Eglise et unité_IX_Le Calvinisme

 

L’église de Calvin, produit d’exportation

Certains aspects des dispositions de Calvin pour Genève les rendaient hautement aptes à l’exportation. Notamment l’autonomie (toute relative) de l’Église, et la responsabilité des laïcs.

 

Influence internationale du Calvinisme

 

LA FRANCE

Les docteurs, ici comme ailleurs, disparaissent rapidement de la circulation (puisqu’il n’y avait pas d’académie ni d’université protestante). La situation changera de nouveau dès la création des Académies de Saumur, de Sedan, de Die.

  • Première modification : la structure synodale – nous avons affaire en France non seulement à une église comme à Genève, mais à une structure applicable à tout un pays. On établit une construction pyramidale : consistoire (église locale), colloque (groupement de plusieurs églises locales), synode régional, synode national (premier synode national déjà en 1559 !) À noter : la relative autonomie de l’Église par rapport à l’État permet à l’Église calviniste de survivre dans un contexte hostile.
  • Deuxième modification, et première « hérésie » calviniste : Morély et le « congrégationalisme ». Pourquoi, selon Morély, restreint-on seulement à quelques anciens / notables représentatifs le rôle des laïcs dans l’Église ? C’est une extension logique de la pensée de Calvin que de proposer que toute l’assemblée doit pouvoir participer à la gestion de l’Église. La doctrine de Morély était vigoureusement condamnée par Bèze, Viret et les synodes.

À noter dans ces deux modifications : la responsabilité de l’individu. Pendant un siècle entier après la révocation de l’édit de Nantes (1685), l’Église réformée (clandestine) se trouvait en situation d’hors-la-loi, et privée presque entièrement de pasteurs. Elle n’aurait jamais pu survivre sans cette capacité de résister dans un environnement hostile, et sans une part très active jouée par les laïcs.

 

LES PAYS-BAS

On trouve le même scénario (autonomie de l’Église, responsabilité des laïcs) ; il faut ajouter le nationalisme anti-espagnol (avec implications pour l’emploi de la langue vernaculaire, vite associée à la réforme naissante).

On constate aux Pays-Bas une multiplicité de coexistences – calvinistes, luthériens, beaucoup d’Anabaptistes. Ils accueillent aussi des dissidents parmi les puritains anglais, les Brownistes, influencés probablement par les doctrines de Morély.
Ce sont eux qui vont partir sur le Mayflower en 1620).

 

Vers la fin du XVIe siècle : l’Église calviniste, minoritaire, devient Église d’Etat. Alors, doit-on réserver le baptême seulement aux enfants des fidèles (point de vue ecclésiastique) ou doit-il être accessible à tous ceux qui le demandent (point de vue du gouvernement) ? Comme l’État paie les salaires des pasteurs, c’est l’État qui gagne. Mais au cours des multiples conflits et péripéties, on constate des modifications, des divergences, des déviations, qui sont le sort d’un calvinisme dynamique et en évolution.

 

L’ANGLETERRE

Elizabeth I ère cherchait à rassembler les croyances multiples sous la bannière du sentiment national.

La réforme anglaise était le résultat de diverses décisions gouvernementales, non d’un mouvement populaire : la liturgie, par exemple, devait se réciter en latin sous Henry VIII, en anglais sous Edouard VI, de nouveau en latin sous Marie Tudor, enfin en anglais sous Elizabeth. Et les fidèles – les laïcs aussi bien que le clergé – étaient en partie « réformés », en partie partisans de l’Église traditionnelle.

 

Les « puritains » (en quelque sorte disciples de Calvin) cherchaient à faire avancer l’Église vers une réforme plus totale (ils se réfèrent explicitement au statut, et à la liturgie, de Genève). Mais ils furent bloqués par l’esprit de compromis du « Elizabethan Settlement », qui recherchait consciemment l’ambiguïté doctrinale. Ce qui fait que le calvinisme en Angleterre se trouve aussi en « terre hostile » Les « puritains » ont formé le noyau des « non-conformistes » (qui comprennent aussi des congrégationalistes, des baptistes, plus tard des méthodistes) qui jouent un rôle de plus en plus important aux XVIIIe et XIXe siècles. Certains puritains d’autre part se joignent à des dissidents « Brownistes » des Pays-Bas pour partir vers la Nouvelle Angleterre.

 

L’ÉCOSSE

L’Écosse est « convertie » très tôt (1560) par John Knox, donc vers un calvinisme pur et dur. Knox figure parmi les exilés du règne de Marie Tudor qui s’établissent à Genève (1555-1559). Il participe à la rédaction de la Geneva Bible (publiée en 1560), et à la Forme des prières en langue anglaise (1558), qui suit de près la liturgie française de Calvin (1542). À son retour en Écosse il emporte non seulement le livre des prières mais aussi des principes très « calvinistes » pour la structure et discipline d’une Église réformée.

