Les Eglises Vieilles-Catholiques vers l’unité sans l’uniformité*

*le titre est du webmestre

Le frère Marie-Elie Joseph est prêtre de l’Eglise Vieille-Catholique Mariavite, animateur de la communauté Sainte Marie à Rouen.
Il nous fait entrer dans la complexité des relations entre les différentes églises qui composent le Vieux Catholicisme, à partir de l’expérience de son Eglise

 

 

L’Eglise Vieille- Catholique Mariavite est – elle une église vieille – catholique ?
Quelques réflexions:

 

Souvent la question est posée, et en elle même elle renferme la complexité des églises vieilles- catholiques.

 

En effet celles ci peuvent se répartir en 3 vagues suivant leurs apparition :
  • l’Eglise d’Utrecht qui est la première a se séparer de Rome au XVIII° avec la consécration sans mandat pontifical par une évêque romain, Mgr Varlet qui en 1724 ordonne  premier évêque , Cornelis Steenoven .
  • puis suite au concile Vatican I et le refus de l’infaibillité pontifcale des prêtres allemands, suisse à partir de 1875 constituent des églises nationales et demandent les ordres à l’Eglise d’Utrecht qui consacre alors des évêques pour ces pays. l’Autriche viendra ensuite au XX°.
  • en 1906, aux Etats-Unis et en Pologne, deux groupes de prêtres rejettent la juridiction romaine pour des raisons de sensibilités spirituelles, et cela donnent la PNCC[1]  aux USA, et l’Eglise Vieille -Catholique Mariavite en Pologne.

 

Ces différentes Eglises sont regroupées d’abord dans une « Union d’Utrecht » en 1889 sur la base de principes théologiques ( contenu de la foi  et des dogmes définis dans les 7° conciles œcuméniques , refus des dogmes nouveaux ( mariaux) et de l’infaillibilité pontificale   ….).
L’Union d’Utrecht est donc postérieure aux différentes consécrations épiscopales et relève à la fois d’un principe organisationnel mais surtout de principes théologiques et ecclésiologiques  notamment qui veut que l’Eglise du Christ soit une communauté de communautés réunies …
L’ecclésiologie vieille -catholique tient ensemble deux piliers :
  1. la primauté des églises locales ( nationales avec leurs synodes )
  2. et la communion  des églises nationales dans un ensemble plus grand qui témoigne de la communion qui fait l’Eglise ,sur le principe des églises anciennes ( d’où le nom de  « vieux- catholiques » ) .
L’Union d’Utrecht n’est pas une Eglise en soi, ni un super archevêché : chaque évêque avec les fidèles réunis en synode est l’Eglise. Le rôle de l’archevêque d’Utrecht est de veiller à la diversité et la communion, par et au travers cette diversité. L’image qui rassemble le mieux les églises issues d’Utrecht est celle d’une famille aux origines et cultures diverses mais manifestant tous  le même attachement à «  ce qui a été toujours cru, toujours et partout » selon le principe de St Vincent de Lérins.
De ce fait les expressions de la foi peuvent être diverses selon les pays  et il n’est que de participer aux eucharisties dans les différentes Eglises vieilles catholiques pour s’en rendre compte.

 

Les Eglises dernières entrées sont aussi celles qui sont sorties de l’Union d’Utrecht :
  • -En 2003 la PNCC quitte l’Union  principalement à cause de l’ordination des femmes et les bénédictions de coupe du même sexe  et forme alors l’Union de Scranton  (siège principal de cette Eglise aux Etats-Unis).
  • En 1924 l’Eglise vieille -catholique mariavite sort de l’Union à la demande de celle-ci suite à des innovations de l’archevêque vieux-catholique mariavite de l’époque, Jean-Michel Kowalski notamment le sacerdoce des religieuses   .
  • En 1935 le chapitre général (organe regroupant les prêtres mais aussi des fidèles pour certains d’entre eux, ce qui le rapproche d’un synode)  des Mariavites dépose l’archevêque Kowalski et revient aux  pratiques primitives et un évêque primat est chargé de coordonner l’Eglise depuis le siège de Plock.

