure – et voit se dessiner une autre manière possible de rendre compte de la « transsubstantiation », selon un schème relationnel qui n’oublie pas que l’eucharistie est d’abord nourriture, en vue de l’acte qu’est la communion, dans laquelle le Christ vivifie en l’Église son propre corps.

L’Église renonce alors à « avoir » sa présence, pour « être » sa présence ; et la fin de l’eucharistie, c’est l’unité de cette Église qui se reçoit humblement de ce présent offert.
Quel sens, alors, donner à l’adoration eucharistique si souvent pratiquée en milieu catholique ? En étant signe de Celui qui se donne et pourtant nous échappe, elle bouleverse le croyant dans son rapport à soi et au monde.
Voilà un essai extrêmement stimulant, qui renouvelle profondément la manière de penser et de vivre l’eucharistie. »[1]

 

Cette thèse de théologie de Matthieu Rouillé d’Orfeuil est passionnante, même pour ceux qui comme moi ne sont ni philosophes ni théologiens.
A aborder avec beaucoup d’humilité et de persévérance mais qui renouvelle et élargit la compréhension de ce qu’est l’eucharistie

[1] GRIEU, ÉTIENNE. Lieu, présence, résurrection Etudes. Juin 2017. [En ligne]. Consulté le 5 juillet 2020. Disponible sur le web : https://www.revue-etudes.com/article/lieu-presence-resurrection-18548.

 

 

Le Prix Harding-Meyer en œcuménisme 2020

    Le Prix Harding-Meyer en œcuménisme 2020 a été décerné à trois lauréats, dont la pasteure mennonite Anne-Cathy Graber ccn, cotitulaire de la chaire de théologie œcuménique du Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris, membre du Groupe des Dombes, et membre du comité de rédaction de la revue « Unité des chrétiens ».

Elle est membre de la Communauté du Chemin Neuf

Elle a été récompensée pour son œuvre : « Marie. Une lecture comparée de Redemptoris Mater Jean-Paul II et du Commentaire du Magnificat {Luther) à la lumière des dialogues œcuméniques» (Ed. du Cerf, collection Patrimoine. Paris 2017).  

Reprenant la méthodologie de Harding Meyer, elle montre qu’il existe, dans de nombreux points jusque-là controversés, un consensus différenciant (actant des formulations différentes ou complémentaires d’expression d’une doctrine, qui ne contredisent pas son contenu) même si certaines questions exigent un dialogue complémentaire

Source: texte et photos
Revue unité des Chrétiens juillet 2020

 

 

Décès du théologien orthodoxe Boris Bobrinskoy

.Le 7 août 2020

Décès du P. Boris Bobrinskoy

Ses obsèques ont été célébrées à Bussy-en-Othe (Yonne), en Bourgogne, où il a vécu ses dernières années à proximité de l’un des plus anciens monastères orthodoxes en France

 

Pendant plus de cinquante ans, de 1954 à 2006, le père Bobrinskoy a été professeur titulaire de la chaire de théologie dogmatique de l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge, à Paris. Avant d’en devenir le doyen durant plus d’une décennie.
Boris Bobrinskoy fut curé de la paroisse orthodoxe de la Sainte-Trinité à Paris (Cathédrale de la rue Daru). C’est lui qui a permis une liturgie en français sur les tons slaves à la crypte.

 

Engagé dans le dialogue œcuménique

il a longtemps été membre de la commission « Foi et Constitution » du Conseil œcuménique des Églises (COE) et membre de la commission mixte de dialogue catholique-orthodoxe pendant vingt ans. il avait l’habitude de dire que « la communion eucharistique n’était pas le point de départ mais le point final de la rencontre entre les Églises ».

De 1969 à 1990 il a été responsable de la participation orthodoxe à l’Institut supérieur d’études œcuméniques, nouvellement créé, dans la foulée de Vatican II, à l’Institut catholique de Paris. « Je considère comme une bénédiction de Dieu d’avoir pu participer au dialogue œcuménique et d’avoir été constamment poussé à rendre compte de ma foi vis-à-vis de mes frères non orthodoxes dans un esprit de fidélité et de loyauté à la tradition orthodoxe, mais aussi de discrétion et de respect, attentif aux impulsions de l’Esprit dans notre chrétienté divisée » [1]

