Eglise et unité_X_Les guerres de religion en France

Les débuts de la réforme en France

Tout se passe comme si la Réforme française avait une histoire, mais pas de date de naissance.
Sur le site de l’Eglise Protestante Unie de France, le protestantisme français est présenté comme ayant une double source, l’humanisme (le cercle de Meaux et Lefèvre d’Etaples) et les influences luthérienne et réformée, le tout étant structuré par Calvin.
Il serait apparu vers 1520, avec la pénétration des idées de Luther et Zwingli, sur fond de climat de liberté intellectuelle.[1]

 

La Normandie accueille la Réforme très tôt et avec beaucoup de ferveur[2].

Dès 1529, le Petit catéchisme de Luther y est imprimé par Simon Dubois protégé de Marguerite de Valois-Angoulême[3] à Alençon.

C’est à Rouen, dans la salle du Palais, qu’eut lieu ce que l’on a considéré comme la première manifestation publique de diffusion de la pensée de Luther en Normandie : « l’affaire des libelles », libelles considérés comme « hérétiques et blasphématoires contre le Saint Sacrement ».
C’est à Caen, à l’université, que les thèses de Luther sont affichées en 1533.[4]
Après les premiers succès du luthéranisme, qui coexiste pacifiquement avec le catholicisme pendant une trentaine d’années malgré l’excommunication de Luther en 1521, une deuxième vague de prédicateurs protestants se répand en France sous l’influence de Jean Calvin, parmi lesquels Guillaume Farel ou Guy de Brès.

En 1560, environ 10 % des Français sont devenus protestants (appelés « huguenots »), proportion qui monte à 30 % chez les nobles français.

En mai 1559 a lieu la première assemblée nationale (ou synode) de l’Église réformée de France.

 

La montée des périls

William T. Cavanaugh, dans son livre le « Mythe de la violence religieuse[5]», par une étude serrée de l’histoire du mot « religion, » met en évidence que le terme n’apparaît dans son acception actuelle qu’après le XVIIe siècle. Auparavant, religion signifie « piété » et l’idée qu’il puisse exister des « religions » différentes est impensable pour l’homme médiéval car il n’existe pour lui qu’une seule vraie connaissance de Dieu. Le reste est hérésie (voir par exemple Thomas d’Aquin, Somme contre les Gentils, livre 1, question 6).
En ce sens le protestantisme était un mouvement de réforme de l’Eglise et non une volonté de séparation. La séparation sera largement le fait de l’église catholique qui rejette réforme et réformateurs.
Les conflits que nous qualifions aujourd’hui de « religieux » sont, au XVIe siècle, essentiellement d’ordre politique. Le contenu théologique des oppositions reste second -même s’il n’est pas secondaire- par rapport aux intérêts politiques ou économiques en jeu.
L’opposition entre les protestants tenus pour hérétiques et les catholiques romains constitue le levier dont les acteurs politiques vont se servir pour manœuvrer le peuple.

 

Les premiers troubles

Les premiers troubles religieux apparaissent sous le règne de François Ier (1515-1547). Malgré son inclination pour l’humanisme, le roi considère la Réforme comme néfaste à son autorité.
En 1529, Berquin, ami d’Érasme, est exécuté.
A partir de l’affaire des Placards (1534), le roi se met à persécuter les protestants. (Dans la nuit du 17 au 18 octobre 1534, des placards furent apposés à Paris et à Amboise, jusque sur la porte de la chambre royale, par le parti prostestant. Ils attaquaient à la fois la transsubstantiation catholique et la consubstantiation luthétienne. En réaction, François Ier confessa ouvertement sa foi catholique et déclancha la persécution.
De nombreux protestants s’exilèrent, notamment Calvin.
En 1545, 3 000 Vaudois du Luberon sont massacrés à Mérindol sur l’ordre du Parlement d’Aix et avec l’assentiment du roi.

 

C’est sous le règne de son fils Henri II (1547-1559), que les tensions religieuses augmentent  dangereusement. Le roi met en place une législation antiprotestante. Il multiplie les édits répressifs.

