Histoire de l’Eglise I : unité et diversité

     Selon nos traditions ecclésiales et nos cultures, nous avons des représentations de l’Eglise qui nous sont propres.
C’est ainsi que l’Eglise catholique prétend qu’en elle « subsiste » l’Eglise dans toute sa plénitude. Cela va conduire à un certain nombre de représentation ou l’Eglise Catholique est représentée par un tronc d’où les « hérétiques » de toit poil ou les « Eglises séparées » s’éloignent sous forme de branches diverses. L’ors de la Rencontre du Bec-Hellouin organisée par l’ACONor en 2013 le Pasteur François Clavairoly  présentait l’Eglise comme un buissonnement de rameaux divers…
L’histoire de l’Eglise devrait nous rendre modestes : l’unité des chrétiens est un idéal fondé et enraciné dans la prière de Jésus (Jn 17,21) : « Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi, qu’ils soient en nous eux aussi, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. » mais un idéal qui n’a jamais été pleinement réalisé.
     Je me propose dans une série d’articles de faire le point sur ces disjonctions qui ont marqué  nos différents courants de pensée religieuse.

 

  I L’Eglise des premiers siècles.

Les définitions des quatre premiers conciles et leurs conséquences.

     Rapidement deux tendances apparaissent dans la communauté chrétienne primitive :
  • d’une part le groupe des « judéo-chrétiens [1]» groupé autour de Jacques, frère du Seigneur, et -au moins au début- de Képhas-Pierre, reste attaché aux observances juives telles que décrites dans le pentateuque et estime qu’elles doivent être imposés à ceux qui reçoivent le baptême au nom de Jésus.
  • d’autre part, un groupe dit des « hellénistes » composé de juifs qui parlent le grec et de non-juifs proches de la religion juive, qui fait preuve de plus de détachement vis-à-vis de la pratique stricte de la loi mosaïque entre autres vis-à-vis de la circoncision.
 Antioche    Les hellénistes s’enfuient de Jérusalem vers l’an 37, après le lynchage d’Étienne par les juifs et dès lors, le christianisme se répand en dehors de la Judée et de la Galilée, et très vite, à Antioche (Ac 11,19)  ou les adeptes de Jésus seront nommés Chrétiens par les  autorités romaines [2].
Le groupe des hellénistes recrute d’abord en Palestine puis dans la Diaspora, dans les synagogues comme ailleurs. Le groupe des judéo-chrétiens est influent à Jérusalem surtout, mais envoie des « missions » dans les synagogues hors Palestine, dans le but de préserver l’observance de la Thora dans les nouvelles communautés chrétiennes. C’est à eux que Paul se heurtera dans sa mission (Ac 15,1ss)
En 49, des débats parfois violents opposent Paul et Barnabé d’une part et des  judéo-chrétiens  à propos des rapports avec les païens. Un « concile », rassemblé à Jérusalem tranche en faveur de Paul.  A cette assemblée, Pierre chef des apôtres apparaît encore comme le chef de l’église judéo-chrétienne, aux côtés de Jacques le Frère du Seigneur doté lui aussi d’un statut particulier, de « chef des anciens » qu’on peut assimiler à un rôle d’Evêque.
Cette situation de tension se résoudra de fait à la chute de Jérusalem en 70 et de la quasi dispersion de la communauté [3]. « Bien que des traditions locales subsistent qui affirment le maintien d’une communauté judéo-chrétienne jusqu’à la seconde révolte juive menée par Bar Kochba, en 135, Jérusalem a cessé d’être un des centres de gravité du christianisme [4]. »

Des apôtres partent évangéliser au-delà de la Palestine : Thomas probablement jusqu’en Inde du sud; Marc [5]  à Alexandrie et en Egypte; les terres slaves et Roumaines avec André etc… mais ce sont des données traditionnelles sans preuves historiques irréfutables.

Au cours des II° et III°s l’Eglise s’étend vers le monde gréco-romain avec Paul, mais aussi sémite (Eglise syriaque) et indienne (Eglise d’orient), ce qui ne va pas sans remise en cause : le contexte social et politique joue beaucoup. « Le pluralisme des expressions chrétiennes locales a généré aussi des crises identitaires [6]».  Ce terme d’hérésies [7] ne devient péjoratif qu’avec les Pères de l’Eglise qui l’opposent à l’orthodoxie d’une Eglise qui se veut catholique i.e. universelle [8].

