Ouverture de Grand et Saint Concile Panorthodoxe

les  dix présents

Convoqué dès dimanche à Crète sous les auspices de l’unité, ce grand sommet religieux risque surtout d’étaler au grand jour les profondes divisions du monde orthodoxe

(source : le temps (suisse)

Accueillis comme des chefs d’Etat, les primats des Eglises orthodoxes ont commencé à affluer sous un beau soleil d’été sur l’île grecque de Crète pour participer au «grand et saint» concile qui s’ouvrira officiellement dimanche. Mais si le beau temps était au rendez-vous, ce n’était pas le cas pour tous les participants. Vendredi, au matin, le patriarche Constantinople, Bartholomée Ier, sous l’autorité duquel se déroulera le concile, a même organisé une photo de groupe comme pour tenter de défier les mauvais auspices sous lesquels s’ouvre cet événement. Convoqué sous le mot d’ordre de l’unité retrouvée, ce concile risque surtout d’étaler au grand jour les profondes divisions du monde orthodoxe.

«J’ai vraiment honte pour ceux qui ne sont pas venus», a déclaré Mgr Hyéronymos II, archevêque d’Athènes et primat de l’Eglise grecque. Des 14 Eglises autocéphales représentant l’orthodoxie aujourd’hui, quatre, dont la puissante Eglise russe qui se targue de représenter plus de la moitié des 250 millions des orthodoxes à travers le monde, ont décidé de boycotter l’événement à quelques jours de son ouverture. Une rebuffade très mal vécue par les organisateurs qui affirment avoir travaillé jusqu’au dernier moment pour tenter de satisfaire leurs exigences, essentiellement de protocole et d’organisation. «Mais à partir d’un moment, c’était du chantage», a poursuivi le primat grec.

Les Bulgares ont été les premiers, le 1er juin, à poser de nouvelles conditions, suivis par les Géorgiens, les Serbes (qui ont depuis changé d’avis) et l’Eglise d’Antioche, représentant les orthodoxes de Syrie et du Liban. Ils ont trouvé une oreille attentive en la personne du patriarche de Moscou Cyrille qui a proposé dans un premier temps une médiation avant d’annoncer à son tour, le 13 juin dernier, sa décision de bouder le concile.

Beaucoup ont vu dans ce revirement de dernière minute une manœuvre de Moscou pour défier l’autorité du patriarche de Constantinople. Un scénario conforté par les réactions d’un certain nombre d’officiels russes qui ont immédiatement appelé le Patriarcat de Moscou à profiter de la situation. «Constantinople est désormais compromise. Son patriarcat a démontré qu’il était incapable d’agir comme un vecteur de consolidation de l’orthodoxie. C’est à Moscou de prendre le relais», a estimé Roman Silantiev, expert en religion auprès du Ministère russe de la justice.

Mais cette opposition vieille de plus d’un siècle entre «Moscou et Byzance» n’est pas la seule ligne de fracture du monde orthodoxe, comme le rappelle l’historien bulgare Iassen Borislavov. Le rapport aux autres religions, des questions de société ou parfois de sombres querelles, comme celle opposant l’Eglise d’Antioche à celle de Jérusalem pour la juridiction sur les orthodoxes du Qatar, peuvent constituer de facteurs de division insurmontables. Récemment, la communauté monastique du mont Athos, a également signifié son opposition sur certaines ouvertures, jugées trop libérales, proposées par le concile.

Difficile, aussi, de voir la «main de Moscou» dans toutes ces rebuffades. Mais cela n’exclut pas une communion d’intérêts entre la branche la plus conservatrice de l’orthodoxie et le Saint-Synode russe en qui ses tenants voient un allié, voire un protecteur. Ainsi dans une longue interview dans la presse, le métropolite bulgare Gavriil, très écouté dans le pays, clame que les prélats bulgares ont pris leur décision sans aucune pression extérieure, en leur seule âme et conscience. Mais il rappelle aussi, que la principale pierre d’achoppement reste cet «œcuménisme», synonyme pour lui de l’hérésie, que le concile se proposait de «légaliser». Une vision en tout point identique à celle défendue par l’Eglise russe.

Reste à savoir enfin quelle tournure prendra ce concile à dix, considéré d’ores et déjà comme «illégitime» par les absents. Se poursuivra-t-il, comme pour défier à son tour Moscou, ou bien décidera-t-il de reporter ses travaux après avoir constaté l’absence de quorum? Le fragile équilibre de l’orthodoxie en dépend.

 

 

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