Histoire de l’Eglise Orthodoxe I

L’Orthodoxie, Eglise des sept Conciles [1]

Introduction

Il y a une vraie « étrangeté » du monde orthodoxe par rapport aux Eglises occidentales. Les homogénéités internes de chacune, mais aussi le patrimoine de dix siècles d’histoire commune, et aussi hélas, les neuf siècles d’incompréhension et de séparations qui suivirent.

Cette séparation des Eglises Orthodoxe et Catholique Romaine, n’est pas la première ni la seule dans la chrétienté. Mgr Kallistos note trois grandes fractures de la chrétienté : V° et VI° siècle : séparation avec les Eglises d’Orient, puis XI°s avec l’Eglise Catholique Romaine, et enfin au XVI°s, au sein de l’Eglise Catholique avec la Réforme. Divisions cultuelles que l’auteur associe aux trois grandes cultures : sémitique, grecque et latine.[2]

Limitée dans son essor et son territoire rétréci à l’est et à l’ouest par les invasions barbares et l’expansion de l’Islam, l’Eglise Orthodoxe développe les missions vers le nord et convertit peu à peu les slaves. Après la chute de Constantinople en 1453 « la principauté de Moscou était prête à prendre la place de Byzance en tant que protecteur du monde orthodoxe.[3] »

 « L’Eglise Orthodoxe est donc une famille d’Eglises se gouvernant elles-mêmes.[4] »

       Trois points fondamentaux définissent l’Eglise Orthodoxe :

  • Premier point : dès le début du second siècle, Ignace d’Antioche définit l’Eglise comme une « société eucharistique.[5] »  L’Eglise avant d’être corps organisé est corps reçu du Seigneur dans la célébration de la Cène.
  • Le second point mis en exergue est que l’Eglise, constituée de plusieurs églises particulières, est fondamentalement une. Les évêques participent du même épiscopat qu’ils exercent individuellement dans leur église particulière et en commun dans le concile, qui est le lieu où l’Eglise est totalement Catholique.
  • Le troisième point est que chaque évêque fait partie d’une organisation hiérarchisée au titre de sa fonction pastorale, mais ontologiquement est dépositaire de la totalité de la fonction apostolique. Ce qui lui donne le droit de siéger aux conciles et d’y prendre la parole.[6]

L’histoire

Les sept conciles (IV° au VIII°s) sont et restent le socle sur lequel se construit la foi orthodoxe : Nicée I (325), Constantinople I (380-381), Éphèse (431), Chalcédoine (451), Constantinople II (553), Constantinople III (680-681) et Nicée II (787). C’est aussi là que l’organisation extérieure de l’Eglise et la place de chaque grand patriarcat va être définie.
Sur le plan théologique ces conciles ne prétendent pas définir Dieu mais protéger cette révélation fondamentale : Christ est pleinement Dieu et pleinement homme.
Ces sept conciles œcuméniques se réunissent dans un espace politique et religieux apaisé. 
 
Après l’«édit de Milan » en 313, l’Empereur Constantin va favoriser l’Eglise Chrétienne.[7]
 

La conversion de Constantin autant politique que religieuse [8], va avoir une conséquence particulière. A côté des motivations politiques et économiques, le transfert en 324 de la capitale de l’Empire Romain de Rome à la ville de Constantinoupolis, sur le site de Byzance, est motivé aussi par le fait de quitter une Rome trop marquée par le paganisme.

La base politico-religieuse, elle, a considérablement évoluée durant cette période des huit premiers siècles. De la pentarchie ne subsistent réellement que deux patriarcats : Rome et Constantinople, qui sont aussi deux entités avec des intérêts politiques différents : Rome étant tourné vers les peuples du nord et de l’occident, Constantinople étant tourné vers le peuples slaves et orientaux.

L’affaire du baptême du Khan Boris de Bulgarie mêlé à la question du « filioque » (865-870) est consternante. Et même si le second patriarcat de Photius I (877-886) et le pontificat de Jean VIII (872-882) marquent une accalmie dans les conflits, rien n’est solutionné.

La conversion des Slaves par Cyrille et Méthode à partir de 863 est favorisée par leur travail de traduction en slavon de la bible et de la liturgie. Se heurtant aux missionnaires germains, Cyrille en appelle à Rome et obtient reconnaissance de leur mission par le pape Adrien II en 868. Ce dont les missionnaires Germains ne tiennent aucun compte. En définitive les missionnaires Latins s’imposent. Les disciples chassés de Moravie s’installent en Bulgarie et introduisent la culture slave. Un patriarcat Bulgare indépendant et reconnu par Constantinople est créé vers 926. De même pour la Serbie, dont le patriarcat est érigé en 1375. La Roumanie suivra au XIV° siècle.


[1] Son Excellence, le Très Révérend Métropolite Kallistos (Ware) de Diokleia (né en 1934, de son nom laïc Timothy Ware) est évêque honoraire et métropolite honoraire du Patriarcat Œcuménique en Grande Bretagne. Bl a enseigné à l’Université d’Oxford les Études Orthodoxes, pendant 35 ans, jusqu’à sa retraite en 2001.
[2] WARE, Kallistos. L’Orthodoxie, l’Eglise des sept Conciles. Op cit p 11
[3] WARE, Kallistos. L’Orthodoxie, l’Eglise des sept Conciles. op cit p 12. Qu’en termes élégants ces choses-là sont dites ! Les efforts de Moscou pour se faire reconnaitre comme « troisième Rome » semblent perdurer encore aujourd’hui.
[4] WARE, Kallistos. L’Orthodoxie, l’Eglise des sept Conciles. op cit p 14
[5] St Ignace d’Antioche, cité par : WARE, Kallistos. L’Orthodoxie, l’Eglise des sept Conciles. op cit p 22 note 2
[6] WARE, Kallistos. L’Orthodoxie, l’Eglise des sept Conciles. op cit p 38. On peut se poser la question, au vu de cette affirmation, de la validité de l’organisation du concile de Crête. (https://www.holycouncil.org/-/procedures)
[7]  Faveur impériale qui trouvera son aboutissement dans l’édit de Thessalonique du 28 février 380, pris par Théodose, qui fait du christianisme la religion de l’État et la seule religion licite.
[8] MARAVAL, Pierre. L’édit de Milan entre tradition et renouveau. [En ligne], Babelao 5, 2016, p. 105-116 [consulté le27/08/2018] Disponible sur le web :  https://alfresco.uclouvain.be/alfresco/service/guest/streamDownload/workspace/SpacesStore/33d1f155-70b4-4cd6-b5df-ee281f671367/04-%20P.%20Maraval,%20L’%C3%A9dit%20de%20Milan.pdf?guest=true ,  
 
 
 

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