325 : concile œcuménique de Nicée I

La crise de l’arianisme va être le premier élément vraiment séparateur dans l’Eglise. La pensée de l’arianisme affirme que si Dieu est divin, son Fils, lui, est d’abord humain, mais un humain disposant d’une part de divinité.concile de Nicée
Le concile convoqué par Constantin, rejeta l’arianisme qui fut dès lors qualifié d’hérésie.

Les empereurs succédant à Constantin revinrent à l’arianisme et c’est à cette foi que se convertissent la plupart des peuples germaniques qui rejoignent l’empire en tant que peuples fédérés. Les wisigoths d’Hispanie restèrent ariens jusqu’à la fin du VIe siècle et les Lombards jusqu’à la moitié du VIIe siècle.

 

381 : concile de Constantinople I  (second œcuménique)

Il condamne les pneumatomaques [9], doctrine qui considère l’Esprit comme une créature.
  • Il établit un symbole de foi (symbole de Nicée-Constantinople) qui complète celui proclamé à Nicée et qui deviendra normatif pour toutes les Eglises Chrétiennes (Il sera reconnu comme œcuménique au concile de Chalcédoine en 451).
En 424 l’Eglise d’Orient (ou d’Assyrie ou de Mésopotamie) , une des premières Eglise Chrétienne, se détache du patriarcat d’Antioche et proclame son autocéphalie et l’autonomie canonique de son Patriarcat en tant que Catholicosat de Séleucie-Ctésiphon, largement pour des questions de sureté, à cause de l’opposition politiques et des guerres entre les Perse et Empire Romain d’Orient [10].
assyriens5N’étant pas appelée à siéger au concile d’Ephese (431) elle ne reconnait pas ses conclusions. Elle fait partie des Eglises appelées « Eglise des deux-conciles » et adopte le nestorianisme en 484 (doctrine christologique affirmant que deux personnes, l’une divine, l’autre humaine, coexistent en Jésus-Christ, doctrine condamné au concile d’Ephèse [11])
Cette Eglise connaitra des scissions :
– En 1552 une partie de l’Eglise d’Orient entre en communion avec l’Eglise Catholique Romaine sous la pression des envahisseurs Portugais. Elle devient l’Église catholique chaldéenne et son patriarche est reconnu comme évêque par le Pape romain.
 – En 1653 en réaction aux vexations des Portugais l’archidiacre Mar Thomas est élu et reconnu par le Patriarche jacobite d’Antioche et restaure l’Eglise jacobite du Malabar : l’Eglise Malankare Mar Thomas
En 1692 Mar Shimbun XIII Dinka rompt la communion avec Rome et restaure sous le nom d’Église apostolique assyrienne de l’Orient, l’antique Eglise d’Orient.
En 1968 création de l’Ancienne Église de l’Orient. La raison directe du schisme a été l’adoption du calendrier grégorien en 1964 [12].
En 2005 le Diocèse apostolique catholique syrien quitte l’Église apostolique assyrienne de l’Orient. Il rejoint, en 2008, l’Église catholique chaldéenne, et entre ainsi dans la pleine communion de l’Église catholique.

 

431 : Concile d’Ephèse (troisième œcuménique)

Il condamne le nestorianisme comme hérésie. À l’inverse des conciles de Nicée (325) et de Constantinople (381) dont les questions théologiques portaient principalement sur l’unicité de Dieu, le concile d’Éphèse marque un tournant dans le dogme en définissant l’union hypostatique des deux natures, humaine et divine, du Christ.

451 : Concile de Chalcédoine (quatrième œcuménique)

