Eglise et Unité VI: un siècle de réformes 1450-1550 (7 ème partie)

Dans le cadre des conférences données à Rouen pour commémorer le début de la réforme le Pasteur Luc Réaux de l’Eglise Evangélique Protestante du Buisson Ardent nous a présenté la réforme radicale.
C’est le début de sa conférence que je reproduit ici avec son aimable autorisation dont je le remercie.
Geo

 

La Réforme radicale au XVI° siècle
Une tentative de retour aux sources à l’ombre de la Réforme magistérielle

             

 Introduction

La réforme radicale adhère à tous les « soli » de la Réforme y compris le sacerdoce universel.
Ce qu’elle reproche aux luthériens et aux réformés, c’est de s’arrêter en route, de ne pas aller jusqu’au bout de leurs principes.
Elle entend aller plus loin qu’eux.
La réforme radicale recrute beaucoup parmi les artisans, les ouvriers spécialisés, les techniciens, les ingénieurs.
« Elle a été abominablement persécutée, aussi bien par les catholiques que par les luthériens et les réformés« (André Gounelle).

 

Un radical lié à Luther, Thomas Münzer (1489-1525)

Il a étudié la théologie à l’université de Leipzig. Il est pourvu d’une charge de prêtre auxiliaire dans la ville d’Halle (Saxe-Anhalt)
Il se rallie à Luther à Leipzig en 1519 qui le nomme pasteur à Zwickau en Saxe en 1520 mais ses idées sur la nécessité d’une révolution sociale le séparent de Luther. Très vite, il veut atteindre la masse des analphabètes
En 1521, il rédige le Manifeste de Prague dont voici un extrait :
« … Ce sont eux, les seigneurs qui se goinfrent et boivent comme des bêtes et festoient et cherchent  jour et nuit le moyen de s’empiffrer et d’accumuler les prébendes, (Ezéchiel 34).
Ils ne sont pas comme le Christ, Notre Seigneur bien-aimé, lequel se compare  à une poule qui réchauffe ses petits, (Matthieu 23). Ils ne dispensent pas non plus aux hommes désespérés et abandonnés le lait de la fontaine intarissable de l’exhortation divine. Car ils n’ont pas fait l’expérience de la foi. Ils sont comme la cigogne qui ramasse les grenouilles dans les prairies et les marais pour les recracher ensuite toutes crues à ses petits restés au nid.
C’est ainsi que sont ces prêtres avides de profits et percepteurs de rentes, qui ingurgitent
les paroles mortes de l’Ecriture pour déverser ensuite sur le pauvre, pauvre et juste peuple la lettre et la foi non éprouvée, laquelle ne vaut pas un pou. Ainsi, par leur faute, plus personne n’est sûr du salut de son âme. Car ces mêmes valets de Belzébuth ne font rien d’autre que mettre à l’encan des fragments de la sainte Ecriture. Hélas ! L’homme ne sait pas s’il mérite la haine ou l’amour de Dieu. »

 

Son acceptation de la violence

Il s’associe à la révolte des Paysans et participe à la rédaction des « Douze Articles » ou « manifeste de Memmingen », plateforme revendicative qui veut alléger les fardeaux pesants, mettre fin aux enrichissements illégaux et démocratiser la vie des communes.

La forme se veut respectueuse:
« Si une forêt n’a pas été achetée honnêtement, on devra s’arranger avec le détenteur dans un esprit de fraternité chrétienne.
Lorsqu’il s’agit d’un bien d’abord accaparé et vendu à un tiers par la suite, il faudra trouver un arrangement conforme à la situation et inspiré par l’amour fraternel et par l’Ecriture sainte. »
Le douzième article n’est pas sans intérêt !
« Voici notre conclusion et notre avis final : Si un ou plusieurs articles ici proposés n’étaient pas conformes à la parole de Dieu, (ce que nous ne pensons pas) et si on nous expliquait par l’Ecriture,
qu’ils sont contraires à la parole de Dieu, nous y renoncerions.
Si on admettait maintenant plusieurs articles et que l’on trouvât par la suite qu’ils fussent iniques,
ils devraient être considérés aussitôt sans valeur et déclarés nuls et non avenus.
De même, si on découvrait dans l’Ecriture encore d’autres articles qui feraient apparaître
des choses contraires à Dieu et nuisibles au prochain, nous voulons nous le réserver.
 Nous voulons nous exercer dans toute la doctrine chrétienne et l’appliquer.
Nous prions Dieu le Seigneur de nous accorder ce que lui seul peut nous accorder.
Que la paix du Christ soit avec nous tous. »

 

