Eglise et unité_Xe_La Huitième guerre (1585-1598)

Huitième guerre de Religion (1585-1598)

La fin du règne d’Henri III

Le 10 juin 1584, le duc d’Anjou, François d’Alençon, frère cadet du roi et héritier présomptif du trône meurt sans descendance.
Henri III n’a pas lui-même d’enfant et il est douteux qu’il en ait un jour. La maison de Valois est menacée de disparaître. Depuis l’extinction des Capétiens directs, la règle de succession en vigueur en France est celle de la primogéniture mâle qui exclut les filles et leurs descendants de toute prétention au trône.
Le successeur légitime devient le chef du parti protestant Henri de Navarre.

La ligue

Le parti catholique ne veut en aucun cas d’un souverain protestant qui risquerait d’imposer sa religion à tout le royaume. Le 31 décembre 1584, les Guise signent alors avec les Espagnols le traité de Joinville : il est convenu que le successeur d’Henri III serait le cardinal Charles de Bourbon, oncle du futur Henri IV. Philippe II s’engage à verser 50 000 écus par mois pour payer les soldats de la Ligue. Au printemps 1585, la Ligue revigorée prend le contrôle de nombreuses villes.

Tentant de contrôler la Ligue, Henri III s’en déclare le chef le 7 juillet 1585. Pour donner des gages à la Ligue, il publie l’édit de Nemours le 18 juillet 1585 qui interdit le culte protestant et déchoit Henri de Navarre et Condé de leurs droits. Il va provoquer l’exil de nombreux protestants -entre autres normands « Le cas rouennais est sans doute le plus éloquent puisque, selon Philip Benedict, « la plupart des membres de la désormais modeste église réformée choisissent de partir en Angleterre ou en Zélande »[1]
Il reçoit l’appui du pape Sixte V qui lui rappelle que le roi de Navarre est hérétique et relaps.

 

Et la guerre recommence. Henri de Navarre inflige des pertes sévères aux ligueurs mais Guise bat les reîtres protestants allemands durant la bataille de Vimory le 26 octobre 1587, puis à la Bataille d’Auneau le 24 novembre 1587.
Grisé par sa victoire, Guise commet une erreur majeure : il se fait acclamer par le peuple de Paris et humilie le roi, qui doit abandonner la capitale aux ligueurs après la journée des barricades du 12 mai 1588[2].
La ville se déclare alors en faveur de la Ligue et se dote d’institutions nouvelles.

Le roi profite de la réunion des États généraux à Blois pour faire assassiner les chefs de la Ligue, le duc de Guise et son frère le cardinal Louis de Lorraine en décembre 1588.

Après ces deux meurtres, Henri III s’écrie : « À présent, je suis roi ! ».

 

À la nouvelle de l’assassinat de ses chefs, la Ligue rompt tout contact avec le roi déclaré tyran et traître à la cause catholique et prend le contrôle de Paris. Les docteurs de la faculté de théologie de Paris déclarent les sujets français déliés de leur serment de fidélité.
Henri III n’a plus d’autre solution pour sauver son trône que de s’allier aux protestants. Il se réconcilie avec le roi de Navarre et ils unissent leurs forces pour assiéger Paris.

 

Henri III est assassiné à Saint-Cloud le 1er août 1589 par le dominicain Jacques Clément[3], faisant ainsi de fait Henri de Navarre, chef des protestants, le nouveau roi de France.
Les politiques catholiques comme protestants reconnaissent la légitimité du nouveau roi.
De plus, dès le 4 août, Henri IV, influencé en ce sens par Michel de Montaigne, proclame son intention de se faire instruire dans la religion catholique.

 

Henri de Navarre, à la conquête du pouvoir

La Ligue, qui tient toute la France du Nord et peut compter sur le soutien de Philippe II d’Espagne, refuse de reconnaître un roi protestant. Dès le mois d’août 1589, les ligueurs parisiens proclament le cardinal de Bourbon comme nouveau roi de France. Mais celui-ci meurt en mai 1590, laissant un vide politique parmi les ligueurs.
En 1589 et 1590, Henri de Navarre multiplie les opérations près de Paris et en Normandie.
En 1593, les États généraux de la Ligue se réunissent à Paris. Ils demandent un souverain catholique.

 

Abjuration et sacre de Henri IV

Henri IV comprend de son côté qu’il ne sera jamais accepté s’il reste protestant. Des conférences de négociation ont lieu à ce sujet à Suresnes entre fin avril et fin mai 1593.
Il annonce sa conversion au catholicisme et il abjure solennellement le protestantisme, le 25 juillet 1593 en la basilique Saint-Denis.
Il est rejoint par des nobles et des troupes catholiques. Après de nouveaux succès militaires, il est sacré roi le 27 février 1594 en la cathédrale Notre-Dame de Chartres, car Reims, la ville traditionnelle des sacres, est encore occupée par la Ligue.
Il entre dans Paris que les espagnols évacuent le 22 mars 1594 et accorde un large pardon aux ligueurs repentis.
L’absolution que lui accorde le pape Clément VIII le 17 septembre 1595, lui assure le ralliement progressif de toute la noblesse et du reste de la population.

 

La guerre contre l’Espagne commença officiellement en janvier 1595. Battus à Fontaine-Française (juin 1595), les Espagnols durent évacuer la Bourgogne et furent poursuivis jusqu’en Franche-Comté.
Mayenne se soumit en octobre, Joyeuse et Épernon suivirent.
En Bretagne, Mercœur continua une guerre de partisans jusqu’en 1598.
Les opérations contre les Espagnols ne furent guère favorables aux Français en 1596 et 1597. Le traité de paix fut signé par les deux monarchies épuisées en mai 1598 : ce traité de Vervins revenait aux clauses du traité de Cateau-Cambrésis.

 

Salle des états généraux de Blois

 

[1] FOA, Jérémie. Dans les petits papiers du pouvoir. Abjurations huguenotes du temps de l’édit de Nemours (1585) In : Pouvoir politique et conversion religieuse. 1. Normes et mots [en ligne]. Rome : Publications de l’École française de Rome, 2017 (généré le 03 mai 2020). Disponible sur le Web : https://books.openedition.org/efr/3476 . ISBN : 9782728313037. DOI : https://doi.org/10.4000/books.efr.3476.
[3] BORELLO Céline. Reforme.net. 1er août 1589 : le moine Jacques Clément assassine le roi Henri III. Publié le 31 juillet 2019. Disponible sur le web :  https://www.reforme.net/religion/histoire/2019/07/31/1er-aout-1589-le-moine-jacques-clement-assassine-le-roi-henri-iii/

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