Rencontres à Citeaux

Cette année de Commémoration des 500 ans de la Réforme nous réserve des rencontres inattendues. Ainsi, deux soeur consacrées de la Communauté du Chemin Neuf, une luthérienne Michaela  et une catholique Blandine, se sont-elles retrouvées à parler de Martin Luther à une petite vingtaine de Cisterciens, en octobre dernier à l’abbaye de Citeaux

 

 

L’abbaye est toute proche de Nuits-Saint-Georges (le nom fait rêver les amateurs de vin…). Après avoir croisé le frère Albéric à la porterie, nous sommes accueillies par le frère Raphaël qui s’occupe de la formation permanente. A la curiosité se mêle une légère anxiété : nous entrons dans un univers vraiment différent du nôtre. Les moines arrivent dans la salle d’enseignement, et à 18h Dom Olivier Quenardel nous introduit.

La session commence avec un bref rappel historique de la vie de Luther.

Lorsque vient l’heure de l’Office, nous découvrons une église pure, blanche, très belle. Entre le psautier, le carnet de vêpres et la petite feuille, nous avons besoin de quelques minutes pour nous y retrouver. Puis le chant grégorien de ces premières vêpres festives nous enveloppe. Nous restons muettes. C’est tout simplement magnifique.

Au dîner, Dom Olivier et frère Bertrand sont avec nous. On échange quelques nouvelles de nos communautés : Melleray, les Dombes, Thibirine… on a finalement beaucoup de choses à se dire ! Nous apprenons que les frères ont démarré une fondation en Norvège à Munkeby. Le monastère est en terre luthérienne, les moines se trouvent donc dans une situation œcuménique inédite. Nous écoutons attentivement car leur expérience nous rappelle notre propre appel : sur les lieux frontières, être signe d’unité.

La fête de la Dédicace et l’accueil d’un frère en noviciat

Ce Mardi, le 17 octobre, les moines fêtent solennellement la dédicace de l’église. La communauté a choisi cette date pour l’entrée en noviciat d’un postulant. Hier il s’appelait Laurent, mais à compter de ce jour, c’est frère Lucien. Il vient de revêtir l’habit blanc des novices. Nous assistons aux premiers pas d’un Cistercien, une nouvelle pierre vivante sous nos yeux.

A L’écoute de Luther

Patiemment, nous nous mettons à l’écoute du Réformateur. Michaela présente le Traité de la liberté chrétienne. Nous nous arrêtons sur le passage fameux du « Joyeux échange » où le Christ est représenté comme un époux qui s’unit à l’âme du pêcheur. L’image semble résonner au cœur de ces moines rompus à la lecture du Cantique des Cantiques, texte central dans la spiritualité de S. Bernard.

Nous découvrons aussi des extraits du Commentaire du Magnificat. Je bénis plusieurs fois Anne-Cathy Graber pour son livre Marie, une lecture comparée (1)!

Les heureuses coïncidences

Au fur et à mesure de nos échanges, nous commençons à entrevoir le sens profond de notre présence. Il nous semble que Dieu nous a précédées ; que, de longue date, il prépare cette rencontre.

Ainsi, les moines nous présentent un frère âgé, le frère Etienne Goutagny, qui était moine à l’Abbaye des Dombes. Pendant plusieurs années, il fut le secrétaire du groupe des Dombes. De nuit, il mettait au propre les textes pour qu’au matin les théologiens puissent reprendre le travail ensemble.

Petit à petit, une conviction grandit : « Dieu ne gâche rien ». Si, aujourd’hui, deux soeurs de la Communauté du Chemin Neuf peuvent parler du Renouveau autour de la figure de Martin Luther et des avancées oecuméniques, c’est bien parce que le Groupe des Dombes a fourni un travail théologique considérable. « Dieu ne gâche rien » : avec Michaela, nous ne faisons que redonner un fruit théologique que les Cisterciens ont eux-mêmes rendu possible en accueillant et en soutenant le Groupe des Dombes.

La joie de Dieu : « l’Office de None pour l’Unité »

Nous choisissons de conclure la semaine en priant ensemble pour l’unité des chrétiens. Avec le frère Benoît, nous préparons ce temps de prière. Il s’agit de fusionner la célébration de Lund en Suède où le Pape François avait rejoint l’évêque luthérien Mgr Junge le 31 octobre 2016 et l’office classique de None.

 

Pari osé… et réussi ! A 14h30, dans l’oratoire, nous faisons une procession avec la coupe et la patène vides, nous prononçons les cinq engagements pour l’unité tiré du texte Du Conflit à la communion, et récitons ensemble la prière pour l’Unité. L’ensemble ponctué de cinq psaumes… nous restons tout de même sur la terre liturgique des moines de Cîteaux !

Ces journées à Cîteaux nous ont aidées à mieux comprendre le lien si particulier qui existe entre vie monastique et œcuménisme. Le travail pour l’unité demande du silence, de la prière, une sorte de réserve pour se mettre à l’écoute et ne pas parler trop vite. La vie contemplative offre le socle de silence et d’écoute nécessaire au travail si délicat de l’unité. Ce n’est pas un hasard si le Père Couturier a choisi la Trappe des Dombes pour réunir les théologiens catholiques et protestants ; il ne cessait de le répéter : « Il faut que notre théologie soit ruisselante de prière ».

 

SR BLANDINE LAGRUT, CCN –
REVUE FOI N°55 DÉCEMBRE 2017-JANVIER-FÉVRIER 2018

 

 

 

[1] A. C. Graber, Marie, Une lecture comparée de « Redemptoris Mater » et du « Commentaire du Magnificat », Le Cerf, Collection Cerf Patrimoines, 2017.

 

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