Il proclame, en symétrie à celui d’Ephèse, qu’il y a véritablement en Christ deux natures une nature divine et une nature humaine – et non une absorption de son humanité dans sa divinité comme le prétend Eutychès d’Alexandrie. Cette affirmation d’Eutychès correspond en fait à une remise en cause de la pleine humanité du Christ. Le Concile affirme que le Christ est pleinement homme et pleinement Dieu. Son humanité n’est pas « absorbée » par la divinité. L’unité des deux natures est « sans mélange, sans confusion, sans division et sans séparation » définition négative soulignant un mystère qui nous dépasse.
  • Jérusalem devient Patriarcat de plein droit à titre honorifique.
Pour des raisons culturelles et géopolitiques, les Eglises de nombreuses régions aux marges de l’empire romain se sont séparées alors de l’Eglise gréco-latine et connaissent au long du temps des extensions ou des divisions. (Scission des Eglise dites des trois conciles[13])
– L’Eglise Apostolique Arménienne, après le concile de Calcédoine, se sépare de Constantinople en 553 et adopte le miaphysisme [14] en 728
En 1739 l’Eglise Catholique Arménienne rentre dans la communion avec Rome
– L’Eglise Copte Orthodoxe, (voir sur le site article/Eglises/Eglise Copte-Orthodoxe)
eglise_copteEn 1442 est établi un acte d’union mais il est refusé par le peuple d’Alexandrie. Après différents épisodes, en 1895 création par Rome d’un patriarcat Catholique d’Alexandrie et de l’Eglise Copte Catholique
L’Eglise éthiopienne orthodoxe, miaphysite, fondée d’après la tradition par le diacre Philippe au I°s
En 1993 l’Eglise Erythréenne Orthodoxe reconnue Eglise Orthodoxe Autocéphale du fait de la création de l’Erythrée en état souverain.
– En 1961 création de l’Eglise Catholique Ethiopienne à partir de l’Exarchat  apostolique catholique créé en 1951.
En 2015 le pape François l’érige en Église métropolitaine Catholique Erythréenne par détachement de l’Église métropolitaine éthiopienne.
– L’Eglise Syriaque Orthodoxe
Les missionnaires Capucins et Jésuites réussirent à ramener à Rome la majorité des Jacobites d’Alep, en 1662, sera reconnue par la Sublime Porte des Ottomans, l’Eglise Syriaque Catholique.
L’Eglise Malankare Orthodoxe Définitivement séparée en 1975 de l’Église syriaque orthodoxe est reconnue Eglise orthodoxe autocéphale.
En 1930, l’archevêque Mar Ivanios de Bethany et son évêque suffragant Mar Théophile de Tiruvalla quittèrent l’Église syro-malankare orthodoxe (Église syriaque orthodoxe en Inde) pour rejoindre l’Église catholique romaine et rétablir la communion avec l’évêque de Rome. En 1932, Rome créa une métropole syro-malankare : l’Église catholique syro-malankare (de rite syriaque occidental).

(Prochain article: du 4° concile à la rupture de 1053)

Vous pouvez ne pas être d’accord avec mes propos. Vous pouvez même expliquer pourquoi ou apporter des précisions en cliquant sur la bulle en haut à droite.

[1]   Pour faire bref les adeptes de Jésus n’étant pas connus et nommés comme tels.

[2]   Christianus : mot latin qui signifie : « celui du Christ »
[4]  Marie-Françoise Baslez : Bible et histoire, Folio histoire, éd. Gallimard, Paris 1998
[5]   Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, II, 16.
[6]   M.F. Baslez : Comment notre monde est devenu chrétien ; op. cit.
[7]   Du latin haeresis ( doctrine, opinion, système ) emprunté au grec ancien αἵρεσις, haíresis ( action de prendre, choix).
[8]  Ignace d’Antioche, Lettre aux Smyrniotes, VIII, 1 (vers 112)
[9]  Du grec ancien Πνευματομάχοι, pneumatomakhoi (« combattants contre le Saint-Esprit »)
[11]   En 1994, Jean-Paul II signa un accord christologique avec le Patriarche assyrien Mar Dinkha IV Khanania, mettant fin à la controverse nestorienne, ce qui améliora spectaculairement les relations entre les chaldéens catholiques et l’Église assyrienne.
 [12]   Cette décision a provoqué une division au sein de l’Église. La question du calendrier s’est ajoutée à d’autres motifs de mécontentement comme le mode de désignation du patriarche (héréditaire) et sa résidence hors de l’Irak.
 [14] Doctrine issue de la christologie de Cyrille d’Alexandrie, fixée en 726 au synode de Manazkert (Arménie) : « L’unique nature du Verbe de Dieu s’est faite homme, en prenant une chair corruptible et mortelle, comparable à celle d’ Adam après la chute ; mais, par le feu de sa divinité, le Verbe a rendu cette chair immortelle et incorruptible, comme celle du premier homme au paradis.
      En conséquence, le Christ est naturellement impassible. S’il est mort sur la croix, après avoir souffert, ce n’est pas l’effet de sa nature, mais la décision de sa volonté, en vue de notre salut »

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