Plusieurs penseurs révolutionnaires se sont réclamés de Thomas Münzer: en 1850, Friedrich Engels dans son ouvrage la Guerre des paysans en Allemagne « fait de Thomas Münzer le héros d’un communisme primitif précurseur du communisme scientifique… » (Élie Barnavi).
En 1921, Ernst Bloch écrit le livre « Thomas Münzer, Théologien de la Révolution » dans lequel
il essaie de donner un point de vue un peu plus neutre que ses prédécesseurs.
En République démocratique allemande, son effigie orna le billet de 5 marks. Le parti communiste d’Allemagne de l’Est décida en 1973 d’édifier en sa mémoire un musée panoramique sur le lieu même où il livra son dernier combat et où 5000 paysans furent massacrés. Inauguré en septembre 1989, il contient une toile de 1 800 m2 de Werner Tübke intitulée: « Première révolution bourgeoise en Allemagne. »

 

 Un radical lié à Zwingli, Conrad Grebel (1498–1526)

Il a été éduqué à Bâle, Vienne et Paris
En 1521, il s’associe au groupe de Huldrych Zwingli
En 1523, il se sépare de Zwingli car il veut abolir plus vite que lui la Messe et ses abus

Le second sujet de division est celui du baptême des enfants

Contrairement à Thomas Münzer, il est farouchement pacifiste

Il a (n’a) écrit (que) 69 lettres de septembre 1517 à juillet 1525, trois poèmes, une pétition au conseil de Zürich et le pamphlet contre le baptême des enfants.
Pourtant, Il est considéré comme le père des Anabaptistes.

 

Le baptême, aspect historique
Le conseil municipal de Zürich vote en faveur de Zwingli et du baptême des enfants
Il ordonne le baptême de tous les enfants non encore baptisés. Grebel refuse (il a lui-même une fille Isabella qui n’est pas baptisée).
Il réunit son groupe chez Felix Manz, autre réformateur radical, le 21 janvier 1523, date qui est considérée comme celle de la fondation de l’anabaptisme.
Après cette rencontre dans laquelle il y eut plusieurs baptêmes, les participants partent évangéliser dans diverses villes.
La répression est sévère. On les noie dans le lac avec une sentence à l’humour sinistre :
« ils ont pêché par l’eau, ils seront punis par l’eau. »

 

Le baptême, aspect théologique
Grebel dit à Zwingli : »Quel passage du Nouveau Testament t’autorise à baptiser les bébés ?
On doit interdire tout ce que la Bible ne commande pas expressément « 
Zwingli répond : »Quel passage du Nouveau Testament me défend de baptiser les enfants ?
Tu transformes le silence de la Bible en interdiction« 

 

Zwingli veut supprimer ce à quoi s’oppose l’enseignement biblique (Réformation)
Grebel veut que tout soit fondé sur des textes bibliques (Restitution).

 

La Confession de Schleitheim (1527) veut se démarquer de diverses dérives (hérésies et mœurs).
Elle est le texte fondateur de ce groupe d’anabaptistes que l’on appelle les Frères Suisses.
En voici les sept points :

 

1 – Interdiction du baptême infantile
2 – « meidung » : mise à l’écart du frère ou de la sœur -Chrétien(ne)- « tombé(e) dans l’erreur ».
     Ceux qui tombent dans le péché devraient être avertis deux fois dans le secret,
     mais au troisième délit ils devraient être excommunié(e)
3 – « unité de cœur » lors de la Sainte Cène (comprendre que des exclusions ont précédé la communion)
4 – Séparation d’avec le Mal : comprendre une séparation complète d’avec toutes les institutions politiques et toutes les églises « de la multitude » (catholique et protestante) ; interdiction de faire la guerre
5 – Nomination de pasteurs qui peuvent prononcer des admonestations et des exclusions
6 – Interdiction d’user de l’épée, c’est-à-dire de participer à l’institution judiciaire
     à quelque titre que ce soit (juge, témoin, plaignant)
7 – Interdiction du serment

 

 Menno Simons (1496-1561) est le fondateur du mouvement mennonite

Ordonné prêtre à Utrecht en 1524, devient vicaire à Pingjum (Frise – Pays Bas).
De 1526 et 1531, prêcheur « évangélique » sans quitter l’Église catholique
En 1534, son écrit « La Résurrection Spirituelle » est de facture anabaptiste

 

Les violences liées à la prise du monastère d’Oldeklooster en avril 1535 et à l’établissement d’une « république théocratique » par Jan van Leyden à Münster le marquent. Il s’oppose au projet münsterite d’établir le royaume de Dieu sur terre par le glaive.

En janvier 1536, il quitte ses fonctions ecclésiastiques et travaille jusqu’à la fin de sa vie à rassembler les fidèles anabaptistes dans une voie non-violente.

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