Il était l’auteur d’une demi-douzaine d’ouvrages portant principalement sur la théologie de la Trinité et du Saint-Esprit, sur la théologie de l’Église et sur la liturgie, fruit d’un enseignement de près de trente ans à l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge,


[1] AUBE-ELIE, CATHERINE. Rencontre avec le père Boris Bobrinskoy, théologien orthodoxe. Revue Unité des Chrétiens. N°140 – octobre 2005. Voir l’interview complète in  :  https://unitedeschretiens.fr/Boris-Bobrinskoy.html

Le clerc, la femme, et le pouvoir

Un des grands débats actuels qui agitent l’Eglise Catholique, tourne -et c’est justifié- autour de la place de la femme en son sein. Avec entre autres une question récurrente : peux-t-on ordonner des femmes prêtres ?
La question suscite bien des remous et la hiérarchie catholique est en ébullition dès que le sujet est abordé [1].
Et si le problème n’était pas là seulement ? Autrement dit, la question posée est-elle la bonne question et la réponse apportée ne cache-t-elle pas autre chose que ce qu’elle dit ?

 

Une impasse ?

 

Le problème actuel majeur dans l’Eglise Catholique, fortement souligné par le pape François est le cléricalisme [2]. Et le cléricalisme est une expression majeure de ce péché fondamental qu’est la soif de pouvoir, de domination.
Être prêtre ou évêque dans une société cléricale comme l’Eglise Catholique a comme conséquence de posséder et exercer un pouvoir immense. Et les femmes en sont largement exclues, sauf à être sous l’autorité d’un prêtre.
Avec le problème ainsi posé l’impasse est double.
  • C’est par rapport au ministère sacerdotal une erreur.
  • C’est par rapport à la place des femmes -et plus largement des laïcs- dans l’Eglise une autre erreur.
Par rapport au ministère sacerdotal

 

L’expression « sacerdoce ministériel » souvent employé me semble être au moins maladroite.
Ce n’est pas « le prêtre » qui est au service. C’est le service particulier qui lui est demandé au sein du Peuple de Dieu, et qui lui est reconnu par l’ordination, qui le fait prêtre. Il s’agit bien de ministère sacerdotal. Le prêtre participe au ministère de l’évêque, au service de la fraction du peuple de Dieu qui lui est confiée : veiller à la fidélité dans la transmission de la foi reçue des apôtres, être le ministre des sacrements, et être le serviteur de l’unité et de la vocation missionnaire du Peuple de Dieu. « Au milieu de tous les baptisés, les prêtres sont des frères parmi leurs frères, membres de l’unique Corps du Christ dont l’édification a été confiée à tous. [3] »

 

Par rapport à la place des femmes dans l’Eglise.

 

La revendication féministe d’accès au ministère sacerdotal peut-il être un appel réel ? Je n’oserai en juger. Je note simplement que des femmes perçoivent cet appel [4]. Apparemment l’Esprit-Saint se moque de la dogmatique ! Il faudrait peut-être s’en préoccuper autrement qu’en évacuant le problème en le niant ou en apportant des réponses en référence au genre (masculin / féminin) qui sont pitoyables.[5]
Cette revendication par les chrétiennes d’accès aux ministères peut être aussi un désir détourné à plus de participation aux décisions qui sont prises pour elles…sans elles. (Puisque pour accéder à des postes de pouvoir il faut être prêtre…soyons prêtres.)

 

Une conversion nécessaire.

 