Une minorité de fidèles, de religieuses, de prêtres suivent l’archevêque Kowalski et ses innovations  et forment l’Eglise mariavite dite de « Felicianow « : le titre de l’Eglise est « Eglise catholique mariavite », leur nombre va décroitre,  et actuellement ne restent que quelques sœurs -prêtres … il est à noter que ce groupe n’appartient pas au conseil œcuménique des Eglises et qu’il est uniquement en Pologne et parfois il y a confusion avec les vieux-catholiques mariavites  …

Il serait intéressant de revenir sur cet épisode de la sortie de l’Union d’Utrecht  et sur les motifs cette sortie en les replaçant dans le contexte de l’époque notamment le climat passionnel qui agitait le milieu polonais : persécution des  vieux- catholiques mariavites  , catholicisme polonais aux expressions dévotionnelles propres liant spiritualité et identité nationale .
Notons aussi que  ,malgré l’abandon des innovations de Mgr Kowalski en 1935, la seconde guerre mondiale  et la vie sous l’emprise soviétique  ainsi que  les difficultés de communications entre les blocs ,ont empêché le retour rapide  à une normalité des relations entre Plock et Utrecht   …

 

Il faudra attendre 1972 pour que l’intercommunion entre l’Eglise vieille- catholique mariavite  et le Siège d’Utrecht (non l’Union) soit rétablie.

Cette intercommunion avec l’Eglise historique d’Utrecht, et sous la présidence de l’Archevêque qui préside à l’Union du même nom, démontre bien la proximité dans la  foi et les sacrements. D’ailleurs les archevêques d’Utrecht depuis cette date ont participé comme consécrateurs à des ordinations  épiscopales vieilles -catholiques mariavites.
De même des évêques vieux-catholique mariavites ont été co-consacréateur pour un des évêque de l’Eglise vieille-catholique Polonaise. Ce qui montre, que même en dehors de l’appartenance à l’Union, la vie sacramentelle continue entre les membres des Eglises vivant de l’ecclésiologie vieille-catholique.
En 2009 à l’occasion du centenaire de la fondation de l’Eglise vieille-catholique mariavite, l’archevêque d’Utrecht J.Vercammen, envoya une lettre à l’évêque primat de Plock  rappelant le rôle de l’Eglise d’Utrecht dans la consécration du premier évêque vieux-catholique mariavite et le renouvellement des contacts depuis les années 1970 en vue d’un « renouvellement de l’adhésion à l’Union d’Utrecht ».
La présence de l’évêque vieux-catholique polonais à cette cérémonie en est un exemple .
Et les primat vieux- catholique mariavites sont  depuis ce jour invités à la conférence des évêques vieux catholiques d’Utrecht .
En 2014 était signé par l’ensemble des évêques  vieux –catholiques mariavites et des évêques vieux –catholiques de l’Union d’Utrecht  un décret de réintégration. (http://www.utrechter-union.org/2/395/communiqué_about_the_re-admissio ).
Il était demandé aux vieux –catholiques mariavites de s’interroger autour  des aspects  des pratiques mariales et de convoquer un synode pour acter cela .

 

A ce jour cela n’est pas encore fait .

Plusieurs éléments peuvent expliquer cela :
  • le dialogue a eu lieu entre évêques et de ce fait les fidèles vieux-catholiques mariavites ,n’ont pas été informé , ce qui provoqua une inquiétude des prêtres également  .
  • si les principes du vieux catholicisme sont bien reçus chez les vieux-catholiques mariavites depuis le début ,notamment l’essence de l’Eglise locale ,l’expression liturgique et dévotionnelle propre au mariavitisme est ancrée culturellement et  il faut beaucoup d’explication de part et d’autre pour comprendre ,par exemple, la place de la Vierge Marie ,immaculée conception, assomption, rôle de Notre Dame sous le vocable de Notre Dame du Perpétuel Secours, non comme  des dogmes mais comme  « opinion théologique » ; il en est de même avec la pratique de l’adoration du Saint Sacrement .

Nous touchons là les limites d’une diversité dans l’unité .

Quelques précisions permettent de mieux comprendre  les différents  existants:
  • les formes de spiritualités polonaises qui ont perduré dans le mariavitisme  peuvent être perçues comme dépassées ou trop « romaines »  pour certains vieux-catholiques de l’Union  alors qu’elles sont fortement identitaires pour les  vieux-catholiques mariavites à la fois dans l’aspect spirituel mais aussi national ( par exemple la place de la Vierge dans l’identité polonaise).
  •  L’importance du milieu de naissance du mariavitisme  est celui d’un ordre religieux féminin : Les ordres religieux n’existent pas dans l’Union d’Utrecht ( même si cela commence à changer timidement ) et l’expression propre  de ce mode de vie         ( par exemple le rôle clef du chapitre général, la formation religieuse des mariavites avec nom de religion, habit, l’importance de la vie spirituelle ancrée sur une vie liturgique dépassant les seuls sacrements ) peut interroger des Eglises vieilles-catholiques éloignées de ces formes d’expression communautaire .
  • Le climat de tension dans la société polonaise (persécution des premiers mariavites dont le mémoire est encore vive ) , les tensions politiques (joug soviétique, communication difficile ) impliquent  imprégnation  moins rapide  aux évolutions  sociétales et religieuses des années 1960/1989 et à  une sécularisation moindre de la société .
  • Les diversités nationales dans les expressions religieuses dans l’Union d’Utrecht également (les chronologies diverses  à accepter l’ordination des femmes ) tout le monde n’avançant pas au même rythme, font que chacun de parle pas forcement du même point  .
  • Une réticence peut être chez les vieux-catholiques mariavites à accepter certains points ( ordination des femmes par exemple ) qui les avait fait exclure de l’Union en 1924 ….. là encore les mémoires sont longues à guérir .
  • La présence sur une même territoire de plusieurs entités du vieux catholicisme : en Pologne et en France il y a une église vieille –catholique et les vieux –catholiques mariavite avec chacune des évêques  d’où une réflexion sur le poids de chacune au sein de l’Union et un vrai problème ecclésiologique : doit-il y avoir qu’un seul évêque par diocèse ou peut –il y avoir des évêques liés à des rites ou des communautés particulières …

