Histoire de l’Eglise Orthodoxe II

Les églises grecques

Du XI° au XV° siècle

Les conflits qui aboutissent aux excommunications de 1054 ne sont pas tant -à mes yeux- des conflits religieux que des conflits de pouvoir. Ou plutôt les conflits religieux -réels- sont prétextes à des conflits de pouvoir.
Querelle à propos du « filioque » ajouté au Crédo de Nicée-Constantinople par les latins -qui va devenir une pierre d’achoppement entre les deux églises- et surtout la place du Pape Romain dans l’Eglise. Ainsi, la prétention du Pape Nicolas Ier d’avoir autorité sur toute la terre, c’est-à-dire sur chaque Eglise, est exorbitante, et rejetée absolument par les orientaux non sans raison. La réforme de l’Eglise d’occident par le pape Grégoire VII (1073-1085) s’accompagne d’une reprise de l’idée de juridiction universelle de Nicolas Ier.

 

Ce sont les questions d’usages dans le culte qui vont provoquer la rupture, en grande partie du fait du cardinal-Légat Humbert de Moyenmoutier qui, alors qu’il était chargé d’une mission de conciliations, dépose une bulle d’excommunication contre le Patriarche Michel Cérulaire qui en retour jettera l’anathème sur le légat indélicat.
Ces excommunications et anathèmes concernaient les hommes, pas les Eglises, qui continuèrent à avoir des relations « normales ».
Les croisades vont rendre le schisme définitif. L’installation de Patriarches Latins à Jérusalem et à Antioche   provoquent des schismes locaux. L’empire Byzantin, pressé par les Turcs à l’Est et par les armées de Charles d’Anjou à l’ouest est dans une situation de plus en plus précaire. La prise et le pillage de Constantinople en 1204 lors de la quatrième croisade et le remplacement du Patriarche de Constantinople par un Patriarche latin achèvent la séparation.

 

Les deux « conciles d’union » de Lyon en 1274 et de Florence en 1438 aboutissent à des accords doctrinaux qui, pris sous la contrainte des nécessité politique, seront désavoués par les peuples Grecs.
Les développements théologiques -plus différents qu’antagonistes- en occident (scholastique) et en orient (Patristique, controverse hésychaste) et la rupture du continuum géographique entre orient et occident rendent le dialogue impossible. Les deux églises n’ont plus les outils pour se comprendre.

 

Le joug islamique du XV° au XX° siècle

Pour les grecs de 1453 ce dut être aussi cruellement à contrecœur qu’ils se virent sous la domination des infidèles, même si, pour certains, tout était préférable que la soumission à l’occident latin.
La remarquable politique religieuse de Mehmet II ne tarda pas à porter ses fruits au détriment de l’Eglise orthodoxe grecque. Le Patriarcat de Constantinople devint pour l’état un rouage de gouvernement avec autorité non seulement sur les grecs orthodoxes, mais aussi sur tous les chrétiens de l’empire ottoman : le Rum-millet.
le Rum-millet est un système qui distingue les chrétiens des musulmans comme nation mais de second ordre, dirigée par une administration et des Patriarches qui vont devoir, de fait, acheter leur charge. Ce système va provoquer une corruption généralisée et une décadence intérieure désastreuse. Le fait de lier une Eglise à une nation porte en soi ce qui sera dénoncé au XIX° siècle comme une hérésie : l’ethno-phylétisme
Le patriarcat de Constantinople réunissait sous son autorité civile au XVIII° siècle des patriarcats théoriquement indépendants :  Alexandrie, Antioche et Jérusalem et des Eglises théoriquement autocéphales : Roumanie, Bulgarie et Serbie.

Au XIX° siècle avec le déclin du pouvoir et la libération des territoires turcs d’Europe permet l’autonomie des Eglises nationales :

  • En 1833 : l’Eglise de Grèce reconnue autocéphale par le Patriarcat de Constantinople en 1850.
  • En 1864 : l’Eglise de Roumanie est reconnue autocéphale par le Patriarcat de Constantinople en 1885.
  • En 1871 : l’Eglise de Bulgarie est reconnue autocéphale par le Patriarcat de Constantinople en 1945.
  • En 1879 : l’Eglise de Serbie est reconnue autocéphale par le Patriarcat de Constantinople la même année.
La fidélité et la haute culture religieuse des moines, va faire du Mont Athos un foyer spirituel majeur (maintien de la tradition hésychaste, publication de la Philocalie en 1782), et devenir le conservatoire vivant de la tradition orthodoxe parfois jusqu’à l’excès. (Rejet de tout « modernisme »).
Cette situation va perdurer jusqu’à la révolution kémaliste de 1923, et même jusqu’en 1977 à Chypre.
La situation de l’Eglise Orthodoxe va changer en effet avec la guerre gréco-turque de 1919-1923, qui se termine par une victoire des armées turques.
Par le traité de Lausanne, s’effectue un échange de populations entre les deux pays (1 300 000 Grecs de Turquie contre 385 000 Turcs de Grèce).
Quasiment tous les orthodoxes quittent le territoire turc sauf les populations d’Istanbul et ses environs immédiats.

 

En 1955, en raison de la lutte des grecs de Chypre contre les turcs, 60 des 80 églises sont pillées ou saccagées les chrétiens molestés et leur biens endommagés.
Les déportations et les départs vers l’étranger font que début 1990 il ne reste que trois ou quatre mille Grecs à Chypre. Il faut attendre les années 1980 pour qu’une certaine liberté de mouvement soit autorisée et les bâtiments reconstruits.

Le patriarcat de Constantinople est conduit par des hommes très remarquables comme le Patriarche Athénagoras qui oeuvre en faveur de l’unité entre les Chrétiens et ses successeurs : Dimitrios et aujourd’hui Bartholomé

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