 

On pourrait dire que c’est le pays le plus directement héritier du modèle calvinien ; c’est le premier pays à adopter le calvinisme comme religion officielle (à remarquer que le réformateur de Genève n’est pourtant pas nommé ; il s’agit de l’Église « presbytérienne »).

 

L’ALLEMAGNE

Sujet manifestement trop vaste et trop compliqué pour entrer dans le cadre de l’esquisse présente. Je mentionnerai simplement deux faits.

  • La Paix d’Augsbourg (1555) installa le modus vivendi « cuius regio, eius religio » mais cet accord visait les catholiques et les luthériens ; les réformés en étaient exclus.
Malgré cela certains des états qui constituaient l’Allemagne (une vingtaine sur environ 120 états) s’orientaient vers une réforme de type calviniste. Notamment le Palatinat, qui comprenait la célèbre université de Heidelberg : l’électeur Friedrich III y imposa la réforme, et attira à l’université quelques théologiens de première qualité.
Ils composèrent le Catéchisme de Heidelberg (1563)12, qui eut un immense succès, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Amérique… Tant et si bien que Heidelberg devint un centre d’études calvinistes qui rivalisait avec Genève.

 

  • Deuxième point fort de l’influence calviniste : après la révocation de l’édit de Nantes (1685), la diaspora des réfugiés français protestants se distribua en de nombreux pays ; parmi les contingents les plus importants on trouve les quelque 20 000 personnes qui se rendirent dans les domaines de Frédéric-Guillaume, Électeur de Brandebourg et duc de Prusse. Celui-ci avait hérité d’un domaine ruiné par la Guerre de Trente Ans, appauvri, et peuplé – maigrement – par un mélange de catholiques et de luthériens (et une minorité de réformés), slaves et allemands. Il était heureux d’accueillir ces réfugiés français qui apportaient de nombreuses compétences (on trouve sur les registres des artisans de toutes sortes, des médecins, des pasteurs, des enseignants, des soldats…) et qui contribuaient ainsi à l’essor de l’État prussien (et de son armée).

 

LA HONGRIE

Le pays était divisé en trois : à l’ouest la région germanophone et essentiellement luthérienne. Au milieu, et depuis la défaite de Mohács en 1526, un triangle sous domination turque. À l’est (la Transylvanie), magyarophone… qui devient essentiellement calviniste.

Comme aux Pays-Bas, la religion réformée devient synonyme du mouvement national d’émancipation, et la langue magyare y est fondamentale : la première encyclopédie du monde moderne est composée en magyar par des protestants. Et, comme ailleurs dans le monde réformé, l’éducation prend une grande importance. Dont un grand centre intellectuel, Debrecen, important jusqu’à nos jours.

 

L’AMÉRIQUE DU NORD

Les « Pères pèlerins », Brownistes des Pays-Bas renforcés par des Anglais qui les rejoignent à Plymouth (GB) (donc pas des calvinistes « orthodoxes »), installent la première colonie dans le Massachusetts (1620).

Exemple frappant des adaptations nécessaires du calvinisme : au lieu de Genève, ville-république avec pratiquement pas d’arrière-pays, les colons trouvent un vaste pays avec pratiquement pas de villes. Le modèle congrégationaliste, qui comporte une multitude de communautés quasi autonomes, est beaucoup plus approprié à cette situation que le modèle genevois.

On parle surtout des « Pères pèlerins » ; mais il ne faut pas oublier qu’ils n’étaient pas les seuls représentants d’une religion réformée. D’autres courants ont également influencé l’implantation religieuse du « calvinisme » :

  • Les Hollandais, qui ont installé leur première colonie, « la Nouvelle Amsterdam », sur l’île de Manhattan en 1621 – mais qui ont été supplantés par les Anglais un demi-siècle plus tard ;
  • Les Huguenots réfugiés après la révocation de l’édit de Nantes (peu nombreux, environ 2 000 personnes), qui se sont identifiés rapidement avec les Églises déjà présentes et n’ont laissé que peu de traces ;
  • Les presbytériens écossais et irlandais, qui sont devenus très nombreux et très influents à partir du XVIIIe siècle.

Notons enfin encore une fois notre leitmotiv de l’importance de l’éducation. À peine seize ans après l’arrivée des Pères pèlerins, donc en 1636, on ressentait le besoin d’un centre de hautes études : on fonda l’université de Harvard, suivi en 1701 par Yale.

La contribution de la religion réformée au développement de l’enseignement en Amérique est vaste.

 

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