Il faut se souvenir qu’en occident, le regard de la société sur les femmes a été longtemps conditionné par le regard de l’église avec trois préjugés majeurs :
  • Les femmes étaient considérées comme inférieures aux hommes dans tous les domaines : physiquement, intellectuellement et émotionnellement. Comme on croyait que seul le sperme mâle ‘contenait’ l’enfant à naître, les femmes étaient considérées comme des êtres humains incomplets.
  • Comme Ève avait provoqué la chute de l’espèce humaine et la perte de la grâce, on pensait que toute femme portait la malédiction de son péché.
  • On croyait que les menstruations rendaient impure. En tant que créatures impures, les femmes ne pouvaient s’approcher de l’autel et des offices sacrés.
Il semble bien que pour un certain nombre de clercs ces préjugés aujourd’hui totalement irrecevables continuent à marquer -inconsciemment j’espère- leur rapport au féminin
Et pourtant.
Des femmes se sont formées et ont obtenus des licences, masters et doctorats en sciences religieuses. Leurs compétences sont parfois supérieures à celle des hommes, et en tout cas égales.
Des pas importants ont été réalisés par le Pape François. Elles peuvent être membres de commissions et même depuis 2017 consultantes et en poste de responsabilité dans des dicastères romains [6]
Le problème du pouvoir dans l’Eglise Catholique -mais je le pense identique dans les Eglises Orthodoxes- ne peut être résolu si on fait de la « théologie misogyne » en allant chercher des arguments dans une tradition qui doit tout au factuel pour tenter d’en faire un dogme intangible.[7]
Pour résoudre ce problème de pouvoir la solution est simple. Pas besoin d’ordonner des femmes prêtres. Il suffit qu’a tous les niveaux de décision de l’Eglise des femmes, des hommes des couples, soit associés avec voix décisionnelles à la marche de l’Eglise. Que le processus ne soit pas simplement consultatif mais réellement synodal.
La vocation de femmes au ministère sacerdotal n’est pas un problème théologique. C’est un problème de conversion d’un pouvoir de clercs mâle à une pratique synodale de l’Eglise Peuple de Dieu.

 

Je rêve de voir le prochain pape élu par cinquante cardinaux, cinquante théologiennes et cinquante laïcs mariés et célibataires. L’Esprit Saint n’en soufflerai pas moins -et peut-être même un peu plus- sur le conclave, et mon Eglise Catholique Romaine aurait peut-être une autre allure…
« I Have a Dream » disait le pasteur Martin Luther King. Il s’agissait déjà de libération et de justice.
Je fais un rêve….

 

Georges Fournier

 

[1] Voir à ce sujet le pape Jean-Paul II qui se débat comme diable en bénitier pour finalement asséner un argument d’autorité fort peu convaincant, parce qu’un argument d’autorité supposé clore un débat est toujours un signe de faiblesse argumentaire.  (PAPE JEAN-PAUL II. Lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis sur l’ordination sacerdotale exclusivement réservée aux hommes. [En ligne] Vatican 22 mai 1994. Consulté le 12 juillet 2020.Disponible sur le web : http://www.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/apost_letters/1994/documents/hf_jp-ii_apl_19940522_ordinatio-sacerdotalis.html
[2] PAPE FRANCOIS. Lettre au cardinal Marc Ouellet, président de la commission pontificale pour l’Amérique latine. [En ligne] Vatican 19 mars 2016. Consulté le 12 juillet 2020.Disponible sur le web : http://www.vatican.va/content/francesco/fr/letters/2016/documents/papa-francesco_20160319_pont-comm-america-latina.html
[3] « Le sacrement de l’Ordre confère aux prêtres de la Nouvelle Alliance une fonction éminente et indispensable dans et pour le Peuple de Dieu, celle de pères et de docteurs. Cependant, avec tous les chrétiens, ils sont des disciples du Seigneur, que la grâce de l’appel de Dieu a fait participer à son Royaume. Au milieu de tous les baptisés, les prêtres sont des frères parmi leurs frères, membres de l’unique Corps du Christ dont l’édification a été confiée à tous» in : CONCILE VATICAN II. Décret sur le ministère et la vie des prêtres presbyterorum ordinis. [En ligne] Vatican 7 décembre 1965. Consulté le 12 juillet 2020.Disponible sur le web : http://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_decree_19651207_presbyterorum-ordinis_fr.html
[5] SACREE CONGREGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI. Déclaration « Inter insignores » sur la question de l’admission des femmes au sacerdoce ministériel. [En ligne] Vatican 15 octobre 1976. Consulté le 17 juillet 2020. Disponible sur le web : http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/documents/rc_con_cfaith_doc_19761015_inter-insigniores_fr.html
[6] Le Pape François a nommé, ce mercredi, une femme laïque au poste de vice-présidente à la Secrétairerie d’Etat, un des plus importants ministères du Vatican voir : GUDRUN SAILER. Femmes au Vatican : une présence en constante progression. [En ligne]. Vatican news, 14 juillet 2020. Consulté 14 juillet 2020. Disponible sur le Web : https://www.vaticannews.va/fr/vatican/news/2020-03/femmes-vatican-presence-en-progresson.html  
[7] Voir Jean-Paul II. Lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis sur l’ordination sacerdotale exclusivement réservée aux hommes. Op cit