  • L’édit de Compiègne de 1557 réserve aux tribunaux laïcs le jugement des protestants dès qu’il y a scandale public.
  • L’édit d’Écouen de 1559 demande d’abattre sans jugement tout protestant en fuite ou révolté. Il donne aussi la mission à certains notables de se rendre en province pour réprimer l’hérésie.
  • Enfin la « chambre ardente » créée en 1547 au parlement de Paris pour condamner au bûcher les « hérétiques » fait exécuter en deux ans 37 personnes.
Malgré cette persécution, le protestantisme connaît un essor considérable. La répression voulue par le roi reste limitée par la faiblesse de ses institutions. Les édits sont mal appliqués du fait qu’une partie non négligeable de ses officiers éprouve des sympathies pour la Réforme.
Le protestantisme se diffuse surtout en milieu urbain parmi les gens qui ont accès à la culture : bourgeois, artisans, gens d’Église, érudits, écrivains et officiers de justice.
Le roi réagit. L’édit de Châteaubriant, en 1551, précise minutieusement les modalités de la répression. On augmente les peines qui frappent les libraires, éditeurs et diffuseurs de livres interdits.

 

La noblesse française vient à la Réforme à partir de 1555.

De grands personnages de la cour, tels que le prince de Condé et François d’Andelot, contribuent à son développement.

A la fin du règne d’Henri II, le protestantisme réalise de tels progrès que les premières églises se forment.
La réaction du roi est brutale, à l’image de l’arrestation de six conseillers au parlement de Paris, dont Anne du Bourg, lors de la séance du 10 juin 1559.
Le roi meurt un mois plus tard. Sa disparition ouvre une période d’incertitude. En outre, le traité du Cateau-Cambrésis, signé au mois d’avril de cette même année, a laissé la noblesse sans emploi et disponible pour des guerres intérieures.
En 1560, différents partis s’opposent pour contrôler le pouvoir royal placé depuis juillet 1559 entre les mains du jeune roi François II, âgé de 15 ans et de santé fragile. Celui-ci confie le gouvernement aux oncles de son épouse, le duc de Guise et le cardinal de Lorraine, partisans catholiques de la fermeté à l’égard des protestants. La légitimité de leur présence au pouvoir est remise en cause par les protestants, dont le prince de Condé.

 

Trois grands clans nobiliaires, par ailleurs tous liés par divers liens familiaux, vont ainsi s’opposer pour contrôler le pouvoir royal.

Les Montmorency : Il s’agit d’une ancienne et puissante famille qui tire sa fortune de la formidable ascension politique du connétable Anne de Montmorency sous le règne de François Ier. Dans cette famille s’illustrent les deux fils du connétable, François de Montmorency et Henri de Damville ainsi que leurs cousins germains, les trois frères Châtillon (Gaspard de Coligny, François d’Andelot et Odet, cardinal de Châtillon). Bien que partagés entre catholiques et protestants, les Montmorency-Châtillon s’unissent à l’occasion pour contrer l’influence croissante des Guise, leurs rivaux.

 

Les Guise : Ce sont les meneurs du parti catholique. Cousins du duc de Lorraine, ils connaissent leur ascension politique grâce à Claude de Lorraine et son fils François, les deux premiers ducs de Guise. Grâce au mariage de Marie Stuart (petite-fille de Claude et nièce de François) avec l’héritier du trône (futur François II), les Lorrains renforcent les liens entre leur maison et la dynastie des Valois. Si l’hostilité manifestée par les Guise à l’encontre de la politique de tolérance religieuse de Catherine de Médicis cause parfois leur mise à l’écart sous le règne de Charles IX, cette intransigeance catholique leur permet de cultiver une grande popularité auprès du peuple. Loués comme champions de la foi, ils reviennent triomphalement sur le devant de la scène sous Henri III grâce à la Ligue. En 1588, les ligueurs parisiens parviennent à chasser Henri III de la capitale, ce qui renforce considérablement l’influence des Lorrains. Catherine de Médicis elle-même finit par « prier » son fils de « rendre content » le duc de Guise. L’année suivante, la Ligue destitue le roi à la suite de l’assassinat des deux chefs de la maison ; leur frère survivant, Charles, duc de Mayenne, devient le principal opposant à l’avènement du roi protestant Henri IV.