 

Notons que les choses avancent avec une volonté ferme des deux côtés :

  • le primat vieux-catholique mariavite est toujours invité aux réunions de la conférence des évêques d’Utrecht .
  • la formation des séminaristes des 2 Eglises en Pologne a lieu dans un même endroit dans une université de Varsovie  avec des cours communs aux vieux catholiques  et aux vieux-catholiques mariavites., université qui accueille ensemble des orthodoxes , des protestants , des vieux-catholiques …
  • une volonté partagée de témoigner de l’apport du vieux catholicisme avec les autres églises chrétiennes.

Il faudra certainement encore du temps pour que les choses soient clarifiées.  Mais comme nous l’avons vu les liens spirituels  et de communion existent. [2]

 

Evêques Vieux-Cathoiques Mariavites (a g Mrg Le Bec (France))

 

Les Eglises vieilles-catholiques ne sont pas monolithiques et l’exercice de l’union  est toujours périlleux car il demande du temps, de la patience de part et d’autres pour rencontrer chacun en vérité sans froisser les légitimes expressions de sensibilités religieuses.
Les choses ne peuvent évoluer qu’à partir d’un travail commun entre les vieux-catholique de Pologne mais ces derniers sont à la fois dans l’union d’Utrecht et liés par leur histoire à la PNCC de Scranton qui elle est sortie d’Utrecht (2003) .
Rappelons que ces deux Eglises ont entamé des discussions avec Rome à part de l’Union  d’Utrecht des 1983 pour le PNCC … ce qui montre bien que l’Union n’est pas une uniformité .
Et l’extension des liens intercommunion de l’Union d’Utrecht avec l’Eglise de Suède scellée récemment (2018) ne fait qu’augmenter la difficulté (femmes évêques par exemple) sur le sol polonais.

 

Alors pour répondre à la question posée au départ : les vieux-catholiques mariavites sont bien des vieux-catholiques  par l’importance qu’ils accordent à l’ecclésiologie vieille-catholique, par leur histoire avec Utrecht.
Ils ne sont plus, ou par encore, dans l’Union d’Utrecht, mais la communion sacrementelle avec l’Eglise d’Utrecht existe de fait, et l’on sait l’importance de cette communio in sacris constituant l’Eglise.
Ceci peut sembler bien complexe vu d’une position plus centralisatrice comme par exemple l’Eglise catholique romaine ; Ceci est un défi pour tous au nom de l’Unité voulue par le Seigneur et de l’urgence de la paix entre tous.

 

Fr M.Elie-Joseph

 

[1] Polish National Catholic Church (PNCCÉglise catholique nationale polonaise) est une église catholique en dehors de la juridiction du Pape. Elle est surtout présente en Amérique du Nord et rassemble environ 30000 fidèles aux États-Unis et Canada, principalement parmi les Polono-Américains. Elle est membre du Conseil œcuménique des Églises.

[2]  Officiellement, à ce jour, cela n’a été le cas que pour l’Eglise des Pays-Bas. Il existe une commission mixte pour la discussion des questions à clarifier. Le problème des relations de l’Eglise vieille-catholique des Mariavites en Pologne avec des groupes hors de la Pologne est venu se greffer aux anciennes questions.
Malgré tout, la Conférence internationale des Evêques vieux-catholiques (IBK) espère que ces difficultés pourront être aplanies et qu’ainsi l’Union d’Utrecht ouvrira à nouveau ses portes à l’Eglise vieille-catholique des Mariavites en Pologne. voir: https://sites.google.com/site/mivicafrancophoneuniondutrecht/l-oecumenisme

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