 

Les Bourbons : Descendants de saint Louis en ligne directe, ce sont des princes du sang.
Les membres de cette maison ont donc la préséance sur tous les autres gentilshommes du royaume et siègent non loin du roi dans les cérémonies.
En dépit des indécisions et volte-face politiques et religieuses du chef de famille Antoine de Bourbon, les Bourbons se distinguent comme meneurs du parti protestant durant les guerres de Religion grâce au frère cadet d’Antoine, Louis de Condé, puis au fils de ce dernier, Henri de Condé.
Mais c’est le fils d’Antoine de Bourbon et de Jeanne d’Albret, Henri de Navarre, qui finit par s’imposer progressivement à la tête des huguenots malgré une conversion forcée et temporaire au catholicisme après le massacre de la Saint-Barthélemy.

 

Un pays au bord de la crise.

En fonction du clientélisme nobiliaire, les gentilshommes choisissent le parti protestant autour de Condé et des Châtillon ou celui catholique autour des Guise et des Montmorency, chefs de file des catholiques intransigeants.
En vue de maintenir la paix religieuse en France, la reine mère Catherine de Médicis tente d’effectuer un rapprochement entre catholiques et protestants, en réunissant quarante-six prélats catholiques, douze ministres du culte protestant et une quarantaine de théologiens du 9 septembre au 14 octobre 1561 dans le prieuré royal Saint-Louis de Poissy.
Malgré l’échec du colloque, Catherine de Médicis fait signer en janvier 1562 un édit de tolérance qui constitue une véritable révolution puisqu’il autorise la liberté de conscience et la liberté de culte pour les protestants, à la condition que ceux-ci restituent tous les lieux de culte dont ils s’étaient emparés et que les offices se déroulent en dehors des villes closes.
Ce colloque est également un des facteurs qui contribue à l’installation des jésuites en France, introduits dans le royaume à l’occasion de cette conférence.
La tolérance civile instaurée par la reine va produire l’effet contraire à celui recherché.
Entre le 28 janvier et le 11 février 1562, un nouveau colloque se réunit, sans résultat.
Dans beaucoup d’endroits, les protestants détruisent les chapelles et les églises, plutôt que de les rendre. Ils pratiquent ainsi ce qu’ils appellent le vandalisme pédagogique. En détruisant les images, les croix, ils font remarquer que Dieu reste muet devant ces profanations.

 

Le massacre de Wassy[6] marque le début de la première guerre de Religion en France.

Le massacre survenu le 1er mars 1562 à Vassy (bourg de la principauté de Joinville dont le seigneur est le duc de Guise) au cours duquel une cinquantaine de protestants furent tués, et environ cent-cinquante blessés par les troupes du duc de Guise ouvre l’ère des guerres de Religion en France.

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[1] GAILLARD, Gabriel Henri, Histoire de François premier, roi de France, dit le grand roi et le père des lettres, vol 6. Paris, chez Saillant et Noyons libraires rue Saint-Jean-de-Beauvais. 1769. Disponible sur le web : https://books.google.fr/books?id=nawuAAAAMAAJ&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false
[2] GOUPIL Stéphane. Protestantisme en Normandie. [en ligne] 2008. http://geneahist-goupil.over-blog.com/article-16758112.html
[3] Marguerite de Valois-Angoulême est la sœur de François Ier. Duchesse d’Alençon par son premier mariage (1509), elle est faite duchesse de Berry (1517) par François Ier, et devient reine consort de Navarre par son second mariage (1527). En 1528, elle donne naissance à Jeanne d’Albret (reine de Navarre en 1555 et mère d’Henri de Bourbon, futur Henri IV, roi de France et de Navarre).
[5] William T. Cavanaugh, The Myth of Religious Violence : Secular Ideology and the Roots of Modern Conflict, Oxford University Press, 2009 _Cité dans « https://fr.wikipedia.org/wiki/Chronologie_des_guerres_de_Religion_en_France »
[6] Pour plus de détails voir l’ article: https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_de_Wassy

 

 

 

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